‹ Jean De WittChapitre 237 sur 264 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

supportait difficilement rinaclion. Elle désirait d'autant plus s'entendre avec le Grand Pensionnaire qu'elle comprenait combien il importait au jeune prince d'Orange de trouver l'aide dont il avait besoin pour s'ouvrir, en sortant de la vie privée, l'accès du pouvoir. Indépendamment de la vanité qui la faisait agir, elle avait assez de perspicacité pour se montrer favorable à une entente avec les cbefs du parti républicain, si ceux-ci consentaient à se cîiarger eux-mêmes des intérêts de la maison d'Orange que le parti orangiste était impuissant à servir. De Witt profita avec empressement de cette alliance inattendue. Sur sa demande, l'ambassadeur de France, avec lequel il tenait à agir en commun pour assurer le succès de ses projets, tenta auprès de la Princesse Douairière les premières ouvertures, qu'elle accueillit avec défiance *. Il n'hésita pas dès lors à aller lui-même la trouver, et la persuada facilement de sa sincérité. Il s'engagea à faire des Etats de Hollande les protecteurs du jeune prince, si elle consentait à leur demander leur patronage en faveur de son petit-fils. Une telle offre était trop séduisante pour être refusée. Suivant le récit d'un contemporain, le comte de Guiche'^, « la Princesse Douairière en fut éblouie, et elle imita les personnes auxquelles une longue abstinence a tellement réveillé l'appétit, qu'au lieu de se donner le loisir de faire un meilleur repas, elles se rassasient d'abord des premiers aliments qu'on leur sert « .

D'après le conseil de Jean de Witt, elle envoya aux députés de Hollande un mémoire ^ qui lui avait été suggéré par le Grand Pensionnaire, et dans lequel elle leur demandait de se charger de l'éducation du jeune prince d'Orange. Elle était persuadée, ainsi que le Grand Pensionnaire lui en avait donné l'espoir, que les Etats de Hollande, après avoir pris son petit-fils sous leur protection, lui accorderaient la pension de cent mille livres qui lui avait été promise, et ne tarderaient pas ensuite à l'admettre dans le conseil d'Etat. Les députés, qui avaient été préparés à recevoir cette demande, y consentirent sans difficulté, sur le rapport de Jean de Witt*; ils y mirent d'autant plus d'empressement qu'ils pouvaient ainsi écarter les réclamations importunes des Etats

ï De GurcHK, Mémoires, t. Il, p. 25.

^Ihid., i II, p. 28.

•^ Résol. États Hollande, 2 avril 1866. ^Ibid., 13 avril i666.

de Zélande, et jouir en quelque sorte de leur confusion ^ Deux jours après *, ils choisirent les membres de la commission d'éducation du jeune prince, à laquelle ils remirent leurs pleins pouvoirs; ils y firent rentrer ceux qui en avaient fait partie, quand six ans auparavant cette commission avait été déjà associée à la tutelle du fils de Guillaume II, par suite de Taccord que de Witt avait négocié avec sa mère, et qui n'avait pas survécu à la mort de celte princesse. L'un des députés de la noblesse, dévoué au gou-vernement des Etats, Noortwijck, et TVanning Forest, premier maître des comptes des domaines, reprirent ainsi leurs anciennes fonctions. Les deux autres commissaires, Beveren de Barendrecht et Corneille Graeff de Zuydpolsbroek, élaient morts : il fallait les remplacer. Malgré l'opposition des députés de Leyde et de Haarlem, les Elals leur donnèrent pour successeurs Adrien de Blyenbourg, seigneur de Naldwijck, membre du conseil de Dordrecht, et Valkenier, bourgmestre d'Amsterdam ^ La principale autorité n'en restait pas moins confiée au Grand Pensionnaire, et le premier ministre d'une république se trouvait ainsi chargé d'une éducation princière.

Pour la rendre conforme à ses vues et à ses espérances, de Witt avait de nombreux obstacles à surmonter. Le fils de Guillaume II avait seize ans, et il fallait commencer à compter avec lui. « Mon maître n'est plus enfant, grâce à Dieu )) , écrivait à de Lionne l'ancien secrétaire du dernier stathouder, Huyghens de Zuylichem; « je vois avec étonnement comment en si peu d'années il a cru et poussé de corps et d'esprit '*. v Habitué à considérer les Etats de Hollande comme des usurpateurs, le prince d'Orange s'était opposé aux ouvertures que sa grand'mère leur avait faites, et malgré les représentations d'un gentilhomme français, le comte de Guiche, qui avait quelque crédit auprès de lui, il avait refusé de s'associer à la demande qu'elle leur avait adressée ^

Il imporlait de ne pas laisser entretenir son mauvais vouloir par les encouragements de ceux qui l'entouraient. Non contents de le détourner d'une réconciliation avec le parti répu-

1 L. de Witt à Beverningh, 4 avril 1666.

2 Résol. États de Hollande, 15 avril 1666.

5 L. man. Jean de Witt à Corneille de Witt, 15 avril 1666.

* . Huyghens à de Kionne, 12 novembre 1665 : Archives aff. étr.

^ De Guiche, Mémoires, t. II, p. 34-,

Page 1