CHAPITRE VII. ^"ï
n'avait été pris parle comte Dolina qua titre conditionnel, sous la réserve de l'approbation donnée par le gouvernement suédois \ Le grand ciiancelier entreprit de la faire refuser. Ne pouvant pardonner à ses adversaires d'avoir profité de son absence pour donner au comte Dohna les pleins pouvoirs dont celui-ci avait fait usage à la Haye, Magnus delà Gardie était revenu assister aux séances du sénat, pour empêcher que l'ambassadeur de Suède ne fût autorisé à sanctionner le traité par une signature définitive. Il avait invoqué les plus pressantes raisons pour y surseoir, et fait connaître son avis par écrit, voulant s'en servir comme de protestation. Le sénat passa outre, en confirmant au comte Dohna l'ordre de terminer ce qu'il avait commencé, sans tenir compte des nouvelles propositions trop tardives de l'ambassadeur de France ^. Toutefois, la Suède n'entendait pas donner son concours à titre gratuit, et le comte Dohna, qui avait subordonné à la promesse des subsides la participation de son gouvernement à l'alliance avec les Etats et l'Angleterre, exigeait impérieusement les payements stipulés. « Il est temps -5 , écrivait de Witt % ce de mettre l'armée suédoise sur le pied où elle doit être, pour rendre le service qu'on en doit tirer, et il serait déplorable que l'argent qui doit donner l'âme à ce corps fût trop lent à trouver, ^i
Les États ne cessaient de demander cette assistance pécuniaire à la cour de Madrid; ils prétendaient mettre à sa charge les frais d'une alliance destinée à lui conserver tout ce qui lui restait de ses possessions dans les Pays-Bas. Pour lui venir en aide, ils négocièrent avec don Estevan de Gamarra un traité suggéré par Jean de Witt, et qui les rendait créanciers du gouvernement espagnol. Aux termes de ce projet *, les Provinces-Unies devaient recevoir en gnge quelques places de la haute Gueldre, en prêtant à l'Espagne quatre millions, dont deux seraient destinés aux subsides delà Suède ^.
Tandis que cette convention était tenue en suspens par les lenteurs etle mauvais vouloir du gouvernement espagnol, le comte Dohna,
1 Voir ce chapitre, page 458.
2 PoMPOMNE, Mémoires, t. II, p. 538, 551.
3 L. de Witt à Temple, 26 mars 1668.
* 9 avril 1668.
5 L. âe. Jean de Witt, 26 mars, 30 mars; et 1. d'Estrades, 12 avril 1668.
retourné à Londres comme ambassadeur auprès de Charles II, pressait les envoyés de la république et les commissaires anglais de terminer les conférences qui prolongeaient inutilement les négociations destinées à assurer Texécution de la Triple Alliance. Il leur représenlait que « s'il n'obtenait pas satisfaction, la Suède, au lieu d'en vouloir à l'Espagne, aurait plutôt le droit de se plaindre de l'Angleterre et des Provinces-Unies « . Il déclarait « que dans le cas où la réponse qu'il demandait ne lui serait pas remise avant le départ du prochain courrier \ le gouvernement suédois invoquerait la liberté de prendre d'autres mesures « . Des concessions réciproques favorisèrent une entente. Malgré les derniers atermoiements de la cour de Madrid, les négociateurs delà république et de l'Angleterre se mirent d'accord avec le ministre d'Espagne à Londres, le comte de Molina, pour régler le montant des subsides. De son côté, le comte Dohna, au lieu d'un payement immédiat, se contenta de l'engagement par lequel les alliés promirent d'employer tous leurs efforts pour obtenir que l'Espagne s'acquittât, dans un délai déterminé, des subsides qu'elle prenait à son compte.
Les conditions d'accord ainsi préparées furent bientôt conclues * avec l'ambassadeur de Suède, qui ne survécut que quelques jours au succès de son œuvre diplomatique '. Les subsides promis à la Suède furent portés à la somme de 480,000 écus. Le roi d'Angleterre et les Etats généraux s'obligèrent à les faire payer par l'Espagne, dans les huit jours qui suivraient la ratification du traité par le roi de Suède, et les alliés déclarèrent qu'à défaut de ce payement, ils retireraient à l'Espagne toute assistance ^. Une fois satisfait par l'allocation des subsides, le gouvernement suédois confirma comme définitive la signature conditionnelle qui avait été donnée au traité par le comte Dohna, et la place laissée en blanc pour la mention du roi de Suède, comme partie principale contractante, fut enfin remplie. La Triple Alliance, qui jusqu'alors n'était qu'éventuelle, devenait ainsi un fait accompli, etsemblaitètre le gage le plus certain de la conservation des Pays-Bas à l'Espagne.
* L. Meerman à de Witt, 25 mars 1668. 2 5 mai 1668.
Le comte Dohna mourut le 18 mai 1668.
* L. Arlingtou à Temple, 1" mai 1668; 1. Meerman à de Witt, 11 mai 1668