‹ Jean De WittChapitre 242 sur 264 · CHAPITRE VIII. Ô · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. Ô

Aucune opposition ne se manifesta dans rassemblée delà province. Le Grand Pensionnaire s'était ménagé depuis longtemps le concours (les nobles, en faisant obtenir* à ceux d'entre eux qui représentaient Tordre de la noblesse dans les Etats un privilège d'héridité non seulement pour leurs fils, mais encore, à défaut de fils, pour leur frère aîné. De leur côté, les députés des villes ne pouvaient manquer de se conformer à l'opinion des régents favorables à l'abolition définitive du statboudérat, qui leur assurait à perpétuité la libre élection des magistrats municipaux. La promesse de laisser au prince d'Orange l'accès du pouvoir militaire paraissait d'ailleurs à ses partisans une satisfaction suffisante. Des réserves ne furent faites par certains membres qu'à l'égard du serment; quelques-uns des députés du corps des nobles ayant demandé un ajournement, avant de consentir à prendre un engagement irrévocable, les Elats résolurent que le serment ne serait demandé qu'à la session suivante.

Quatre mois après, quand ils se réunirent pour leur nouvelle session, un subterfuge eut raison des difficultés opposées ^. L'assemblée avait été convoquée à quatre heures après midi, et tous ceux des membres qui étaient disposés à jurer l'édit avaient été invités à se rendre dans la salle, dès qu'ils y seraient appelés par le son de la cloche. Ils ne se firent pas attendre, et la séance fut précipitamment déclarée ouverte. Les nobles, restés à table, s'étaient seuls mis en retard. Quand ils vinrent occuper leurs sièges, tous les députés qui étaient présents à l'ouverture de la réunion avaient déjà répondu à l'appel de leur nom, et prêté le serment demandé : les nobles n'avaient plus le droit de délibérer, le vote étant commencé, et se voyant réduits à se retirer, s'ils refusaient de suivre l'exemple qui leur était donné, ils s'y conformèrent de bonne grâce.

Le lendemain, les mesures les plus énergiques furent prises ', pour obtenir à bref délai l'engagement d'obéissance et de fidélité à l'édit auquel tous les membres des conseils des villes devaient souscrire. Les Etats avaient d'abord résolu de désigner trois com-

ï Résoi. États de Hollande, décembre 1666. * Ib'd. 20 décembre 1667. Wicquefort, t. II, p. 377.

3 Jbid.,'2,i décembre 1167. — L. Jean de Witt à VanNeck, 21 décembre 1667; et }, Wicquefort, 21 décembre 1C67.

niissaires chargés d'aller recueillir le serment des régents. Mais craignant que ceux qui voudraient s'en dispenser ne fussent tentés de s'absenter pour s'excuser, ils se ravisèrent. Ils adressèrent aux conseils des villes la copie de l'édit suivie de la formule du serment, et mirent en demeure les régents de signer la feuille qui leur était envoyée. Leur signature était exigée dans le délai des trois semaines qui précéderaient la nouvelle session des Etals; ceux qui la refuseraient devaient être considérés comme démissionnaires. Le droit de séance dans les assemblées municipales était ainsi subordonné à la condition d'un serment politique. Cette injonction fut acceptée avec une docilité empressée. Un seul conseiller se récusa; c'était un membre du conseil d'Édam qui déclara qu'étant vieux et sourd, il ne pouvait signer ce qu'il n'entendait pas '. Quand les Etats reprirent leurs séances ', l'édit était juré par tous ceux qui participaient au gouvernement de la province. Il fut adressé aux cours de justice, qui reçurent l'ordre de s'y conformer, et resta sous la garde du Grand Pensionnaire, qui, tenu plus que tout autre à le faire observer comme loi de l'Etat, en n'y laissant proposer aucun changement, devait mourir victime du serment par lequel il s'était engagé à y rester fidèle.

Ainsi fut voté l'acte que les Etats appelèrent Edit perpétuel, avec une présomption que l'avenir ne devait pas justifier, malgré les garanties qui avaient été prises pour le rendre irrévocable. Il donnait au parti républicain la plus complète satisfaction, et semblait lui assurer la possession définitive du gouvernement, te Quelques-uns des députés qui l'avaient juré le considéraient comme marquant la date du premier jour de la liberté de leur province ^ . " En ne laissant plus au fils de Guillaume II d'autre charge accessible que celle du commandement militaire, les Etats de Hollande se flattaient de s'être garantis contre toute domination princière, sans se montrer injustes pour le descendant des libérateurs du pays. Ils croyaient s'être afl'ranchis, en lui interdisant l'accès du stalhoudérat, par la suppression de cette charge.

Toutefois, au lieu de rompre ouvertement avec des traditions qui remontaient aux premiers jours de l'indépendance de la

' WrCQUEFORT, t. II, p. 378.

« 12 janvier 1668.

3 L. Wicquefort, 11 août 1667.

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