‹ Jean De WittChapitre 224 sur 264 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

fort pressés, et lorsqu'ils demandent une audience ou quelque mémoire, s'ils ne Tobtiennent dans une demi-heure, ils disent que le marquis se moque d'eux , et ils se trouvent obligés d'écrire le soir aux Etals que le marquis ne cherche que des relardements, et veut par là les engager dans la guerre. Ils l'accablent aussi de grands raisonnements à chaque article. Lui qui ne cède à personne à cet égard , les écoutera pendant une heure , et après cela, sera dix fois plus difficile qu'il n'était avant qu'ils lui eussent allégué leurs raisons, et puis, leur faisant de lon^^s raisonnements à son tour, il leur donne l'occasion de s'échauffer, puis de reprendre leur flegme ordinaire, pour donner à ses discours un sens auquel Dieu sait s'il avait jamais pensé , de sorte que dans leurs audiences, l'éloquence du marquis et leur philosophie de Leyde portent toujours leurs affaires fort haut , et chez eux , tout est pic et repic. Mais ce qui m'en déplaît, c'est que je suis obligé d'aller tantôt chez l'un, tantôt chez les autres, pour raccommoder toutes choses, et les faire convenir séparément de certains points sur lesquels ils ne seraient jamais tombés d'accord, tant qu'ils auraient été ensemble. " L'intervention conciliante de Temple et l'énergique fermeté du Grand Pensionnaire finirent par triompher des hésitations et du mauvais vouloir du gouvernement espagnol, a L'Espagne ne nous brouillera pas malgré nous avec la France », écrivait de Witt à Tambassadeur des Etats en Angleterre, Meerman ' ; « et s'il le faut, on leur appliquera ces mots :

Cuncta prius tentanda, sed immedicabile vulnus En se recidendum est.

« Il faut"d*abord tout tenter, mais, au besoin, Tinguérissable blessure sera tranchée par le fer. « Décidé à faire donner une complète satisfaction au roi de France plutôt qu'à laisser Louis XIV se charger lui-même de l'obtenir, le Grand Pensionnaire informait le marquis de Castel-Rodrigo * « que l'armée des Etats occuperait la Flandre en ennemie, s'il fallait mettre fin à ses injustifiables irrésolutions. » Voulant prouver que ce n'était pas là une vaine menace, les Etats adressèrent la même communication au roi de France ^ « Le sieur

î L. de Witt à Meerman, 6 avril 1668.

2 L. de Witt aux envoyés des États, l*"" mars 1668.

* R.ésol. États généraux, 15 mars 1668.

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de Wilt m'a assuré i? , annonçait d'Estrades \ a que les Etats et l'Angleterre ne laisseront aucun repos au marquis jusqu'à ce qu'il ait donné son consentement, et s'il ne le fait pas, ils rompront. « D'après le témoignage de Temple ^, « il fallait que FEspagne en passât par là ou par les fenêtres ^5 .

Une fois persuadé qu'il serait contraint de céder, Castel-Hodrigo se résigna à se soumettre, et, ainsi que récrivaient les députés des Etats \ et il se fit traîner comme une victime à l'autel « . 11 avait commencé par consentir à la trêve '^ que l'Espagne était si manifestement intéressée à accepter, et dont le refus venait de lui coûter la Franche-Comté. Après de nouvelles tergiversations, il se déclara prêt à la prolonger jusqu'à la fin de mai, suivant les propositions de l'Angleterre et des Etats, qui, dans l'intérêt de l'Espagne, tenaient à continuer les négociations. C'était une faveur qu'il obtenait, et aïjc sa hauteur accoutumée, il voulait paraître accorder une concession. Ne pouvant se contenter de la suspension des hostilités, les alliés exigeaient en outre que le gouverneur des Pays- Bas espagnols s'engageât à accepter les offres du roi de France, qui proposait comme alternative, soit de garder ses conquêtes déjà faites dans les Pays-Bas, soit de recevoir en dédommagement la Franche-Comté, avec Aire, Saint-Omer et Cambrai. Pour éluder une réponse définitive, Castel-Rodrigo fit savoir qu'il acceptait l'alternative, sans se prononcer sur celle des deux offres qu'il choisissait ^ .

Après un délai de dix jours, il se prononça, en prenant le parti le plus inattendu ^. Contrairement aux prévisions et aux désirs de Jean de Witt \ il déclara laisser au roi de France les villes des Pays-Bas dont Louis XIV s'était déjà rendu maître, Charleroy, Ath, Oudenarde, Tournay, Courtrai , Douai, Lille. Il obtenait par cet abandon la restitution de la Franche-Comté, qui, une fois enlevée à l'Espagne, lui aurait fermé les communications avec la Lorraine et l'Empire. Sacrifiant par un calcul désespéré les

1 L. d'Estrades, 22 mars 1668.

2 L. Temple à Arlington, 7 mai 1668.

3 AiTZEAiA, Zaahen Staat en Oorlogh, t. V, p. 774-778. ^ 12 février 1668.

5 4 mars 1668.

6 15 mars 1668.

' L. d'Estrades, 23 février 1668. .

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