CHAPITRE VllI
blicain, ses conseillers ne cessaient de s'employer pour confondre ses intérêts avec ceux du roi d'Angleterre, son oncle; ils semblaient se faire ainsi les complices de la guerre déclarée par Charles II à la république des Provinces-Unies. Aussi de Wilt prit-il les mesures les plus énergiques, pour ne plus laisser le jeune prince dans la dépendance de son entourage. « Il n'y aura « , écrivait-il \ ce aucun avancement pour le prince d'Orange avec le consentement des États, tant qu'il ne sera pas détaché de ceux qu'on appelle avec raison les partisans de l'Angleterre, et qui conspirent pour faire régner le roi Charles II en Hollande, sous le nom du fils de sa sœur. » Ces préventions étaient justifiées. La cour du jeune prince était celle d'un prince d'Angleterre. Ses deux gentilshommes Bromloy etHeenvliet,fiIs de l'ancien agent de confiance de la Princesse Royale sa mère, étaient tous deux Anglais. Son intendant ou maître d'hôtel Boreel, fils de l'ambassadeur des Provinces-Unies en France, était devenu par la naturalisation sujet de la Grande-Bretagne. ^ A côté d'eux, son oncle naturel qui lui servait de gouverneur, Frédéric de Nassau-Zuylestein, avait épousé une femme anglaise qui dominait son mari, et qui avait pris elle-même une grande autorité sur le jeune prince \ Les rapports de ZuyIestein avec la cour d'Angleterre étaient tels, qu'au commencement de la guerre, le duc d'York lui avait écrit une lettre dans laquelle le frère de Charles II lui annonçait l'arrivée de la flotte ennemie sur les côtes de la Hollande *. Le Grand Pensionnaire devait dès lors s'alarmer de la confiance que le jeune prince d'Orange lui témoignait. Pour l'éloigner, il fit décider par les Etats de Hollande qu'un nouveau gouverneur serait donné à leur pupille. La Princesse Douairière, qui s'était toujours montrée hostile à ZuyIestein, reconnu comme fils naturel par son mari le stathouder Frédéric-Henri, s'empressa d'approuver ce changement. Mais le prince d'Orange, auquel cette séparation paraissait le plus douloureux sacrifice, ne recula devant aucune démarche pour conserver son gouverneur; il alla trouver l'ambassadeur de France, et le pria, les larmes aux yeux, d'user de son crédit auprès du Grand Pensionnaire pour lui épargner une
1 L. de Witt à Van Beuningen, 1er avril 1666.
2 L. d'Kstrades, 30 avril 1666.
' L. man. de Thou, 17 juin 1660 : Archives aff. étr. 4 Mai 1665.
si grande affliction, promettant de regarder M. de Witt comme un père, et de se conduire en véritable enfant de l'État, s'il obtenait le succès de sa demande \ « Il était malade de regret, jusqu'à ne quitter ni sa chambre ni son lit ^ » Ce fut vainement qu'il joignit les menaces aux prières, « déclarant que c'était se tromper que vouloir le gouverner comme un enfant , qu'il ne l'était plus, et qu'il le ferait bien connaître ^». De Wiit resta inflexible. Zuylestein obtint, il est vrai, comme dédommagement, que son traitement de 4^,000 florins lui fût garanti pour cinq ans; mais il n'en fut pas moins éloigné de son élève.
Les Etats de Hollande choisirent pour le remplacer Jean Van Ghent, député de Gueldre aux Etats généraux , qui s'était toujours montré favorable au parti dominant*, et qui avait fait partie de l'ambassade extraordinaire envoyée en France quelques années auparavant, pour y conclure le dernier traité d'alliance \ La désignation du nouveau gouverneur était surtout destinée à satisfaire Louis XIV, en le rassurant contre la crainte de l'union du parti orangiste avec l'Angleterre. Pour faire de Van Ghent son obligé, le roi de France chargeait son ambassadeur de lui off'rir secrètement une gratification annuelle de 4,000 livres ®. Le prince d'Orange fît une dernière tentative pour empêcher les Etats de lui imposer leur choix; il pria Van Ghent de refuser l'emploi qui lui était offert, lui promettant de lui tenir compte de son refus, en prenant soin de sa fortune et de celle de ses enfants. Mais Van Ghent, qui ne voulait pas rompre avec les Etats, aima mieux braver un mécontentement dont il n'avait pour le moment rien à craindre, et n'hésita pas à prendre possession de sa charge.
Le prince d'Orange n'avait plus qu'à se soumettre. Il se résigna en silence à l'ofl'ense qu'il avait reçue, et dissimula ses griefs, jusqu'au jour où il pourrait en obtenir réparation. 11 se contenta de témoigner ses ressentiments à sa grand'mère ^, ne pouvant lui
*L. d'Estrades, 15 avril 1666.
2 L. d'Estrades, 22 avril 1666. — L. de Witt à Van Beuningen, 29 avril
3 L. Wicquefort, 21 avril 1666 : Archives aff. étr, ''* L. Brasset, 5 octobre 1G50 : Archives aff. étr.
« L. d'Estrades, 30 avril 1666. — L. Louis XIV à d'Estrades, 6 mai 1666.
'^ Ibid., 6 mai 1666.