CHAPITRE PUE MIE
ville, si je n'avais pas des troupes avec moi. Ils répondirent qu'ils avaient ordre de ne m'ofTrir l'entrée de la ville qu'avec un train ordinaire '. w Guillaume II n'insista pas. Il leur déclara qu'il pouvait, pour sa part, terminer aussi bien l'affaire hors la ville, pourvu qu'une autorisation régulière de traiter lui fût présentée; il offrit même de s'entendre avec eux pour Téloignement de ses troupes. Le lendemain, les députés revinrent avec leurs pouvoirs de négociateurs. Le prince leur notifia par écrit la condition à laquelle il subordonnait tout accord, celle de l'exclusion du bourgmestre Corneille Bicker Van Swieten et de son frère /\ndré Bicker. Cette injuste prétention n'aurait pas manqué de faire rompre les conférences, si la jalousie secrète des commissaires contre le crédit des deux frères ne les avait disposés à céder. Le traité fut signé ^ : le bourgmestre Bicker, loin d'y mettre obstacle, exigea que le conseil acceptât sa démission et celle de son frère. Il n'y avait pas de plus bel exemple à donner.' Epargner à ses concitoyens par sa courageuse résistance la servitude politique, et prévenir par sa retraite les malheurs delà guerre civile, ce sont les plus beaux titres de gloire de la vie publique. Le conseil municipal d'Amsterdam s'empressa de rendre aux deux bourgmestres l'hommage qui leur était du, dans une déclaration qui justifiait leur conduite et qui fut envoyée à Guillaume II, tandis qu'il campait encore sous les murs de la ville.
Toutefois, le prince d'Orange n'aurait peut-être pas obtenu cette satisfaction, s'il n'avait mis autant d'empressement à conclure les négociations. A peine les membres du conseil d'Amsterdam étaient-ils partis pour signer avec lui l'accord, que l'un des députés des Etats généraux arriva en hâte dans la ville, pour engager les magistrats à se refuser aux exigences du stathouder. Tandis qu'il leur annonçait, mais trop tard, que les Etats généraux venaient d'envoyer à Guillaume II un ordre de rappel, celui-ci leur déclara « que l'affaire était terminée ^ )5 ,
Cette convention laissait en suspens le sort des députés arrêtés. Ils avaient été envoyés à Loevestein sous la conduite du lieutenantcolonel des gardes du prince d'Orange, Meteren, nommé com-
i Mémoire du prince : Archives de la maison d'Orange, t. IV, p. 398.
2 3 août 1650.
3 L. Brassct, 17 août 1650. Mémoire dwprince. Voir de Gids , 1845.
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mandant de la forteresse : ils avaient trouvé dans les murs de ce vieux château les souvenirs de captivité de Tune des plus illustres victimes des violences exercées par le stathouder Alaurice, oncle de Guillaume II. Grotius y avait été enfermé avant eux ^ et ne s'en était échappé, après deux ans de détention, que par Tingénieux artifice de sa femme qui Tavait fait évader dans la caisse dont elle s'était servie pour lui apporter ses livres de travail. Les mesures avaient été prises pour déjouer toute tentative de délivrance en faveur des prisonniers du prince d'Orange, qui, dans la crainte d'une attaque, avait fait envoyer au commandant du château une provision de poudre^.
L'injuste persécution dont les députés avaient à souffrir n'éhranlait pas leur constance. Ils étaient si étroitement gardés, qu'ils ne pouvaient communiquer avec personne , même par correspondance \ Malgré la perplexité à laquelle ils étaient réduits par l'ignorance des événements, ils n'étaient tentés ni de céder ni de fléchir. Douze jours après leur arrestation '*, le prince d'Orange se plaignait au commandant du château d'une lettre qu'ils lui avaient écrite ^ . Mécontent sans doute de ne les avoir pas contraints à demander grâce, Guillaume II aggravait les rigueurs de leur captivité, en donnant les ordres suivan(s : " Vous n'aurez plus à recevoir aucune lettre de leurs mains, ni à permettre qu'ils en envoient à qui que ce soit, en prenant d'ailleurs bien garde qu'il ne leur en soit rendu aucune du dehors ^ . ^j Le prince ne tardait pas toutefois à se montrer moins sévère, et dès le lendemain '^ , il commençait à accorder les premières permissions de visite*. Mais il enjoignait en même temps d'exercer la plus étroite surveillance: il se faisait rendre compte des discours de ses prisonniers^ et écrivait encore, au moment où il allait les relâcher '" : « Vous pourrez
^ L. du prince d'Orange au commandant de Loevesteiu, 4 août 1650. (Voir de GiDS, 1843, ei Archives de la maison d'Orange, t. IV, p. 392.) 3 M.
'i Id., 11 août 1650.
^ Cette lettre n'a pas été retrouvée.
<> L. du prince d'Orange, 11 août 1650. ■7 12 août 1650.
« 12, 13, 14, 17 août 1650.
^ L. du prince d'Orange, 13 août 1650. ^ Id., 17 août 1650.