‹ Jean De WittChapitre 233 sur 264 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

naire qu'elle avait choisi, Pierre de Huybert. La mort d'Adrien Velli * avait laissé vacante la charge de minisire dns États de cette province. Jean de Witt avait fait de vains efforts pour la faire donner à l'un des partisans de sa politique. Ses agents de confiance, l'avocat Seroskerk, et son parent, Daniel Fannius, procureur fiscal de l'amirauté de Zélande, qui entretenait avec lui une active correspondance, pour lui rendre compte de l'emploi des fonds secrets dont il était chargé de disposer', multiplièrent inutilement les démarches. Ils ne réussirent qu'à retarder Téleclion, et quatre mois après la mort de Veth , Pierre de Huybert le remplaça'. Appartenant à Tune des principales familles de la Zélande, entré à vingt-quatre ans dans le conseil de Middlebourg, Pierre de Huybert s'élait signalé par la part qu'il avait prise aux négociations dans la guerre du Nord. Successivement envoyé auprès de l'électeur de Brandebourg et auprès du roi de Suède, il s'était préparé à l'exercice des premières charges, en remplissant l'emploi de secrétaire des Etats de la province. Il gagna leur confiance en restant fidèle à la cause de la maison d'Orange, dont il était, d'après le témoignage d'un contemporain *, « le passionné serviteur v . Son mérite, son énergie, son expérience des affaires publiques, l'autorité que lui donnaient sa charge et celle de son cousin germain Justus de Huybert, nommé à sa place secrétaire des Etats de Zélande, pouvaient faire de lui le compétiteur du Grand Pensionnaire de Hollande. Pour le détacher du parti orangiste, de Witt encouragea sa défiance contre les députés de Vere et de Flessingue, qui, tenant leurs pouvoirs du choix du prince d Orange, seigneur de ces deux villes, prétendaient à la direction des États de la province. Jaloux de conserver intactes les prérogatives de sa charge, le conseillerpensionnaire de Zélande, appuyé par les députés des autres villes, contestait aux députés de Vere et de Flessingue les privilèges qu'ils invoquaient, et revendiquait pour les États de la province dont il était le premier ministre, le libre exercice de leur souveraineté ^

> Novembre 1663.

2 L. Pierre de Huybert au prince Guillaume-Frédéric, 2 janvier 1664. Fannius y est désigné sous le nom de Fabrius, et de Witt, sous le nom du duc d'Albe. Voir Van Svpesteym, Geschiedkundige bijdragen, t. I, p. 159.

3 19 mars 1664.

* L. VVicqnefort, 1" janvier 1665 : Arcliives aff. étr.

* Ibid., 25 décembre 1664; 1^' janvier 1665.

Le mariage de son neveu Regensberck avec la fille du principal chef du parti républicain en Zélande, Tbibault, habilement négocié par Jean de Witt \ dans un intérêt politique, fut une garantie de rapprochement encore plus efficace, et fît espérer au Grand Pensionnaire de Hollande qu'il trouverait dans Huybert un auxiliaire, au lieu d'un rival.

Toutefois ce n'était pas seulement contre les entreprises de la Zélande que les Etats de Hollande devaient prendre leurs précautions. Pour rester maîtres du gouvernement de la confédération, ils avaient encore un autre danger àcotijurer, celui des divisions intérieures dans leur province. Les débuts malheureux de la guerre contre l'Angleterre les avaient fait renaître, et le rétablissement du prince d'Orange dans les charges de ses pères était devenu de nouveau le mot d'ordre des mécontents. A Rotterdam, les régents étaient menacés jusque dans Thôtel de ville [)ar un soulèvement populaire A Leyde, le tambour qui annonçait la levée au nom des Etats était jeté à l'eau, la foule réclamait à grands cris que la levée fût faite au nom du prince d'Orange ^, et le bourgmestre qui présidait à l'enrôlement se croyait tenu de satisfaire à ses exigences ^ Dans les ports, les matelots manifestaient les mêmes sentiments, et leurs chefs les partageaient. L'amiral d'Obdam, quoique comi)lé de faveurs par les Etats de Hollande , n'en avait pas moins, disait-on, promis secrètement au prince d'Orange de se prononcer en sa faveur '*, s'il était victorieux. D'Obdam ayant péri dans la première bataille livrée à la flotte anglaise, Tromp, qui espéiait recueillir sa succession, était venu assurer le prince d'Orange que la victoire ne pouvait être obtenue sur mer, à moins de mettre les équipages à son service ^. L'année suivante, la réunion d'un corps d'armée de 12,000 hommes, qui devait être employé à la défense de la république contre l'évêque de Munster, faillit préparer le succès d*une conspiration militaire ^. Les deux commissaires que les provinces de Gueldre et d'Overyssel avaient fait désigner pour

1 L. Bampfîeld à de Witt, 2 novembre 1665.

« L. d't<:str des, 2 juillet 1665, et 1. de Witt à Van Beuningen, 19 novembre 1665.

3 L. Wicqiiefort, 9 novembre 1666. Archives aff. étr.

^ //»«</, 25 juin 1665.

s /ô/é?., 2 juillet 1665.

6 Ibid., 18 mars 1666.

Page 1