CHAPITRE Vlil
république, ils auraient agi prudemment, en se contentant d'amoindrir l'importance de la charge de stathouder, au lieu de prétendre la supprimer, et en se reservant les principales prérogatives qui pouvaient la rendre dangereuse pour les libertés publiques \ Le grand pensionnaire de Witt, si opposé qu'il fût au rétablissement du stathoudérat, trouvait plus dangereux qu'utile de l'abolir avec éclat*. Il aurait préféré le faire déclarer incompatible avec le commandement de l'armée et de la flotte, moyennant un accord préalable avec les États généraux. Il se laissa trop facilement entraîner à suivre une autre impulsion, et en n'empêchant pas les États de Hollande d'abuser de leur victoire, il rendit inévitable une réaction plus ou moins prochaine.
Pendant qu'on volait l'Édit perpétuel, son cousin germain Vivien, pensionnaire de Dordrecht, coupait en morceaux avec un canif la reliure d'un livre. « Que faites-vous, cousin? « lui demanda avec étonnement Jean de Witt, qui se trouvait auprès de lui. et Je fais l'expérience «, lui répondit Vivien, a de ce que peut l'acier sur le parchemin ^ w II voulait ainsi donner à entendre que larésolution des États, fùt-elle inscrite sur leurs registres, serait à la merci d'une épée, dès que le prince d'Orange aurait été mis en possession du pouvoir militaire.
Les autres provinces, se considérant comme provoquées par l'Édit perpétuel, ne se résignèrent pas au défi qui semblait leur être porté. Les États de Zélande demandèrent aux États généraux de répondre au vote des États de Hollande, en faisant entrer le prince d'Orange au conseil d'État, et en le désignant sans relard comme capitaine et amiral général. Ils invitèrent en outre les autres provinces à ne prendre aucun engagement qui leur interdit de le nommer stathouder ^. Les États de Frise et de Groningue, qui avaient pour gouverneur le jeune prince de Nassau, ne voulant pas le rendre inéligible, à défaut du prince 'd'Orange, au commandement de l'armée et de la flotte, se montraient disposés à suivre l'exemple de la Zélande. Ils recommandèrent dès lors à leurs députés aux États généraux de s'opposer à
i WiCQUEFORT, Mémoires sur l'année 1672.
2 Voir note 1, p. 506
^ ScHELTEMA, Staatkundige Nederland (Amsterdam, 1806j, t. II, p. 418.
^ Résol. Zélande, 16 et 26 août 1667.
toute proposition qui serait destinée à rendre les deux charges incompatibles \ Les Etats de Gueldre, quoiqu'ils se montrassent disposés, pour leur compte, à la séparation du pouvoir civil et du pouvoir militaire, se refusaient à imposer par avance cette condition aux autres provinces * ; ils déclaraient en outre qu'ils ne prendraient aucun engagement, tant qu'un capitaine et amiral général ne serait pas nommée Les Eiats d'Overyssel, empêchés de se prononcer par suite des divisions de leur assemblée, étaient réduits à l'abstention ^- Seuls les Etats d'Utrecht conformèrent leur conduite à celle dos Etats de Hollande : après avoir, dans une première délibération, déclaré qu'aucun commandant de Tarmée ne pourrait exercer la charge de stathouder de leur province, ils en prononcèrent la suppression ^ Mais le concours des Etats d'Utrecht n'était pas suffisant pour permettre aux Eiats de Hollande de dissoudre la coalition dont ils étaient menacés. Les autres provinces prétendant les obligera céder, sous peine de désorganiser l'armée et de compromettre la défense du pays, déclarèrent qu'elles se refuseraient à disposer des charges militaires, tant que le prince d'Orange n'aurait pas été nommé sans condition capitaine et amiral général.
Le grand pensionnaire de Witt, préoccupé « de la nécessité de régler les affaires de la milice d'un commun accord ^ » , mit tout en œuvre pour conjurer ce danger par des offres de concessions. Il usa de son crédit auprès des dépistés des Eiats généraux qui faisaient partie du comité des affaires militaires, et leur fit approuver une importante proposition qui fut formulée par l'un d'eux, Ripperda tôt Beurse, député de Gueldre, sous le nom de Projet d^haimonie ; elle était destinée à pacifier les rivalités intérieures par des garanties favorables aux intérêts du prince d'Orange.
Aux termes du projet % aucun stathouder de province ne pouvait, il est vrai, être nommé capitaine et amiral général. Mais cette incom-
^ L. des Etats de Frise à leurs députés aux Etats généraux, 23 août 1667. Résol. . des Eiats de Frise, 8 septembre 1607.
2 L. de Witt à Meerman, J5 août 1667.
3 Résol. Etats de Gueldre, 13 août 1667. * Pomponne, Négociations man., p. 12.
^ Résol. États d'Utrecht, 20, 22 août et 29 septembre 1667. — Wicquefort, t. III, p. 372.
6 21 septembre 1668.
"^ L. Wicquefort, 22 septembre 1668 : Archives aff. é(r.