CHAPITRE VII
auprès de Charles II, pour obtenir que le roi d'Angleterre préférât Falliance de la France à celle des Provinces-Unies. De Witt n'en déclara pas moins que les Etats ne pouvaient renoncer à la garantie du traité de marine. Impatient de lever cette difficulté, Temple proposa un expédient qui fut agréé. Il montra aux deux commissaires la lettre qu'il écrivait au roi d'Angleterre, pour le presser de donner cette satisfaction qui fut bientôt accordée \ et insista pour que l'œuvre des négociateurs fût définitivement terminée, s'engageant à compléter le traité, conformément à la demande des États, dès qu'il aurait reçu la réponse de Charles II dont il se déclarait assuré. De Witt consulta du regard Ysbrandt, et tendant loyalement la main au négociateur anglais, lui déclara qu'il avait assez de confiance en lui pour ne lui demander d'autre gage que sa parole. De son côté, Temple consentit à laisser stipuler que l'Espagne pourrait être contrainte à la paix, dans le cas où elle se refuserait à tenir compte des dernières propositions de Louis XIV. De Witt obtenait ainsi que la médiation n'eût pas à l'égard de la France une apparence agressive , et espérait dès lors tout gagner, sans rien risquer.
Satisfait de son œuvre, il ne montra pas moins d'empressement que Temple pour presser la conclusion des négociations. Dans une nouvelle conférence qui eut lieu pendant la nuit, de onze heures à une heure du matin, en présence de tous les commissaires, le projet de traité, traduit du français en latin, fut intégralement adopté. Les plus sincères félicitations furent échangées de part et d'autre, et le Grand Pensionnaire se rendit l'interprète de la pensée commune, en disant à Temple : « A Bréda, nous avons traité en amis réconciliés; cette nuit, nous avons traité en frères^, w Le surlendemain lundi, après un dernier entretien qui dura quatre heures, une nouvelle lecture des articles fut donnée, et les formalités de l'enregistrement, de la signature et du sceau, furent successivement remplies. Le même jour% les Etats généraux approuvaient, sans discussion, la conduite de leurs négociateurs. Dans le délai d'un mois, les Etats des provinces, dont le vote avait été réservé, envoyaient leur ratification à la résolution que l'as-
1 L. Temple à Bridgman, 13 février 1668.
2 L. Temple à Arlington, 24 janvier 1668.
3 Résol. Etats généraux, 23 janvier 1668.
semblée fédérale avait prise , et suivaient docilement l'exemple que les Etats de Hollande s'étaient empressés de leur donner '. Le mouvement de l'opinion publique était devenu un irrésistible courant qui avait emporté tout obstacle.
Les négociations suivies par Temple avec l'envoyé extraordinaire de la Suède à la Haye n'avaient pas été inutiles pour préparer un aussi prompt dénoûment. Christophe Delfique, comte Dohna, était digne par son caractère de s'entendre avec des hommes d'Etat tels que Temple et de Witl; ses sentiments de famille, aussi bien que ses opinions politiques, le rendaient favorable à l'alliance avec l'Angleterre et les Provinces-Unies. IVeveu de la Princesse Douairière et né en Hollande, il avait cherché fortune en Suède, et avait obtenu la charge de maréchal de camp. La religion calviniste, dont il était le fidèle sectateur, Pavait empêché d'entrer dans le sénat du royaume, où les luthériens seuls étaient admis, et il avait cherché dans la diplomatie l'emploi de ses talents. « Dans un corps gros et pesant" , écrit un contemporain, « il possédait les grands dons de Pâme et de l'esprit, et la connaissance qu'il avait acquise du métier des armes ne Pavait pas empêché de se former aux leçons de la politique ^. ^ Il ne dissimulait pas son hostilité contre Louis XIV, qui avait violemment dépossédé son frère du gouvernement de la principauté d'Orange , en voulant la réunir à la France, et attendait impatiemment une occasion qui lui permît de satisfaire ses ressentiments de famille. En outre, après avoir pris une part active aux conférences de Bréda, dans lesquelles la Suède avait joué entre l'Angleterre et les Provinces-Unies le rôle de médiatrice, il était jaloux de compléter cette œuvre de pacification par un plus étroit accord entre les deux puissances désormais réconciliées.
Le Grand Pensionnaire, qui n'espérait pas pouvoir détacher brusquement les liens de l'ancienne alliance entre la Suède et la France, s'était jusqu'alors tenu sur la réserve vis-à-vis du comte Dohna ^ De son côté, celui-ci, en qualité de proche parent du jeune prince d'Orange, avait évité tout rapport intime avec le chef du parti républicain. A peine arrivé à la Haye, Temple
1 Résol. États de Hollande, 24 et 25 janvier 1668
2 WicQUKFORT, t. III, p. 363 et 427.
3 L. de Wilt à Beverningh, 30 juin 1667.