CHAPITRE YlII
patibilité des charges civiles et mililaires ne devait être stipulée que dans l'instruction du capitaine et amiral général, c'est-à-dire une fois la nomination faite. Il en résultait gue les provinces restaient libres de choisir le prince d'Orange pour stathouder, si le commandement de l'armée et de la flotle ne lui était pas donné, et qu'elles n'étaient tenues à aucun engagement préalable, pour obtenir son entrée immédiate dans le conseil d'Éiat. En outre, la charge de capitaine et amiral général, sans lui être expressément promise, lui était indirectement réservée, l'âge de vingt-deux ans accomplis étant exigé pour sa nominaiion. A défaut de l'hérilage de ses ancêtres qui ne lui était pas rendu, le jeune prince d'Orange pouvait dès lors être assuré de recueillir une part des pouvoirs qui leur avaient appartenu, sous la condition d'un stage qui devait erre prolongé pendant six ans jusqu'à sa majorité.
Le grand pensionnaire de Witt se flattait d'avoir ainsi trouvé un programme de conciliation, a Je ne manquerai pas « , écrivait-il au conseiller-pensionnaire de Zélande, «de l'appuyer auprès des Etats de Hollande'. » Il les y rallia facilement, les membres de leur assemblée les plus opposés àTavancement du prince d'Orange s'étant engagés par avance, quand ils disposeraient du commandement de l'armée et de la flotte, à le nommer capitaine et amiral général à vie, au lieu de s'en tenir à une nomination temporaire. Moyennant cette concession, de Witt obtint % après quelques mois de négociations, l'adhésion des provinces de Gueidre et d'Overyssel au projet d'harmonie. Les Etats de Hollande s'empressèrent d'en profiter pour presser la nomination des officiers supérieurs de l'armée. Ils se rendirent en corps auprès des Etats généraux, après avoir habilement intéressé les autres provinces au choix des principaux candidats, en acceptant ceux qu'elles présentaient. Leurs énergiques remontrances, appuyées par les membres du comité militaire de l'assemtjlée fédérale, eurent le succès qu'ils en attendaient.
Une fois l'armée réorganisée, les Etats de Hollande pouvaient attendre avec pleine sécurité l'approbation du projet d'harmonie par les trois autres provinces qui continuaient à s'y opposer : en refusant d'y consentir, elles ne pouvaient que nuire aux intérêts du
1 L. de Witt à Hiiyl)ert, 2 octobre 1667.
2 L de Witt à Glinslta, député de Groningue, 20 décembre 1667.
prince d'Orange, à qui elles fermaient ainsi Fentrée du conseil d'État, aussi bien que tout accès à la charge de capitaine et amiral général. Toutefois de Witt était trop intéressé au succès de Toeuvre de pacification qu'il avait entreprise pour la laisser en suspens, et il fit prendre toutes les mesures qui pouvaient ramener à l'accord commun les provinces dissidentes. Les Etats de Hollande obtinrent des Etats généraux l'envoi de deux députalions dans les provinces de Groningue et de Frise, et dans la province de ZélandeV La principale direction en fut confiée à deux des membres de leur assemblée qui avaient donné des gages de leur zèle et de leur fidélité, Fagel et Vivien ^. Le discours de Fagel aux Etats de Frise réunis à Leuwarden ^ fut l'éloquente justification de la politique inspirée parle Grand Pensionnaire. Fagel exposa la nécessité de l'accord entre les provinces, à Faide de concessions réciproques, et fit valoir les avances des Etats de Hollande qui, dans Fintérèt du prince d'Orange, avaient consenti à ne pas rendre temporaire la charge de capitaine et amiral général. Il représenta le danger de laisser à la fois les charges civiles et militaires à un seul homme exposé aux suggestions des flatteurs et des courtisans, et qui pouvait être tenté par l'ambition du pouvoir souverain. Il termina en exposant que du moment où la charge de capitaine et amiral général semblait devoir être réservée au dernier descendant de la maison d'Orange, une nomination prématurée serait plutôt préjudiciable qu'avantageuse. Elle ne manquerait pas, selon lui, de laisser croire au jeune prince qu'il était redevable à sa naissance plutôt qu'au bon vouloir des Etats du commandement de Farmée et de la flotte, tandis qu'il pourrait se préparera Fexercer, et être dès lors obligé de s'en rendre digne, en commençant par remplir les fonctions de membre du conseil d'Etat. Intimidés par cette énergique intervention, les États de Frise, et à leur exemple les États de Groningue, se montrèrent plutôt favorables que contraires à la conciliation. D'ailleurs, ayant un stathouder particulier, le fils du comte Guillaume-Frédéric de JMassau, ils tenaient moins à la conservation ou au rétablissement du staihoudérat dans les autres provinces, et n'avaien^t pas intérêt à prolonger la résistance.
■* Résol. Étals généraux, 17 janvier 1668.
2 Résol. États de Hollande, 23 et 24 janvier 1668.
^ 3 mars 1668. — Rapport de Fagel aux États de Hollande, 23 mars 1668.