CHAPITRE VIII
L'accord était plus difficile à ménager avec les Etats de Zélande. Des conférences leur avaient été vainement demandées par les Etats de Hollande \ Ils avaient répondu par des récriminations aux explications de leurs délégués ' qui invoquaient les engagements antérieurs par lesquels les deux provinces s'étaient interJit la nomination d'un stathouder, sans s'être préalablement mises d'accord , et qui se plaignaient que ces promesses eussent été violées ^. Le projet d'harmonie avait toutefois empêché les négociations d'être rompues, et de Witt s'empressa de les reprendre. « Je ne peux pas deviner », écrivait-il au conseiller-pensionnaire de Zélande, Pierre de Huyberl *, « pourquoi les Etats de cette province ne voudraient pas donner le consentement qui leur est demandé. J^espère au moins que ce n'est pas pour eux une raison de rejet, que la proposition soit faite par la Hollande. »
Pour se concilier le bon vouloir de Pierre de Huybert, de Witt lui avait promis d'obtenir à son fils une place vacante dans le conseil de Flandre % chargé de la juridiction restée commune aux deux gouvernements des Pays-Bas espagnols et des Provinces-Unies. Le conseiller-pensionnaire de Zélande n'en resta pas moins intraitable. Au conciliant mémoire ® des députés qui venaient d'être envoyés par les Etats généraux pour rallier la Zélande au projet d'harmonie, il opposa un violent manifeste^. Il ne se contentait pas d'y déclarer que la Zélande refuserait de consentir à la séparatien des deux charges, celle de stathouder et celle de capitaine et amiral général; mais encore il y incriminait sans ménagement la politique que les Etats de Hollande avaient suivie, depuis que la mort de Guillaume II les avait rendus maîtres du gouvernement. Pour les provoquer, il terminait cet écrit par l'essai de justification du coup d'Etat de 1650, et encourageait ainsi de nouvelles tentatives contre leur autorité. Ces emportements de discussion lui nuisirent plutôt qu'ils ne lui profitèrent. Les Etats de Zélande demandèrent, il est vrai, aux conseils des villes de leur
1 Résol. États de Hollande, 10 septembre 1667.
2 Meerman, bourgmestre de Delft, et Jonghknecht, bourgmestre d'Encbuyzen.
3 Résol. États de Zélande, 28 septembre 1667.
4 L. man. de Witt à Huybert, 2 octobre 1667.
5 Ibid., 20 septembre 1667.
^ Mémoire des députés des États généraux aux États de Zélande, 4 février 1668, "^ Manifeste des États de Zélande, 10 février 1668.
province l'approbation du message qui leur était proposé par leur conseiller-pensionnaire ; mais la réponse aussi modérée que concluante qui y fut faite par les États de Hollande * les dissuada de donner aucune suite à cette polémique.
Les habiles démarches des agents de confiance du grand pensionnaire de Witt n'étaient pas d'ailleurs restées inutiles^ : ses émissaires réussirent à désunir le parti qui résistait à la conciliation, et finirent par opposer comme rivaux d'autorité, au conseiller-pensionnaire de Zélande Pierre de Huybert, deux des principaux députés des États de la province, Thibault et Ingolsel, en leur ménageant l'appui des villes de Middlebourg et Flessingue. «.La condition des affaires présentes en Zélande » , annonçait Bampfield à de Witt ^ , ^ est beaucoup meilleure présentement que je ne Tavais espéré, quand j'ai commencé à y travailler avec le plus grand soin, pour les mettre dans l'état où elles sont aujourd'hui. " « Il y a de l'apparence » , écrivait en même temps l'un des correspondants de la cour de France ^, et que le parti des dissidents, qui est déjà très-affaibli en Frise, finira par succomber en Zélande. »
Les dispositions du prince d'Orange paraissaient être d'ailleurs la plus sûre garantie de l'accord, et contribuaient utilement au succès de la politique du Grand Pensionnaire. Aussitôt après le vote de rÉdit perpétuel, les États de Hollande avaient envoyé une députation à leur pupille , et avaient chargé leur premier ministre de justifier auprès de lui la résolution qu'ils avaient prise. De Witt lui représenta hardiment « que de même qu'il n'y avait pas un seul député dans l'assemblée qui ne le considérât comme celui qui devait un jour commander les armées de l'État, il n'y avait pas aussi un seul de ces députés qui ne détestât le souvenir de l'entreprise de son père w . Il ajouta que la suppression du stathoudérat était destinée à prévenir le renouvellement d'un pareil attentat. Le Grand Pensionnaire tempéra cette communication, en faisant savoir au jeune prince que les États de Hollande, " voulant le rendre capable de bien servir la république w , réclameraient son admission au conseil d'État, et il l'exhorta à méri-
* Résol. États de Zélande, 2, 3, 4 mars 1668. ^ L. Bampfisld à de Witt, man., janvier, mars 1668. ^Ibid., 10 mars 1668.