‹ Jean De WittChapitre 232 sur 264 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

LA PACIFICATION INTÉRIEURE. — l'ÉDIT PERPETUEL.

Le parti orangiste privé de chef. — Mort da prince Guillaume-Frédéric de Nassau.

— RivaliJé de la Zélande contre la Hollande. — Réveil du parti orangisle en Hollande. — Démission de Beverningh comme trésorier général. — Manifestations en faveur du prince d'Orange. — Résistance du Giand Pensionnaire. — Sa tentative de conciliation. — Les Etats de Hollande se chargent de l'éducation du jeune prince. — De Witt en prend la direction. — Situation avantageuse faite an jeune prince. — Le roi de France lui restitue la principauté d'Orange.

— Projet d'accord pour son entrée au conseil d'Ktat et pour la séparalion de» charges civiles et militaires. • — Le plan du Grand Pensionnaire changé par la proposition d'abolition du stathoudérat. — L'Édit perpétuel voté par les Etats de Hollande et juré par les conseils des villes. — Irritation des autres provinces. — Tentative de coalition contre la Hollande. — Projet d'harmonie préparé par de Witt. — Les provinces de Gueldre et d'Overyssel y adhèrent,

— Négociations avec les provinces de Frise, de Groningue et de Zélande, pour obtenir leur consentement. — Accord apparent entre le prince d'Orange et de Witt. — Succès de la politique intérieure et extérieure du Grand Pensionnaire. — Le bonheur de sa vie privée. — Sa correspondance avec sa femme, pendaat sa mission sur la flotte. — Ses enfants, sa fortune, sa demeure. — Mort de sa femme. — Sa douleur. — Les lettres de condoléance. — Sa quatrième réélection de Grand Pensionnaire. — Les services qu'il rend; les rémunérations qu'il reçoit. — Ses vertus et ses mérites d'homme d'Etat. — Ses portraits.

Les embarras intérieurs n'avaient pas été épargnés au parti gouvernant et à son illustre chef, le Grand Pensionnaire de Hollande. Tandis que la république était précipitée dans les dangereux hasards de la guerre avec TAngleterre, le parti orangiste avait tenté de nouveaux efforts pour se rendre maitre du pouvoir. La politique aussi prévoyante qu'énergique de Jean de Witt lui en avait fermé Taccès. Tant que les hostilités avaient duré, il avait réussi à faire considérer toute tentative de restauration en faveur du neveu du roi d'Angleterre comme un danger pour la sûreté de l'Etat. Hlais quand l'appui de Charles II était devenu nécessaire à la république pour contenir l'ambition de Louis XIV, le Grand Pensionnaire, obligé d'avoir recours à l'alliance anglaise, prit à temps ses mesures.

pour empêcher qu'elle ne rendît inévitable un changement de gouvernement, au profit du prince d'Orange.

L'affaiblissement du parti orangiste privé de toute direction lui venait utilement en aide. Des deux princes de la famille du dernier slathouder qui auraient pu servir de protecteurs au jeune fils de Guillaume II, l'un, le prince Jean-Maurice, lieutenant général de la cavalerie, s'était tenu à l'écart et n'avait cherché à jouer aucun rôle politique, afin de se ménager la faveur du parti républicain; l'aulre, le prince Guillaume-Frédéric, grand maître de l'artillerie, s'était réconcilié avec Jean de WiU, sans avoir pu profiler des ménagements qu'il avait gardés, pour se faire donner la charge de feldmaréchal. D'ailleurs, il venait de mourir victime d'un accident : chargé du commandement d'une expédition contre l'évêque de Munster en faveur du prince d'Ost-Frise, et assiégeant la place de Dylerschans, il s'était mortellement blessé avec un pistolet qu'il essayait \ Les partisans du prince d'Orange, qui n'avaient pas désespéré de retrouver en lui le défenseur de leurs intérêts, ne dissimulaient pas combien ils se sentaient atteints et découragés en le perdant, ci L'importance d'un tel malheur » , écrivait l'un d'eux, (c nous a tous étourdis *. » Sa veuve, Albertine-Agnès, fille du stathouder Frédéric-Henri et de la Princesse Douairière, prit la tutelle de son fils Henri-Casimir, âgé de sept ans, qui hérita des charges de son père, comme stathouder de Frise et de Groningue, mais sans pouvoir les exercer. Sa minorité réduisait à l'impuissance ces deux provinces qui n'avaient plus de chef. La princesse de ^^assau, suivant les derniers exemples qui lui avaient été laissés par son mari, semblait d'ailleurs disposée à désavouer plutôt qu'à soutenir l'opposition qui était faite au nouveau gouvernement. « Elle n'approuve pas « , écrivait le comte d'Estrades % " les sentiments dans lesquels on élève son neveu, de ne chercher d'autre protection que celle du roi d'Angleterre, et voyant l'éducation qu'on lui donne si éloignée de celle qui lui conviendrait, elle ne prend aucun intérêt à ses affaires, r

La Zélande seule pouvait inquiéter le parti républicain dans sa victoire, par suite de la nomination du nouveau conseiller-pension-

^ Novembre 1664.

2 L. Huyghens, 6 novembre 1664 : Archives de la maison d'Orange.

^ L. d'Estrades, 29 novembre 1665.

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