CHAPITRE VIII
lui étaient accordées. Il avait eu recours aux députés de Dordrecht pour faire réduire à 45,000 florins la somme de 100,000 florins qu'on voulait lui faire accepter, et les Etats, désirant ménager ses scrupules, n'avaient pas donné suite à la demande des députés d'Amsterdam présentée par l'un d'eux, Valkenier, pour élever à 8,000 florins (16,240 fr.) son traitement annuel '. L'argent lui avait toujours paru superflu pour payer les services qu'il pouvait rendre en faisant des affaires publiques, les siennes. Il ne s'était pas épargné à cette tache. Infatigable au travail, il avait tellement multiplié sa correspondance pour la direction des affaires intérieures et des négociations étrangères, que les registres de ses quinze années de ministère comprenaient 22,191 feuilles, tandis que ceux des Grands Pensionnaires qui l'avaient précédé depuis Barneveldt n'atteignaient guère un plus grand nombre de pages, pendant une durée de soixante-sept ans ^. Les rapports des commissions dont il avait fait partie et des affaires qu'il avait traitées étaient au nombre de 534, et tous ses prédécesseurs n'en avaient laissé par écrit que 85. Les seules dépêches diplomatiques, payées trois sous la feuille, avaient valu, en douze ans, à son commis principal. Van den Bosch, des honoraires de 4,900 florins.
En même temps, de Witt avait réalisé d'importantes économies <lans toutes les parties de l'administration. Sa vigilance s'étendait aux moindres détails, jusqu'à la réduction des frais de copies et de traduction , qui fit gagner au trésor public, dans un intervalle de dix ans, 100,000 florins. Il avait, d'autre part, allégé les charges de la Hollande, en faisant augmenter de plus d'un tiers, au budget fédéral, ie crédit destiné aux ambassades, dont la Hollande était jusqu'alors obligée de couvrir l'insuffisance, et il lui avait ainsi épargné, depuis sanomination, une dépense qui pouvait être évaluée à deux millions de florins. En outre, il avait obtenu des autres provinces un contingent supplémentaire destiné à rembourser une somme d'un million et demi de florins que la Hollande leur avait avancée, quand elle s'était chargée, dans la dernière guerre contre l'Angleterre, des avances de fonds qui devaient pourvoir à l'augmentation des forces navales. Enfin, la grande opération financière que de Witt fit réussir dès les débuts de son ministère, en 1655, la réduction des rentes
' L. man. de Witt à Valkenier, 5 août 1668. 2 Leurs registres comprenaient 23,475 feuilles.
employée à ramortissement du capital et combinée avec l'extinction des rentes viagères, avait empêché l'augmentation de la dette publique, malgré les différents emprunts successivement contractés dans le cours de la dernière guerre, pour une somme d'environ 17 millions '. Une économie de 1,400,000 florins, sur les intérêts à payer, complétait le bénéfice réalisé '. Tel était le compte rendu minutieusement éclairci de l'administration du Grand Pensionnaire, que les conseillers-députés avaient, en quelque sorte, inventorié dans le rapport dont les Etats les avaient chargés '. a II en résultait 'î , déclaraient-ils, « qu'en y comprenant les présents diplomatiques que leur premier ministre avait refusés et qui étaient évalués à 150,000 florins, s'il avait, comme homme d'affaires, estimé pécuniairement ses travaux et les gains obtenus par son entremise à ses clients, il aurait pu réclamer une note d'honoraires de 567,500 florins (1,220,125 fr.). « C'était en quelque sorte par un bilan commercial appliqué suivant les usages de la bourgeoisie hollandaise à la gestion des affaires publiques, que les États rendaient ainsi à de Witt la justice à laquelle il avait droit.
Son intégrité défiait tout soupçon, et était reconnue même par ses ennemis ^. « Tandis que ses prédécesseurs pouvaient recevoir tous les présents qui n'étaient pas interdits w , déclarent à son honneur les conseillers-députés dans le mémoire qui demandait l'augmentation de son traitement, « M. le Grand Pensionnaire a retranché ces moyens ordinaires de politesse, et pour s'en mieux garantir, il se les est fait interdire en termes formels dans son instruction. 1) De Witt ne cessa de témoigner les plus inflexibles scrupules pour se conformer à cette défense. Ses lettres privées nous font connaître jusqu'au refus qu'il faisait de poules sauvages^, de tonnes
1 16,920,731 florins.
2 D'après M, Veegens [Notice sur les emprunts de la Hollande pendant T administration du grand pensionnaire de Witt,{àe Tijdgenoot, 184-3), ladette publique, en 1654, avant la réduction des rentes, était de 6,907,790 florins. En 1671, après les emprunts de la guerre d'Angleterre, elle était de 5,509,519 florins, d'oii résultait un bénéfice de 1,398,271 florins.
3 Voir rapport des conseillers-députés et mémoire justificatif publiés par Schel- TEMA, Mélanges historiques et littéraires, t. V, deuxième partie, p. 73-104. Utrecht, 1833.
^ Omnium etiam inimicorum judicio , omni corruptione impervius. (Lisola, rapport, 22 août 1672. — Lisola, par Grossman.v, p. 52.)
^ L. man. de Witt à Beresteyn, 20 octobre 1653 : Archives du royaume.