CHAPITRE VIII
surveiller l'expédition , s'étaient engagés à présenter le jeune prince aux troupes : de Witt, prévenu à temps, ût ajourner son départ.
Le clergé calviniste se laissait aller, de son côté, à des prédications séditieuses. Il profilait des prières qui avaient été ordonnées, pour invoquer la nécessité d'une prompte restauration. Les États furent obligés (le menacer de leurs censures les pasteurs qui traiteraient en chaire des alTaires publiques, en se faisant les accusateurs du gouvernement*. L'un d'eux, ThaddœusLandman *, qui avait pris comme texte de son sermon ces paroles du prophète Osée : « Je retournerai auprès de mon premier mari ^ car il était meilleur que celui d'à jprêsent^ « , fut suspendu de son ministère, jusqu'à ce qu'il eut fait amende honorable. Le plus fougueux des ministres de la Hfiye, Simon Simonides, ayant prêché sur l'ingratitude, et ayant imp-uté les malheurs publics à l'oubli des bienfaits dont la Hollande était redevable à la maison d Orange, crut devoir prendre de Witt à partie, et le désigna par les allusions les plus offensantes. Le magistrat de la ville lui ordonna de réparer ses torts, en allant se justifier auprès du Grand Pensionnaire; celui-ci le reçut avec la politesse qui lui était habituelle, et le retint à dîner, en se contentant de l'inviter avec douceur à mieux observer les devoirs du ministère ecclésiastique, sans réussir néanmoins à désarmer ses implacables ressentiments *.
Les plus fidèles amis de Jean de Witt se sentaient découragés. Malgré ses pressantes instances, Beverningh, auquel il avait donné toute sa confiance % céda à une brusque défaillance, se retira dans sa maison de campagne, et se démit de sa charge de trésorier général des Provinces-Unies °. N'ayant pas d'enfants auxquels il pût la laisser, il ne voulait pas, disait-il, ce se tuer aux affaires îj , et donnait ce prétexte à sa retraite. Alarmé des dangers que la guerre contre l'Angleterre faisait courir à la république, et prévoyant un prochain changement de gouvernement, il ne dissimulait pas au comte d'Estrades « que s'il ne voulait pas rester en
* Résol. Hollande, 5 décembre 1665.
2 L. d'Estrades, 19 décembre 1665.
2 Osée, ch. ii, verset 7.
* Vie de Jean et Corneille de Witt, édition 1709, t. I, p. 422. 6 L. l.ouis \IV à d'Estrades, 6 octobre 1665.
« Octobre 1665.
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place, c'est qu'il voyait les affaires trop brouillées * ». Les régents et députés d'Amsterdam eux-mêmes, qui jusqu'alors avaient donné l'impulsion au parti républicain, se montraient hésitants, a ce qui », écrivait tristement de Witt à Van Beuningen ', « a donné l'exemple de perdre le courage à quelques autres qui, comme vous le savez, n'en ont jamais beaucoup w .
L'absence du Grand Pensionnaire, qui s'était courageusement embarqué sur la flotte, avait enlevé aux Etats de Hollande le défenseur attitré de leur pouvoir. Son ami le plus fidèle, Nicolas Vivien, qui, en sa qualité de pensionnaire de Dordrecht, était chargé de le remplacer, lui écrivait que s'il ne revenait pas promptement, son parti était perdu. Son père, Jacob de Witt, alarmé des dangers que son départ faisait courir au gouvernement de la république, lui faisait part des mêmes inquiétudes, dans la lettre intime qu'il lui adressait. « Très-cher fils « , lui écrivait-il % «je ne sais vous écrire ^utre chose, sinon que je crois voir de loin qu'ici les cochons courent dans les blés. La vieille femme (c'est ainsi qu'il désignait la Princesse Douairière) a empêché l'avancement des troupes de Lunebourg, par son gendre l'électeur de Brandebourg. L'Overyssel et la Zélande font des démarches qui nous sont contraires. Amsterdam et quelques autres villes commencent à branler. Voire frère est à Groningue, et je n'apprends rien de son arrivée. Je présume qu'on tâchera d'empêcher votre retour ici autant que possible. Venez, pour faire attention à tout et faire tout réussir. »
C'était contre le Grand Pensionnaire que tous les coups étaient -dirigés, dans l'espoir de précipiter ainsi le changement du gouvernement républicain, qui ne semblait pas pouvoir survivre à sa chute. L'un de ses correspondants assidus, le colonel Bampfield, lui signalait * presque jour par jour les attaques de ses ennemis sans cesse renouvelées. « Dans les villes, dans les lieux publics » , écrit d'Estrades % u on parlait de lui comme d'un traîlre. » Le déchaînement de la haine et de la calomnie transformait en ennemi public l'incorruptible gardien de la liberté de son pays; c'était
» L. d'Estrades, 26 octobre 1665.
2 L. de Witt à Van Beuningen, 19 novembre 1665.
3 L man. Jacob de Witt à Jean de Witt, 27 octobre 1665. * L. man. Bampfield à de Witt, 20 mai, 8 juillet 1665.
^ L. d'Estrades, 26 octobre 1665.