CHAPITRE VIII
de biscuit *, de paniers de houblon ^. « Je viens « , lui écrivait un ami ', ce de recevoir cette petite bourse dont j'ai cru la nouveauté digne d'être présentée à madame votre épouse, à cette kermesse. Je n'ai pas perdu la mémoire du renvoi que vous m'avez fait récemment, et des justes raisons que vous m'avez alléguées. Aussi je ne veux plus vous offrir à vous-même un seul don. n
Sa passion pour le service de son pays, aussi bien que son désintéressement, opposait une insurmontable barrière aux libéralités des souverains qui auraient tenté de le gagner à leurs intérêts. Les correspondances des ambassadeurs français de Thou, d'Estrades, Pomponne, le signalent à Tenvi comme incorruptible. « Il importe w , observe de Thou*, « de soutenir le Grand Pensionnaire par toutes les voies honnêtes et légitimes. Mais c'est une personne à laquelle il ne faut pas parler de gratifications, parce que, de l'humeur qu'il est, et dans la place qu'il tient, il en recevrait la proposition à injure. " De son côté, Louis XIV écrit à d'Estrades^ : « Je tiendrais pour très-bien employé tout ce qu'il faudrait dépenser pour m'acquérir entièrement le Grand Pensionnaire; mais il faut s'y conduire avec dextérité, parce que, de la manière dont on me l'a dépeint, c'est un homme à vouloir exercer sa vertu, et tirer de la gloire du refus qu'il ferait de pareilles propositions. » Le comte d'Estrades confirmait ce jugement, en déclarant® « qu'il le tenait, avec son frère comme étant du petit nombre de ceux auprès desquels les offres pécuniaires ne pouvaient avoir aucun accès » . Aussi de Witt pouvait-il écrire fièrement à l'envoyé des Etats à Vienne, Bruynincx, à l'occasion des imputations calomnieuses qui le représentaient dans certaines cours étrangères comme acheté par la France ^ : « Je m'en inquiète peu; il est connu ici à chacun que je ne me suis jamais souillé de pareilles vilenies, et de tels bruits ne peuvent avoir trouvé ici aucun écho. «
Indifférent aux séductions ainsi qu^aux jouissances vulgaires de la fortune, Jean de Witt se contentait du train de maison le moins
ï L. man. de Wittaubourgmestre de Worner, juillet 1654 : Archives du royaume.
2 L. man. de Witt au pasteur Maréchal, 27 septembre 1657 : Ibid.
3 L. man. Réel à de Witt, 8 mai 1655. * L. de Thou, 20 novembre 1659.
5 L. Louis XIV à d'Estrades, 26 janvier 1663.
6 L. d'Estrades, 17 septembre 1663.
■^ L. man. de Witt à Bruynincx, 30 janvier 1668,
apparent. Pour Texpédition des affaires publiques, il avait à sa disposition cinq clercs ou secrétaires \ et un commis principal, Van den Bosch, u homme d'honneur, mais dénature servile^)? , qui avait remplacé auprès de lui Tinfidèle Van Messen ^ Deux clercs domestiques ou huissiers, que les Etats payaient 600 florins par an, et qui étaient ses hommes de confiance, Bacherus et Reinier Van Ouvenaller, lui suffisaient pour son service personnel. Il n'avait à ses gages qu'un valet et un cocher*, ce Lorsqu'il faisait des visites de cérémonie» , raconte un témoin oculaire, Tambassadeur Temple, ce le valet mettait un simple manteau de livrée et suivait le carrosse dans la rue '. " ce Je Tai vu à la Haye » , écrivait plus tard un ambassadeur français *, ce allant à pied comme un bourgeois de la ville, suivi d'un serviteur habillé de gris qui portait derrière lui un sac de velours rouge où étaient les plus grandes affaires de l'Europe, dont il allait rendre compte à l'assemblée des Etats ^. )5 Aucun appareil de représentation ne le distinguait des autres députés et ministres de la république. Sa table était frugale ; elle n'était servie que pour la famille et pour un ou deux amis. 11 n'avait d'autre luxe qu'une bibliothèque de choix que son fils augmenta par de nombreuses acquisitions. Sa porte était ouverte à tous ceux qui désiraient s'entretenir avec lui, et il se rendait accessible à tous, sans être familier avec personne, sachant être simple avec grandeur.
De Witt se tenait en même temps en garde contre la jalousie à laquelle l'exposait l'autorité prépondérante qu'il exerçait, et qui était telle que l'électeur de Saxe lui adressait les lettres de créance de son envoyé, au lieu de les faire remettre aux Etats généraux. Il était si fidèle observateur des devoirs de sa charge que même en n'écrivant que des lettres de politesse à des princes étrangers, il ne manquait pas de leur faire observer « qu'il se dis-
* Mémoire des conseillers députés, cité par ScheltemA| p. 6. Voir note 3, p. 528.
2 L. man. de Groot à Wicquefort, 22 janvier 1674 : Archives du royaume.
3 Voir chapitre III, p. 221.
* Son valet s'appelait Van der Wissel, et son cocher, Jean.
^ Temple, Remarques sur Vétat des Provinces-Unies , édition 1774, p. 171.
^ L. man. de M. de Gallières, 17 janvier 1697 : Manuscrit Gaignières n^ 493, Bibl. nat.
'^ Ce sac, fermé par de grosses cordes liées avec des glands, a fait partie d'une exposition de curiosités à Delft.