CHAPITRE PREMIER. 4ô
leur théâtre à sa liaison avec une comédienne française nommée Labarre. Le prince s'en était vengé, en raillant les femmes d'Amsterdam : leur reprochant d'avoir les traits trop virils, il avait dit, en plaisantant, qu'elles étaient «plus propres à faire des prisonniers de guerre que des prisonniers d'amour ' « . Il était tenté, disait-on, par les quarante millions déposés dans la banque de la ville et se proposait d'en tirer parti pour s'élever à la souveraineté des Provinces-Unies. Il comptait au moins s'assurer l'établissement d'un nouveau conseil plus docile à ses volontés. « Après avoir fait entrer les troupes dans la ville w , écrivait-il dans ses instructions, ci nous devrons en changer les magistrats et avoir la liste prête de ceux que nous aurons à mettre dans la magistrature^. iî
Les bonnes dispositions de l'armée lui étaient assurées. « Ne manquez pasw, lui recommandait l'un de ses conseillers, «de caresser les troupes et de vous évertuer à être populaire, afin de venir plus aisément à bout de vos ennemis*. » « Il faut avoir soin de faire valoir « , lui écrivait le comte de Nassau, « que les Etats de Hollande, et en particulier ceux d'Amsterdam, veulent retrancher aux soldats les services^ ce qui touche tous ces pauvres gens ; ils seront par là d'autant plus animés et plus prompts d'être employés. Telles petites choses peuvent beaucoup servir aux grandes affaires *. w Les ordres les plus minutieux furent soigneusement donnés à tous ceux qui devaient servir au prince de complices. Le comte de Nassau, son principal conseiller, dont il avait déjà éprouvé la discrétion et l'énergie, avait été chargé de les exécuter. Il lui avait associé, comme confident, le fils de l'ancien ambassadeur de la république à Paris, Aerssen Van Sommelsdyck, colonel de cavalerie, membre des États de Hollande et l'un des plus riches habitants de la province % qui se recommandait par son sang-froid et sa modération. Il s'était également assuré le concours de son cousin germain®, Frédéric, comte de Dohna, colonel du régiment de Gueldre,
' Mémoires de Hollande, p. 17,32.
2 Note relative à V Entreprise contre Amsterdam. Archives de la maison d'Orange, t. IV, p. 373.
^ Note du comte de Sommelsdyck, id., p. 387.
* L. du comte de Nassau, id., p. 374.
^ Il a des richesses plus qu'il n'en a besoin pour faire croire qu'il n agit pas par intérêt. (L. Brasset, 2 novembre 1648.)
6 Le comte de Uohna était le neveu de la mère du prince d'Orange.
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étroilement rattaché à tous ses intérêts de famille, et dont le père était gouverneur de sa principauté d'Orange. Le plan d'attaque fut concerté dans le plus profond secret. Le comte de Nassau avait commencé par faire une reconnaissance d'Amsterdam et des environs de la ville; les marches des troupes, les positions à occuper, tout avait été prévu. La cavalerie de Nimègue et d'Arnheim devait se mettre en marche au premier signal , comme pour une promenade militaire. La garnison d'Utrecht avait reçu l'ordre de se tenir prête à sortir, sous prétexte d'aller au-devant de la Princesse Royale, femme de Guillaume II, dont le passage fortuit auprès de la ville était annoncé. Afin de s'assurer par stratagème l'entrée d'Amsterdam, on avait résolu de faire usage du bateau d'Utrecht qui arrivait de grand matin. Cinquante officiers, sous les ordres d'un chef déterminé, le major Gentillot, étaient désignés pour y prendre place et s'y tenir cachés. Une fois débarqués, ils devaient s'emparer sans résistance d'une des portes, celle des Réguliers, qui livrerait ensuite passage à la cavalerie du comte Guillaume '. Enfin les mesures étaient prises pour l'arrestation des deux principaux magistrats d'Amsterdam, André Bicker et son collègue Aetgens Van Waveren, qui seraient mandés à Utrecht, pour y conférer avec le prince, ce afin que, par la privation de leur assistance et de leurs conseils, l'étonnement et l'appréhension des autres conseillers fissent avoir meilleur marché de la ville * » . Les expédients qui sont communément mis en usage pour donner le change sur de telles entreprises n'étaient point oubliés. « Pour ne pas s'aliéner le peuple d'Amsterdam « , écrivait au prince d'Orange son confident Van Sommelsdyck% « il est nécessaire de faire une déclaration succincte dans laquelle on prendra seulement à partie quelques-uns des magistrats de la ville, en les accusant de rompre malicieusement l'Union, qui a été le ciment de cette république, et de vouloir changer, à leur avantage, mais à la ruine de l'État, la forme du gouvernement. i)
L'heureuse fortune de Mazarin faisait envie à Guillaume II. Six mois auparavant*, Mazarin avait fait emprisonner à Vincennes le
' L. du comte de Nassau, 31 juillet 1650.
^ Note du prince relative à V Entreprise contre Amsterdam. Archives de la maison d'Orange, t. IV, p. 370.
3 L Sommeisdyck au prince d'Orange, 31 juillet 1620. ^ 18 janvier 1650.