CHAPITRE VII
teindre, pour rendre la paix inévitable. « Les Etats sont d'accord avec moi », écrivait Temple', « pour penser qu'aucun traité no peut être mis en discussion avec sincérité du côté de la France, si elle ne se prête pas à une suspension d'armes. « Louis XIV ne consentait à Taccorder que jusqu'à la fin de mars, mais s'engageait à ne pas se prévaloir jusqu'au 15 mai des nouvelles conquêtes qu'il pourrait faire, si auparavant la paix pouvait être conclue. Les Etats ne trouvaient cette proposition ni suffisante ni sincère. La trêve restreinte à la fin de mars leur paraissait encore trop courte, pour que l'œuvre des négociations pût être achevée, et ils demandèrent qu'elle fût prolongée jusqu'au 15 mai. La promesse de Louis XIV de se dessaisir, en cas de conclusion de la paix, de ses nouvelles conquêtes, ne rassurait pas leurs craintes, te Si tous nos soins et nos bons offices ^ , écrivait Temple à de Witt^, « ne peuvent décider le roi de France à renoncer pour six semaines au dessein de tenter de nouvelles conquêtes qu'il déclare ne pas vouloir garder, comment rendra-t-il ce qu'il aura déjà pris? 5) — « Les Etats j? , déclarait hardiment Van Beuningen aux ministres de Louis XIV, ^ « ne peuvent se dispenser de considérer ce que le Roi peut, plutôt encore que ce qu'il veut faire, w
Pour obtenir de Louis XIV la concession sans laquelle la paix courait risque d'être de nouveau mise en question, de Vlitt multipliait les conseils de la prudence, et reconnaissait la nécessité d'user des plus grands ménagements. Il craignait que Van Beuningen ne se laissât emporter par trop de véhémence, et lui recommandait de ne pas négliger les formes, sans se relâcher sur le fond *. Il prenait soin d'excuser auprès de l'ambassadeur français à la Haye les emportements auxquels l'ambassadeur des Etats se laissait entraîner, et faisait prier le Roi de n'y pas prendre garde ^ Il se montrait si conciliant, que de Lionne écrivait à d'Estrades ® : « Je vous prie de dire à M. de Witt que si je pouvais m'entretenir deux heures avec lui, je répondrais de la certitude de la paix, parce
» L. Temple, 12 février 1668.
2 L. Temple à de Witt, 25 mars 1668.
3 L. de Lionne à d'Estrades, 23 mars 1668.
* L. de Witt à Meermaa, 10 février 1668; 1. d'Estrades, 13 mars 1668. 5 L. d'Esirades, 28 mars, 31 mai 1668. ^ L. de Lionne à d'Estrades, 9 mars 1668.
que je sais combien il est raisonnable et fertile en expédients, pour surmonter toutes les difficultés, i?
Jaloux (le justifier cette bonne opinion, le Grand Pensionnaire résolut d'enlever à Louis XIV le seul prétexte que le roi de France invoquait contre la prolongation de la trêve. Louis XIV refusait d'y consentir, en déclarant qu'elle ne servirait pas à la paix : pour justifier cette allégation, il accusait la régente d'Espagne d'avoir envoyé au gouverneur des Pays-Bas, le marquis de Castel- Rodrigo, des pouvoirs insuffisants qui ne permettaient pas de rendre le traité valable ^ Le Grand Pensionnaire s'empressa de couper court à cette objection, en obtenant que les ambassadeurs des Provinces-Unies et de TAngleterre accrédités auprès du roi de France reçussent Tordre de se porter garants de la paix *. Ceux-ci donnèrent à Louis XIV un engagement aux termes duquel elle serait imposée à PEspagne par les alliés, si la cour de Madrid ne ratiGait pas l'acceptation faite par Castel-Rodrigo des propositions du roi de France. « Le sieur de Witt « , écrit d'Estrades % " m'ajouta avec des termes très-pressants que si le Roi, ayant désormais tant d'assurances effectives que la paix est entre ses mains, refuse la suspension d'armes jusqu'à la fin de mai , il n'y aura personne qui ne croie que son intention a toujours été éloignée de la faire, jj
Louis XIV n'avait plus dès lors à alléguer aucune justification de sa conduite, s'il se donnait à lui-même un démenti, en se désistant de ses offres. Faisant un dernier effort sur lui-même, il se résigna à la modération, sans renoncer à ses ambitieuses espérances qu'il se contenta d'ajourner. « Je remarquai » , a-t-il écrit lui-même dans ses Mémoires*, « que si je m'opiniàtrais maintenant à laguerre, la ligue qui allait se former pour la soutenir demeurerait ensuite pour toujours comme une barrière opposée à mes plus légitimes prétentions, au lieu qu'en m'accommodant promptement, je la dissipais dès sa naissance, et me donnais le loisir de faire naître des affaires aux alliés qui les empêcheraient de se mêler de celles que le temps me pouvait fournir. » Les trois ministres qui le
' L. de Witt à Temple , 16 mars 1668.
2 26 mars lo68.
3 L. d'Estrades, 28 mars 1668.
^ Mémoires de Louis \IV, t. II, p. 3G1 à 368.