CHAPITRE VIII
ter leur confiance, pour se faire réserver le commandement de l'armée et de la flotte, dès que son âge lui permettrait de l'exercer. D'après la dépêche qui reproduit ce curieux récit \ le fils de Guillaume Il sut si bien user de dissimulation, que non-seulement il contint des plaintes inutiles, mais encore témoigna sa satisfaction, et pria de Witt de remercier les Etats de Hollande de leur sollicitude pour sa personne et ses intérêts.
De Witt s'efforçait de l'en persuader avec la plus loyale sincérité. Dans cette vue, il chargeait son confident attitré, le colonel Bampfield, de transmettre des offres pressantes d'accord au docteur Rumpf, médecin de la Princesse Douairière, l'un des conseillers les plus accrédités de la famille d'Orange ^. Bampfield, se conformant aux instructions qui lui étaient données, engagea avec Rumpf une correspondance, pour lui représenter que les intérêts du prince ne pourraient être utilement servis, à moins d'être entièrement remis au Grand Pensionnaire de Hollande, qui, écrivait-il, « a autant de capacité que de bonne volonté pour lui donner des conseils sages et salutaires, et n'est pas moins puissant qu'adroit pour faire réussir tout ce qui sera promis et entrepris en sa faveur 55 . a En mon opinion 55 , ajoutait-il, « ce grand et bon ouvrage, qui ne profitera pas moins à l'avancement du prince qu'à la jouissance de sa pension et au règlement de ses dettes, doit commencer par une confidence mutuelle donnée et reçue entre Son Altesse et M. le Grand Pensionnaire, lequel, comme j'en suis bien convaincu, y est fort préparé de sa part : il serait donc nécessaire que Son Altesse prît l'opportunité la plus commode et la plus prompte, pour l'entretenir en particulier et à cœur ouvert : Son Altesse trouverait tous les avantages qu'elle peut désirer, si elle lui promettait non-seulement de ne jamais entrer en aucune cabale, mais encore de faire tout ce qui dépendrait d'elle, pour établir l'union entre les provinces et suivre ses conseils. « Pour appuyer ces considérations, Bampfield représentait « l'imprudence à laquelle le jeune prince se laisserait entraîner, en se fiant aux promesses des autres provinces qui ne pourraient les tenir, si la Hollande y mettait opposition » , et il demandait a qu'on n'oubliât pas que si l'on peut avec un point
* L. man. Wicquefort 1er septembre, 1667. Archives : aff. étr. - L. Bampfield à Rumpf, et considérations de Bampfield : Archives de la maison d'Orange. Voir Grovestins, Guillaume lll et Louis XIV, t. II, p. 37.
d'appui s'élever plus haut, on ne tire au contraire rien de rien, d'après le proverbe latin : Ex nihilo nihiljit « .
Les déclarations du Grand Pensionnaire confirmaient ces assurances. Elles ressortant, avec tous les caractères de la franchise, de ses entretiens intimes avec l'ambassadeur d'Angleterre, le chevalier Temple, auquel il aimait à se confier sans détours. Il l'assurait ^ qu'il ne manquait jamais de voir le prince une ou deux fois par semaine, et qu'il avait fini par lui porter une affection toute particulière, rendant justice à toutes ses qualités. Il prenait l'engagement de le faire nommer capitaine et amiral général, dès que son âge lui permettrait de commander l'armée et la flotte ^. Enfin il justifiait l'opposition qu'il faisait à la réunion des deux charges, celle de statliouder et celle de capitaine et amiral général, en représentant que des pouvoirs si considérables remis aux mêmes mains seraient menaçants pour la liberté de la république. " Il ne pouvait oublier» , disait-il, « que cette liberté n'avait survécu que par miracle sous le gouvernement des princes d'Orange, tantôt par les guerres du dehors, tantôt par la modération de Frédéric-Henri, tantôt par la mort prématurée de Guillaume IL » Il traçait d'un trait le programme de sa politique, qui était celle de la légalité, en avouant que s'il était né sujet du roi d'Espagne, il n'aurait pas conseillé à ses ancêtres de prononcer la déchéance de leur souverain; mais en déclarant d'autre part « qu'en sa qualité de ministre des Etats, il devait tout faire pour maintenir intacte leur autorité ».
Tel était le but dont il s'était rapproché par ses persévérants efforts, et qu'il paraissait désormais avoir atteint. En tempérant l'Édit perpétuel par le projet d'harmonie auquel il se croyait sûr de rallier bientôt toutes les provinces, il se flattait de rendre acceptable, même pour le fils de Guillaume II, une transaction qui affermissait le gouvernement républicain et assurait au pouvoir des États les services du dernier descendant de Guillaume I". Il complétait ainsi, par sa politique intérieure, le succès de ses négociations diplomatiques. L'Edit perpétuel, qui semblait désarmer le parti orangiste, en ne permettant plus au jeune prince d'Orange d'être un prétendant, avait été voté entre le traité de Bréda imposé à l'Angleterre par une audacieuse expédition, et la Triple Alliance
1 L. Temple à Arlington, 24 janvier 1668. ^ Ibid., 7 septembre 1668.