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CHAPITRE VII. Ail

Ces heureuses négociations n'auraient peut-être pas suffi pour empêcher le roi de France de continuer la guerre, si elles n'avaient été appuyées par des préparatifs militaires dont Louis XIV dut tenir compte. L'Espagne paraissait enfin disposée à prendre des mesures de défense : don Juan d'Aulriche avait accepté le gouvernement des Pays-Bas, et devait y conduire 10,000 hommes '. De son côté, l'Angleterre ne restait pas inactive : le Parlement s'était réuni au mois de février, pour accorder à Charles II un crédit de 300,000 livres, destiné aux dépenses de l'équipement naval.

Les Etats généraux donnaient l'exemple à leurs alliés, et continuaient avec activité leurs armements. Malgré les démarches do l'envoyé français Gourville ^, ils obtenaient des princes de la maison de Brunswick-Lunebourg un contingent de 6,000 hommes ^ Ils recevaient les offres du duc de Lorraine, qui, craignant les entreprises du roi de France, s'engageait, s'il était admis dans la Triple Alliance, à mettre en campagne, dès la première réquisition, 6,000 fantassins et 2,000 chevaux*. Les Etats ne s'en tinrent pas à l'assistance de troupes auxiliaires; ils réorganisèrent également leur armée, et prirent la résolution d'y ajouter, par de nouvelles levées, 12,000 hommes. Ils voulaient s'assurer des forces militaires disponibles, sans être obligés de dégarnir leurs places de guerre occupées par de nombreuses garnisons. Ils se proposaient dès lors d'établir deux camps, l'un sur l'Escaut, à Berg-op- Zoom, à portée des Pays-Bas espagnols, l'autre sur TYssel, à Zutphen, pour la garde de leurs frontières. Ils se préparaient à mettre en campagne, dès que la saison le permettrait, toute leur cavalerie forte de 3,700 chevaux, avec vingt-cinq régiments d'infanterie, et prétendaient « avoir sur pied les plus belles troupes qu'on pût voir ^ » . Ils disposaient en même temps des principales charges militaires, et mettaient ainsi un terme aux lonnues contestations qui les avaient rendues vacantes **. Le commandement de leur armée était donné à deux feld-maréchaux , le prince Jean- Maurice de Nassau et Wurtz, sous les ordres desquels le prince

* Pomponne, Mémoires, t. II, p. 225.

2 L. d'Estrades, 16 février, 15 et 22 mars 1668.

^ L. de Witf à Temple, 16 mars 1668; et L. d'Estrades, 12 avril 1668.

* L. nian. d' Estrades, 20 avril 1668.

s L. IVicquefort, 1" mars, 3mail[668 ; L. de VVitt à Temple, 16 et 26 mars 1668. ^ Résol. Etats généraux, 19 janvier 1668.

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d'Orange se disposait à servir *. Ils se réservaient à eux-mêmes la direction militaire par les pouvoirs qu'ils donnaient à sept de leurs députés ^ représentant chaque province, et dont ils faisaient leurs délégués au camp. L'augmentation de leurs forces navales ne leur paraissant pas moins nécessaire, ils équipèrent quarante-huit vaisseaux de guerre, dont ils devaient porter le nombrejusqu'à quatrevingts ^ ce II est certain ^ , écrivait plus tard d'Estrades^', « que si Sa Majesté n'avait terminé les affaires par sa grande prudence, les Etats lui auraient attiré une grande guerre sur les bras, et qu'ils auraient employé les sommes énormes dont ils disposent dans leur pays, pour la soutenir, w

Le Grand Pensionnaire n'aurait pas reculé devant cette extrémité, mais en désirant employer tous ses efforts pour la prévenir. tt Quand, en obtenant de l'Espagne la satisfaction qu'elle doit donner V , écrivait-il à Temple % « on aura mis le roi de France dans la nécessité soit de procéder outre à la conclusion finale, soit de découvrir ses intentions contraires à la paix, il n'y aura ici aucune hésitation pour marcher au secours des Pays-Bas, dès la première tentative qu'il fera pour les attaquer, si le roi de la Grande-Bretagne en veut faire autant. » Temple n'avait cessé d'encourager ces dispositions, ce II n'y a pas v , répondait-il à de Witt *^, u une meilleure conduite à tenir que de faire montre de nos forces et de paraître bien résolus à la guerre, avant qu'elle commence; car puisque nous pourrions l'attirer en voulant la paix, il faut tâcher au contraire d'attirer la paix, en nous donnant toutes les apparences de vouloir la guerre, w Le Grand Pensionnaire n'avait pas d'autre politique que celle dont Temple traçait ainsi le programme. Aussi, tout en prenant les mesures propres à intimider le roi de France, se montrait-il surtout préoccupé de le satisfaire ^.

La prolongation de la trêve était le but qu'il se proposait d'at-

^ L. d'Estrades, 19 avril 1668.

^ Ces députés étaient G. de Witt, Renswonde, Ripperda-Oostergwet, Ripperdatot-Beursen, Aspereu, Grommon et Ysselmuyde.

3 L. de Witt à Meerman, 23 mars 1668.

^ L. d'I'.strades, 26 avril 1668.

^ L. de Witt à Temple, 16 et 29 mars 1668. — Voir Goaibes, Mélanges historiques, 1873, p. 312, 317.

« L Temple à de Witt, 25 mai 1668.

"^ Voir Combes, Mémoire sur la correspondance française inédite de Jean de Witt et de Temple, relativement à la Triple Alliance.

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