‹ Jean De WittChapitre 25 sur 264 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

vainqueur de Rocroy, Fribourg, Nordlingue et Lens , Condé , lui donnant pour compagnons de captivité son frère le prince de Conti et son beau-frère le duc de Longueville. En apprenant la nouvelle de cette arrestation , le prince d'Orange , écrit l'ambassadeur français à la Haye, Brasset \ « ne me fit point la petite bouche, dans l'expression de ses sentiments pleins de louanges et de contentement d'une telle réussite. Ce qu'il m'en dit sera trouvé d'autant moins éloigné d'affectation et de complaisance, que je sais qu'en toute occasion il condamne ceux qui s'éloignent du devoir et de l'obligation des sujets envers leurs souverains. » — " Il se persuadait facilement î) , ajoutait Brasset, a qu'il lui serait plus avantageux que préjudiciable d'user de procédés à la française. :)

Le lendemain du jour où les Etats de Hollande avaient publié leur lettre de justification aux Etats des autres provinces, Guillaume II se trouva en mesure de mettre ses projets à exécution, et peu s'en fallut que sa tentative n'eût un plein succès. Six députés de l'assemblée de Hollande lui paraissaient responsables du mauvais accueil qui lui avait été fait par les conseils des villes de la province ; il craignait de trouver en eux les chefs de la résistance qui pourraient lui demander un compte sévère de son entreprise sur Amsterdam et peut-être lui faire expier rigoureusement son audace. C'étaient Jacob de Witt, bourgmestre de Dordrecht; Duyst Van Voorhout, bourgmestre de Delft; Jean de Waal, bourgmestre, et Albert Ruyl, pensionnaire de Haarlem; Nanning Keyser, pensionnaire de Hoorn, et Stellingwerf, pensionnaire de Medemblick. Il ne se laissa arrêter par aucun scrupule, pour se rendre maître de leurs personnes.

Le samedi 30 juillet 1650, à huit heures du matin, le prince les mande à son palais, à l'insules uns des autres, sous le prétexte de chercher de nouveaux moyens d'entente. A mesure qu'ils arrivent sans défiance , il les fait tour à tour arrêter par le commandant de ses gardes, le lieutenant-colonel Meteren, et chacun d'eux est conduit dans une chambre séparée, pour y être gardé à vue par deux soldats. En même temps les précautions sont

* L. Brasset à Mazarin, 1er février 1650.

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prises pour empêcher tout soulèvement. Le palais du prince est occupé militairement par la compagnie de ses gardes, forte de 400 hommes. La ville se remplil de troupes appartenant aux garnisons voisines de Rolterdam et de Delft appelées successivement, de façon à ne donner aucun éveil. Le lendemain soir, les six prisonniers sont conduits dans deux carrosses du prince, par des cliemins détournés et sous la garde d'une forte escorte, au château de Loeveslein, qui était le Vincennes de la Hollande'.

Pour faire parade d'autorité et jouir à la confusion de ses adversaires, le prince d'Orange informa les Étals généraux de l'usage qu'il avait fait de ses pouvoirs, promettant de leur communiquer les raisons de sa conduite. En même temps il envoya chercher le grand pensionnaire de Hollande, Cats, pour le charger d'annoncer à l'assemblée, avec l'arrestation des députés, le départ des troupes envoyées contre Amsterdam, sous les ordres du comte de Nassau. Le Grand Pensionnaire, ne pouvant cacher son trouble, ne fît au prince aucune représentation ; il se contenta de lui demander de donner par écrit les noms des députés que le stathouder avait fait emprisonner, et le motif de leur incarcération, parce que, disait-il, « il se sentait trop peu sûr de sa mémoire '" « . Guillaume II consentit facilementàle satisfaire. Cette communication jetal'inquiétude dans l'assemblée. La nouvelle s'était répandue que d'autres membres : Beveren,. de Dordrecht; Meerman, bourgmestre de Leyde; Nieuport, pensionnaire de Schiedam, n'avaient échappé que par leur absence fortuite à l'arrestation qui devait leur faire partager le sort de leurs collègues ^ Plusieurs députés, craignant d'être menacés du même sort, sortirent précipitamment de la salle des séances, pour se retirer dans leurs villes. Des six députés d'Amsterdam, il n'en resta que deux : Kok, seigneur de Purmerand, immortalisé parle portrait de Rembrandt, et le pensionnaire Boom. Pour dissimuler son anxiété, l'assemblée se sépara en s'ajournant au surlendemain *, sachant bien que, le surlendemain, le succès ou l'échec

1 L. man. Jacob de Witt à ses Ois, 2 août 1650. — L. Brasset, 4 août 1650. Archives aff. étr.

2 AiTZEMA^ Zakenvaîi Staet,X. III, p. 445. — Mémoires de Vander Capellen, t. II, p. 281.

^ L. du comte de IVassau, 30 juillet 1650. 4 Lundi 1" août 1650.

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