‹ Jean De WittChapitre 27 sur 264 · CHAPITRE PUE MIE R · texte numérisé non relu

CHAPITRE PUE MIE R

néanmoins que sa présence au milieu de son corps d'armée lui rendrait la fortune plus favorable. Il semblait résolu à achever par la force ce qu'il avait manqué par la surprise. Vainement ses meilleurs conseillers cherchent-ils à le retenir. Aartsbergen, qui Pavait accompagné auprès des conseils des villes de la Hollande, et qui jusqu'alors avait paru encourager la politique de la violence \ lui représente que « s'il continue, il rendra sa ruine inévitable, et qu'une fois qu'il aura laissé détruire son autorité , il ne pourra plus la relever^ » . Sourd aux respectueuses remontrances des cours de justice qui offraient leur médiation % laissant à la Haye sa compagnie des gardes, il monte à cheval, le lundi V' août, dans la cour de son palais, en présence des députés des Etats généraux. Il était suivi d'un grand nombre d'officiers jaloux de se distinguer sous ses ordres : le comte de Bréderode, maréchal de camp, son grand oncle maternel; son cousin le prince de Tarente, qui, sorti de France après la Fronde, était venu chercher fortune dans l'armée des Provinces-Unies ; Frédéric de Schomberg, son chambellan, qui devint plus tard maréchal de France et que la révocation de l'édit de Nantes fit rentrer ensuite à son service. Mais tout à coup, à moitié route, auprès de Haarlem, l'un de ses conseillers les plus dévoués et les plus éclairés, Louis de Nassau, seigneur de Beverwaert , vient à sa rencontre. Il lui signale le danger qui le menace, si les digues sont rompues, et lui représente qu'il s'expose à périr avec ses soldats, au milieu d'une campagne inondée. « Déjà les habitants de la ville ", écrit Pomponne dans ses Mémoires"^, «avaient ouvert quelques écluses, et l'eau, qui s'était répandue dans les lieux les plus bas, avait obligé les troupes d'en chercher de plus élevés et de se retirer sur les chaussées. Il était entre leurs mains d'achever d'ouvrir toutes les autres et de mettre l'armée en péril, en submergeant le pays. « Ils s'arrêtèrent devant les dangers d'une guerre civile, qui n'aurait pas été moins fatale que l'inondation aux intérêts du commerce.

D'ailleurs, la crainte de l'isolement suffisait pour les détourner de résolutions trop précipitées. « Personne ne comparaissait des

1 Voir p. 41.

2 Mémoires de Van der Capellen.

^ Résol. Hollande, l^"" août 1650; et récit de l'audience de la cour : IViCQUR- FORT, t. I", p. 483.

^ Pomponne, Négoc. man. p. 25.

autres villes; ceux de Haarlcm permettaient que foules les portes fussent ouvertes aux soldats du prince, et laissaient faire les transports de vivres au camp; ceux de Leyde portaient au camp toutes sortes de pelles, de hoches et d'autres matériaux '. ^ Quant aux États de Hollande, surpris par Tarrestation de leurs principaux niemhres, contenus par la garnison que le prince avait laissée à la Haye, traités en siispccts, sinon en ennemis, par les députés des autres provinces, ils n'osaient pas donner le signal de la résistance. Ils se contentaient de délihéi'er avec les Etats généraux, pour inviter le prince à ne pas continuer le siège d'Amsterdam ^ et pour obtenir Fenvoi de commissaires, chargés de le rappeler ^ De son côté, Guillaume II, ayant échoué dans son entreprise, reconnaissait la nécessité de ne pas s'y opiniàtrer, mais ne voulait pas paraître contraint d'y renoncer. Aussi, tout en donnant Tordre à ses lieutenants d'occuper les principales chaussées ^, pour mettre ses troupes à l'abri de l'inondation, se montrait-il disposé à faire les premières offres d'un accord. Dans l'espérance qu'elles seraient accueillies, il écrivit aux bourgmestres une lettre qui leur fut portée par l'un de ses officiers; il s'y plaignait que le magistrat eût refusé de laisser entrer le comte de Nassau , et demandait pour lui-même une audience ^

Le conseil ht réuni. Les principaux députés qui le représentaient dans l'assemblée des Etats, Corver, Geelvinck, Hasselaar, de GraefF, étaient déjà revenus y siéger : ceux qui étaient encore restés à la Haye, Kok et le pensionnaire Boom, avaient été rappelés. L'heure était solennelle. Malgré la fermeté opiniâtre de Cornelis Bicker, la politique de conciliation prévalut. Quatre commissaires ''' furent envoyés au prince pour le complimenter et lui faire savoir qu'il serait reçu, a Je leur dis v , écrit le prince dans le Mémoire qu'il a laissé, a que je ne voulais pas entrer dans la

1 AiTZEMA, t. III, p. 446.

2 Résol. É(ats Hollande, 1 ^ août 1650.

3 Ces commissaires furent Aartsbergen, Paafs, Rensvoude, Cockinga et Mulerl. Résolution Etats généraux, 2 août 1650.

■'* L. Sommelsdyck au prince d'Orange, le 2 août 1650.

5 Mémoire du prince. Ce mémoire ainsi que la correspondance du prince avec le commandant du château de Loevestein, appartenant à la Collection de M. Van Sypcstcyn, ont été publiés par M. Van Hasselt dans le Recueil de Gids, 1843.

^ Cornelis de Graeff, bourgnicslrc; Simon Van der Docs, Xicolas Tulp, échevins; Pierre Klock, conseiller.

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