CHAPITRE VIII
les autres provinces ont approuvé, jusqne-là que le président a été prié de faire des remontrances aux ministres de Brandebourg qui ont remis le mémoire. » D'après le témoignage du comte d'Estrades, le Grand Pensionnaire restait maître de la direction du gouvernement '.
Toutefois la résistance ne suffisait pas pour détourner le danger sans cesse menaçant. La nouvelle campagne entreprise par les Etals de Zélande en faveur du prince d'Orange pouvait être le signai de dissensions intestines aggravées par la guerre étrangère. C'était par une transaction qu'il fallait chercher à désarmer le parti orangiste, et de IVitt en reconnaissait la nécessité, ce Les intrigues qui sont faites ici «, écrivait-iP, « feraient inévitablement tomber la Hollande dans un état fâcheux, si elles n'étaient prévenues par quelque tempérament . » Il préférait dès lors accorder de bonne grâce ce qu'il ne pouvait empêcher.
Dans cette pensée, il avait déjà fait une tentative de conciliation ^ destinée à resserrer en même temps les liens d'alliance avec la France. Il avait proposé la nomination du prince d'Orange comme général de la cavalerie, sous la condition que le commandement en chef de l'armée serait confié au maréchal de Turenne. et MM. les conseillers-députés «, écrivait-iP, « ont été d'avis qu'il faudrait trouver un habile et vaillant général de la religion réformée , d'un rang à pouvoir commander aux autres généraux qui sont au service de l'Etat, sans qu'ils en puissent murmurer, et qui fût dans de tels intérêts, que les principvTux alliés de la république pussent avoir confiance en lui. Si l'on savait que M. le prince de Turenne le souhaitât, il serait aisé de faire pencher les esprits de son côté. ^î Turenne justifiait cette préférence : sa renommée militaire et sa foi religieuse n'étaient pas ses seuls titres au choix des Etats généraux. Il avait fait son apprentissage des armes sous les ordres des stathouders Maurice et Frédéric-Henri, dans la guerre contre l'Espagne; en outre, petit-fils de Guillaume I" par sa mère, il donnait confiance par cette parenté au jeune prince d'Orange. Toutefois, les démarches du Grand Pensionnaire n'eurent pas le succès qu'il
, ï L. d'Estrades, 14 novembre 1665 et 21 janvier 1666.
2 L. man. de Witt à Reynst, 3 avril 1666.
3 L. Wicquefopt, 3 juin 1666 : Archives aff. étr. : : ^ L. de Witt à Van Beuningen, S8 janvier 1686. '
en attendait : il ne put faire entrer dans ses vues le roi de France, qui craignait que tout pouvoir militaire attribué au prince d'Orange, même sous les ordres de Turenne, ne lui donnât une autorité prépondérante sur l'armée, et ne lui permît de la mettre dans la dépendance du roi d'Angleterre. De IVitt fut dès lors obligé de renoncer à son projet, sans abandonner Tespérance de revenir, par une autre voie, au but qu'il voulait atteindre.
La délibération des Etats de Hollande sur la proposition qui leur était faite par les Etats de Zélande pour rouvrir au jeune prince Faccès du pouvoir, lui suggéra un nouveau plan de conduite \ Les nobles et les députés de six villes avaient déclaré que les députés de Hollande devraient se montrer conciliants, si l'éducation du fils de Guillaume II leur était confiée par la Princesse Douairière sa grand'mère. Le Grand Pensionnaire avait déjà essayé de faire réussir cet accord, au lendemain de la restauration du roi d'Angleterre. Le mauvais vouloir de Charles II l'avait fait échouer. Ce n'en était pas moins un projet digne d'un grand homme d'Etat, et de Witt le reprenait avec confiance. II le considérait comme destiné à clore l'ère funeste des discordes civiles. Il aimait à supposer qu'un prétendant élevé sous la surveillance et le patronage des gardiens delà constitution, se contenterait d'être le premier citoyen d'une république. C'était, suivant lui, la meilleure mesure Éprendre, pour lui enlever l'ambition d'en devenir le maître.
Il n'avait plus à craindre que le roi d'Angleterre ne cherchât à lui disputer l'éducation de son neveu, en voulant imposer sa tutelle aux Etats : la guerre dans laquelle Charles II était engagé contre les Provinces-Unies le tenait à l'écart. Le Grand Pensionnaire trouvait d'ailleurs une garantie contre ses inimitiés, dans la protection du roi de France ; pour se la ménager, il paraissait n'avoir d'autre désir que celui de se conformer aux avis du comte d'Estrades, « et avait l'art de se faire conseiller le parti qu'il était lui-même disposé à suivre * w. Il n'avait plus dès lors qu'à vaincre l'opposition du parti orangiste, qui, emporté par l'ardeur de ses espérances, voulait tout obtenir, sans rien céder.
Pour surmonter cet obstacle, de Witt rechercha le concours de la Princesse Douairière, qui, impatiente de se metire en avant,
* L. de Witt ù Van Benningen, ler avril 1666. 2 L. d'Eslradcs, l^"- avril 1666.