‹ Jean De WittChapitre 241 sur 264 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

qu'ayant été ainsi désarmés, ils renonçaient à tenter de nouvelles démarches en faveur du jeune prince '; aussi, après avoir essayé inutilement de se faire associer à la direction de son éducation ^, s'étaient-ils tenus sur la réserve. Enfin, les partisans les plus dévoués du prince d'Orange se rattachaient au nouveau gouvernement, sans aucun scrupule. L'un des principaux nobles de Hollande, le comte de Sommeldsdyck, dont le père avait été employé par le dernier stathonder à l'exécution de son coup d'Etat, écrivait à de Witt : « J'ai Tintention de m'acquérir l'honneur de votre amitié, et encore plus le désir de vous donner et assurer la mienne, constante et fidèle, dans l'intérêt du gouvernement établi que je vous promets de préférer toujours et en tout temps au mien propre. Si feu mon père a agi différemment, je veux croire qu'il a eu ses raisons, comme aussi j'ai présentement les miennes, et c'est ainsi que va le monde ^ « C'était donc à bon droit que de Witt pouvait témoigner à l'un de ses confidenis sa satisfaction en ces termes: a La puissance et la considération de la Hollande vis-à-vis des autres provinces sont si grandes, qu'auprès de celles-ci, avec unebonne direction, on peut accomplir tout ce que Leurs Nobles et Grandes Puissances résoudront sur bons fondements et bonnes

raisons ''. »

Les États de Hollande se gardaient d'ailleurs d'abuser de leur prépondérance; ils se contentaient d'offrir un accord, en proposant la séparation des deux charges de stathouder et de capitaine général, et ne prétendaient pas se passer du concours des autres provinces. Mais la passion prit chez quelques-uns de leurs mem-^ bres la place de la prudence, et fit prévaloir une politique agressive qui devait remettre les partis aux prises. Tandis que de Witt indignait à la modération et à la patience, deux députés d'Amsterdam, Fagelet Valkenier, allèrent au delà des projets dont le Grand Pensionnaire avait pris l'initiative : dans leur impatiente ardeur d'ambition, ils tenaient à prendre le premier rang parmi les ennemis les plus passionnés de la maison d'Orange, dont ils devaient se faire, quelques années plus tard, les partisans les plus fougueux. Le Grand

ï L. de Witt à Van Beuningen, 8 avril 1666.

2 Résol. États de Hollande, 16 avril 1666.

3 L. man. du comte Aarsen de Sommelsdyck à de Witt, 6 février 1666.

4 L. man. de Witt à Reyns, 8 juillet 1667.

Pensionnaire s'opposa vainement pendant deux jours à la proposition dont ils lui avaient donné connaissance, et finit par s'y rallier

à conîre-cœur '

Une nouvelle résolution adoptée par les États de Hollande * les engaoea dans la voie au seuil de laquelle ils s'étaient jusqu'alors arrêtés. Ils déclarèrent d'abord qu'ils se refuseraient à la nomination d'un capitaine et amiral général, tant que les États généraux n'auraient pas' rendu cette charge incompatible avec celle de stalbouder Cette déclaration ne leur paraissant pas suffisante, ils prononcèrent en outre l'abolition du stathoudérat de leur province, en s'interdisant la liberté de le rétablir. Par suite de cette suppression, les pouvoirs qui avaient jusqu'alors appartenu aux stathonders et qui étaient restés comme en déshérence, furent répartis à titre définitif entre les Etats, le corps des nobles et les régences des villes. Par un règlement ultérieur, les États et les nobles déterminèrent quelles seraient les charges dont ils auraient réciproquement le droit de disposer. Les Etals soumirent en même temps à leur juridiction les différends des villes, soit entre elles, soit avec les cours de justice. Les régences des villes se firent, de leur côté, reconnaître la nomination de tous les membres de leur conseil, ainsi que le choix de leurs bourgmestres et échevins. Pour donner les garanties de la durée à cette constitution du gouvernement républicain, Tobligalion d'un serment fut imposée au Grand Pensionnaire, aux députés de l'assemblée, et à tous ceux qui faisaient ou qui feraient partie du corps des nobles ou des régences. La formule en était ainsi conçue : « Je promets et j'atteste que je maintiendrai sincèrement l'édit ci-dessus mentionné dans tous ses points et articles, et que je ne souffrirai jamais qu'on le viole ou qu'on y porte atteinte. De plus, non seulement je ne proposerai jamais rien qui y soit contraire ; mais encore je ne donnerai jamais d'avis qui tendent à en empêcher l'exécution ou à en faire révoquer en doute la validité ; qu'ainsi, le Dieu tout-puissant me soit en aide. «

* L. Wicquefort, 11 août 1667 : Arcliives aff. ëtr. — Manuscrit Bontemantel, Amsterdam; voir séance des régenls d'Amsterdam du 2 juillet 1672. II y est dit en séance, par Bontemantel, a que Fagel el Vaikenier avaient, en 1667, forgé l'édit perpétuel pour la suppression du stathoudérat , que le grand pensionnaire de Witt l'avait toujours eu en aversion et l'avait combattu pendant deux jours, et qu'il avait fallu cependant qu'il y consentît et se laissât quelque peu convaincre 5.

2 Résol. États de Hollande, 5 août 1667.

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