‹ Jean De WittChapitre 26 sur 264 · CHAPITRE PllEMIEll · texte numérisé non relu

CHAPITRE PllEMIEll

de Ten (reprise du stathouder lui ferait subir la loi du vainqueur, ou lui rendrait le libre exercice de son pouvoir.

Tandis que le prince se flatlait d'obtenir par la surprise la soumission de la ville, le basard fit écbouer sa tentative. Le rendezvous avait été donné, dès cinq heures du matin, à la cavalerie, pour qu'elle servît d'avant-garde à l'infanterie; elle devait partir de Scberpenzel et se réunir, sous les ordres du comte Guillaume de Xassau, à Abcoude, à deux lieues d'Amsterdam : pour détourner tout soupçon, elle se mit en route par petits détachements. Malgré la saison d'été, la nuit fut sombre et pluvieuse : les lumières qui devaient indiquer la route n'ayant point paru, le corps principal qui comprenait douze compagnies, sous le commandement du capitaine en chef Mom, s'égara dans les bruyères de la plaine d'Amersfort , et malgré le guide qui lui avait été donné, ne rejoignit le quartier général qu'à huit heures du matin ^ En outre, il avait été rencontré par le courrier de Hambourg auquel le commandantMom, qui ignorait le but de l'expédition, laissa continuer sa route : l'alarme fut ainsi donnée, dès le matin, dans la ville.

Des quatre magistrats municipaux en exercice, l'un, le président du conseil des bourgmestres, Valkenier, était mort quelques jours auparavant; deux autres, Nicolas Coner et Antony Aetgens Van Waveren , étaient absents ou retenus à la Haye. Corneille Bicker Van Swieten était seul à son poste , n'ayant pas répondu à l'invitation de se rendre auprès du prince d'Orange, parce qu'elle lui avait paru suspecte. Sans s'effrayer ni se déconcerter, il s'entendit aussitôt avec le président du conseil des échevins, Jean Huydecooper, seigneur de Maarseveen; et ce fut à leur vigilance qu'Amsterdam dut son salut. A leur appel, le conseil municipal se réunit dès le matin, et une résistance improvisée s'organise. Les portes sont fermées, les ponts-levis sont levés. Les trente compagnies bourgeoises des arquebusiers, la garde nationale de l'époque, sont mises sur pied et occupent les postes qui leur sont désignés; deux mille soldats de milice [waartgelders) sont enrégimentés en cinq compagnies à la solde de la ville. Les matelots sont enrôlés; ils reçoivent des armes et sont employés à traîner quatre-vingt-dix pièces de canon sur les remparts. En même temps, les huit frégates et les trois vaisseaux de guerre qui station-

* L. man. Brasset, 4 août 1650.

naient dans le port prennent position dans le bassin de l'Amstel et sur le bras de mer l'Y qui entourent la ville d'une ceinture de fortifications maritimes. Les propositions les plus hardies sont mises en délibération \ Corneille Bicker et son frère André les encouragent; ce n'est qu'à deux voix de majorité qu'elles sont ajournées. Il est toutefois décidé qu'en cas de nécessité, les digues seront rompues et que les campagnes voisines seront inondées, pour mettre la ville à l'abri de toute attaque.

Déjà les premiers travaux destinés à l'entrée des eaux étaient poussés avec activité. Il fallait désormais investir Amsterdam pour s'en rendre maître; mais le siège d'une ville située au fond d'un golfe, au milieu de terres basses qui peuvent être aisément submergées, et à laquelle on ne peut arriver que par des chaussées et des chemins étroits entrecoupés de canaux , opposait des obstacles insurmontables^. Aussi l'entreprise était-elle manquée dès qu'elle était découverte. Les affidés ^ qui, cachés dans le bateau d'Utrecht, devaient ouvrir la porte aux envahisseurs, surpris par le jour avant leur arrivée, vinrent au-devant d'eux leur apprendre qu'il était inutile de s'avancer plus loin.

Le comte de Nassau s'étant approché à portée des remparts de la ville jusqu'à Oudekercke , pour faire passer aux magistrats la lettre du prince d'Orange expliquant son arrivée, deux échevins, Huydecooper Van Maarseveen et Van derDoes, lui furent envoyés sur un yacht armé. Ils s'engagèrent à faire prendre par le conseil de nouvelles délibérations dont le prince pourrait se contenter, et l'invitèrent à s'éloigner, lui déclarant fièrement « qu'il pourrait avoir à regretter d'obliger les habitants à faire usage des moyens de défense que Dieu et la nature leur avaient donnés ^ ^ .

Instruit de ce contre-temps par une lettre du comte de Nassau qui ;c s'en déclarait très-marri, ^) ^ le prince d'Orange n'avait pu dissimuler son dépit; il était brusquement sorti de table et s'était enfermé dans son cabinet, sans dire mot à personne \ Il se persuada

1 L. Brasset, 4 août 1650.

2 Réponse du comte de Nassau à des informations touchant l'Entreprise contre Amsterdam : Archives de la maison d'Orange, t. IV, p. 380.

3 L. du comte de Nassau, 31 juillet 1650, id. ^ WiCQUEFORT, t. !*='■, p. 309.

^ L. du comte de Nassau, 31 juillet 1650.

G Wagenaar, Vaderlandsche Historié, t. XII, p. 101.

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