‹ Jean De WittChapitre 230 sur 264 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

représentaient dans les conférences tenues avec les ambassadeurs des Provinces-Unies et de l'Angleterre, de Lionne, Colbert et Letellier, étaient opposés à la continuation de la guerre, ne trouvant pas que la France y fût suffisamment préparée par ses alliances et par les ressources financières dont elle pouvait disposer. Ils favorisèrent par leur bon vouloir la prompte issue des négociations, et dès que la garantie de Tacceptation de la paix par TEspagne eut été donnée par les envoyés des Etats et par ceux de la cour de Madrid, ils cherchèrent sincèrement les derniers moyens d'entente. De Lionne arrêta avec les deux plénipotentiaires des alliés, Van Beuningen et Trevor, un projet de traité entre la France et TEspagne par lequel Louis XIV se déclarait irrévocablement engagé, pourvu que l'Espagne y donnât son consentement. Pour éviter qu'une nouvelle interprétation du traité des Pyrénées au sujet de la clause de renonciation à l'héritage de la monarchie espagnole ne soulevât des débats irritants, le roi de France proposa de déclarer, « que les parties contractantes n'avaient entendu acquérir aucun droit, ni souffrir aucun préjudice sur leurs prétentions respectives ' w .

Après avoir ainsi réglé les conditions de la paix, les négociateurs se mirent d'accord sur les conditions de la trêve. Les ministres de Louis XIV consentirent à la prolonger jusqu'à la fin de mai. Ils demandèrent seulement que «danslecas où la paix ne serait pas conclue après l'expiration de la trêve, l'Espagne, par une juste punition, fût contrainte d'accepter les conditions onéreuses que le roi de France pourrait lui imposer par les armes, de concert avec les alliés ^) .Les pressants conseils de Jean de Witt en faveur d'une politique de conciliation prévalurent aisément sur l'avis contraire des commissaires des Etats % qu'il trouvait abusif et superflu. La satisfaction réclamée par le roi de France lui fut accordée, sous la condition de l'engagement pris par Louis XIV de ne pas dépasser jusqu'au mois d'août la ligne de démarcation qui lui serait fixée dans les Pays-Bas. Moyennant cette transaction heureusement ménagée, les conventions préliminaires de la paix furent signées à Saint-Germain* .

* Instructions de Louis XIV à Colbert de Croissy, 30 mars 1668 : Mignet, t. If, p. 624.

* L. de Lionne à d'Estrades, 30 mars 1668.

^ Avis des commissaires des Etats, 27 mars 1668.

* 15 avril 1668.

Il ne restait plus qu'à les transformer en traité. Depuis le commencement de Tannée, TEspagne et la France, sur la proposilion des princes allemands, avaient choisi Aix-la-Chapelle pour y réunir un congrès. Elles venaient d'y envoyer leurs plénipotentiaires. Le marquis de Caslel-Rodrigo, auquel le gouvernement espagnol avait laissé la direction des négociations, avait fait partir de Bruxelles son délégué, Ferdinand Van Broekhoven, baron de Bergeyck. Louis XIV avait donné ses pouvoirs au frère de son ministre Colbert , le marquis Colbert de Croissy, son ambassadeur à Londres ; Beverningh et Temple étaient chargés en même temps par les Etats et par le roi d'Angleterre de représenter les puissances médiatrices à Tintervention desquelles la paix était due. Les négociateurs devaient se réunir sous la présidence honorifique de Farchevéque de Trébizonde, nonce du pape Clément IX, qui avait offert aux deux cours catholiques son intervention paternelle, pour les réconcilier. Aucune difficulté ne semblait plus devoir être opposée, les deux envoyés de France et d'Espagne ayant reçu Tordre « de ne rien changer au projet de traité qui leur avait été envoyé ^ )) . — « J'espère 55, écrivait Arlington^, « que tout pourra se conclure en une heure de temps, puisqu'il n'y a plus rien à marchander. 5) « C'est à vous principalement », écrivait de Witt à Temple % ^ que l'on est obligé de la bonne disposition en laquelle M. le marquis de Castel- Rodrigo se trouve présentement, et de la jouissance d'un si grand avantage qui en résulte pour la chrétienté. J'en parle comme d'une chose que nous possédons déjà, parce que je ne vois rien qui nous en puisse frustrer. «

Toutefois, le dénoùment des négociations faillit encore se heurter à des obstacles inattendus. « Les avis que nous recevons de Bruxelles nous font tourner la tête » , écrivait avec inquiétude de Witt à Temple *. En effet, les mauvais procédés de Louis XÏV encourageaient le gouvernement espagnol à faire naître de nouvelles contestations pour tenir en suspens la conclusion de la paix. Pendant que les négociations suivaient leur cours, le roi de France

1 L. Temple à Castel-Rodrigo, 30 avril 1668.

2 L. Arlington, 18 avril 1668.

8 L. de Witt à Temple, 27. avril 1668. 4 Ibid., 16 avril 1668.

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