‹ Jean De WittChapitre 219 sur 264 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

entreprit de l'associer à la négociation qu'il venait conclure avec les Etats généraux. Dans Tune des premières conférences qu'il eut avec de Witt, il lui proposa d'aller voir le comte Dohna, en mettant de côté toute cérémonie; « il voulait « , écrivait-il luimême \ « s'assurer si le ministre suédois n'avait pas reçu des pouvoirs qui lui permissent de prendre, de concert avec les autres puissances, les mesures nécessaires à la sécurité de la chrétienté, persuadé que si l'on pouvait étendre cet accord à une triple alliance, la France n'oserait pas s'aventurer à franchir cette barrière 55 . Dans cette pensée , Temple se rend chez le comte Dohna, en se dispensant de faire précéder sa visite d'aucun préliminaire diplomatique ; il entre sans se faire annoncer, et s'excuse de ses procédés, en déclarant que le service de son maître exige qu'il se mette en relations directes avec lui. Touché de cette franchise d'allures, le ministre suédois l'embrasse et lui promet d'user avec lui de la même cordialité. Temple, se contentant de cette assurance, lui rend compte de ses négociations, et ajoute que l'alliance de la Suède " avec l'Angleterre et les Provinces-Unies en garantira le succès; il lui fait, en outre, valoir l'importance du rôle que la Suède reprendra en Europe par cette intervention.

Le comte Dohna, flatté de ces avances, accueille favorablement cette communication; il reconnaît que ses instructions lui permettent de faire participer son gouvernement a à toutes les affaires intéressant la chrétienté 15 ; mais il ajoute qu'il ne peut, sans une autorisation spéciale, prendre l'engagement qui lui est proposé. Toutefois, informé des dispositions qui s'élaient manifestées à Stockholm dans le sénat, il promet qu'en cas d'alliance entre l'Angleterre et la république, il fera toutes les démarches qui pourront y associer son gouvernement. Pour témoigner le prix qu'ils attachaient au concours de leur nouvel allié, les Etats généraux, se conformant à la résolution des Etats de Hollande, convinrent que le traité réserverait l'accession du roi de Suède comme principal contractant aux engagements pris entre Charles II et les Etats *. Le comte Dohna s'empressa de profiter de cette déclaration. Après avoir obtenu la promesse de subsides, dans le cas où la Suède intervien-

ï L. Temple à Bridgman, 27 janvier 1668.

* Résol. secrète États de Hollande, 24 et 25 janvier 1668.

drait pour la défense des Pays-Bas espagnols, il adhéra conditionnellement au traité, sauf l'approbation de son gouvernement, et sous cette réserve, il le signa dans un délai de trois jours ^ Le nom qui lui est resté, celui de la Trij)le Alliance^ pouvait désormais lui être donné.

Le traité consistait en trois engagements'. Par le premier, une alliance défensive était stipulée entre les puissances contractantes. Celle qui serait attaquée avait droit de demander à l'autre 40 vaisseaux, 6,000 fantassins et 400 cavaliers, ou un subside équivalent, sauf à être remboursée de ses avances, trois ans après la lin de la guerre. Le second et le troisième engagement, dont l'un était public et l'autre secret, réglaient la médiation des deux puissances justifiée d'après la déclaration du préambule, " par la crainte que le feu nouvellement allumé par la rupture des deux couronnes ne se communiquât aux voisins, s'il n'était éteint dès sa naissance ->■) . Dans l'engagement public, les puissances contractantes s'en tenaient aux conditions de la paix, telles que Louis XIV les avait offertes. Elles s'obligeaient à les faire accepter par l'Espagne, fût-ce en l'y contraignant; mais elles déclaraient s'être mises d'accord pour obtenir du roi de France, jusqu'à la fin du mois de mai, une trêve qui leur laissât le temps de disposer le gouvernement espagnol à traiter. Elles prétendaient en outre interdire à Louis XIV, même en cas de refus de l'Espagne, toute continuation de ses conquêtes dans les Pays-Bas. L'engagement secret était résumé en quatre articles. Les puissances contractantes s'y garantissaient leurs bons offices pour ménager la paix entre l'Espagne et le Portugal que la France n'avait cessé de secourir. Elles constataient qu'elles s'étaient entendues, soit pour faire confirmer dans le nouveau traité que Louis XiV aurait à conclure avec l'Espagne, sa renonciation à la succession de la monarchie espagnole, soit au moins pour empêcher qu'aucune clause contraire n'y trouvât place. Enfin, elles se promettaient réciproquement de déclarer la guerre au roi de France, dans le cas où il ne s'en tiendrait pas aux conditions qu'il avait proposées : elles s'engageaient à la continuer, jusqu'à ce qu'elles lui eussent enlevé ses dernières conquêtes de Flandre et rétabli la

1 L. Wicquefort à de Lionne, 26 janvier 1668, Archives aff. étr., et Wicqusfort, t. III, p. 390.

2 L. Temple à Godolpliin, 28 janvier 1668.

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