‹ Jean De WittChapitre 29 sur 264 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

quelquefois laisser promener le sieur Keyser sur les remparts, mais toujours bien accompagné. »

Malgré leur courageuse attitude, l'exemple d'Amsterdam faisait prévaloir le parti de la transaction sur le parti de la résistance. Le conseil de Dordrecht n'avait pas, il est vrai, fléchi dans sa courageuse fermeté ; il revendiquait énergiquement les droits de la ville atteints par Tenlèvement de son bourgmestre, et avait invité les députés qui le représentaient dans l'assemblée des États a à agir de tout leur pouvoir pour la délivrance des captifs , sans accepter auparavant aucune proposition ^ v . Mais les conseils des autres villes ne se montrèrent pas disposés à suivre la même conduite; ils consentirent à négocier avec le prince d'Orange, lui offrant d'obtenir des prisonniers la démission de leurs charges, comme condition de leur délivrance^. Déjà le pensionnaire deDelft, Duyst Van Voorhout, faisait intercéder ses parents ainsi que le conseil de la ville pour se faire accorder son élargissement % et prenait les devants en demandant, à cause de son âge, la faveur d'être déchargé de tout emploi. Le conseil de Dordrecht reconnut lui-même la nécessité de céder, et Jacob de Witt lui envoya "^ la déclaration par laquelle il renonçait à toute fonction publique. Le prince obtint des autres prisonniers le même engagement ^ et les fit mettre en liberté, les uns après les autres ®. Leur captivité avait duré trois semaines.

Les ressentiments ne pouvaient être aussi promptement apaisés, et les deux partis restaient en présence dans une attitude hostile. Pour éviter l'embarras d'une rentrée solennelle à la Haye, le prince d'Orange n'y revint qu'en habit de chasse, après avoir passé quelques jours dans une de ses terres. Il se contenta de la lettre qu'il avait adressée aux Etats des provinces ^, dans laquelle il

1 Notules du conseil de Dordrecht, 3 août 1650, Wicquefort, t. II, p. 717, édition 1749.

^ tt Ceux des villes qui avaient des prisonniers me vinrent parler, chaque ville à part, pour son prisonnier » , écrit le prince dans son Mémoire. « A la fin, nous nous accommodâmes, et je fis sortir les prisonniers. »

^ Vie de Jean et Corneille de Witt, par Van der Hoeven, p. 29, traduction française, 1709.

'^ 14 août 1650.

^ L. du prince d'Orange au colonel Meteren, 16 et 20 août 1650. te J'entends » , écrit-il le 18 août, a qu'il me soit rais en main pour me l'envoyer aussitôt. »

6 Duyst Van Voorhout sortit le 15 août; de Witt, le 18 août; de Waal et Ruyl, le 18 ; Keyser et Sîellingwerf, le 20.

'^ L. du prince aux Etats des provinces, l^r août 1650.

représentait sa conduite comme conforme aux premiers ordres qu'il s'était fait donner par les États généraux, pour rétablir Taccord et conserver rUnion. Les Etats de Zélandelui notifièrent, sans réserve, leur approbation \ Les États de Frise le félicitèrent avec le même empressement. Les autres provinces se contentèrent de le remercier en termes plus évasifs. Mais les Élats de Hollande, auxquels il avait adressé spécialement la justification de sa conduite, se dispensèrent de prendre connaissance de son mémoire ^ et ordonnèrent à leur grand-pensionnaire Cats de le conserver cacheté ". Eu outre, ils se firent accorder la satisfaction qu'ils réclamaient, en obtenant le licenciement d'une partie des troupes, auquel Guillaume Il avait prétendu mettre obstacle : les Étals généraux finirent par congédier 55 compagnies d'infanterie ainsi que 12 compagnies de cavalerie, environ 6,000 hommes. Le renvoi de 1,300 hommes, auquel s'était réduit en dernier lieu le différend qui avait provoqué le conflit, fut, il est vrai , ajourné, mais seulement à court délai, et les États de Hollande purent se féliciter d'une transaction qui leur donnait en partie gain de cause. S'ils durent s'engager à ne plus s'attribuer le pouvoir de licencier les troupes de leur contingent, ils ne se réservèrent pas moins la liberté d'en consentir ou d'en refuser le payement. Sous cette condition, ils votèrent l'état de guerre réduit, tel qu'il était proposé ^. L'accord n'était rétabli qu'en apparence. Le parti républicain, convaincu par l'entreprise de Guillaume 11 qu'il avait voulu changer de gouvernement les Provinces-Unies, ne cessait de lui témoigner sa défiance. « A Amsterdam , on payait d'audace; les compagnies bourgeoises étaient portées de 20 à 54 hommes, et fréquemment exercées; de nombreux soldats étaient enrôlés aux frais de la ville, et le travail des fortifications poussé avec activité ^ » Cl Ces messieurs de Hollande », écrit l'ambassadeur de France ^ Brasset", ci ont plié sans être terrassés. « Les adversaires du prince d'Orange le traitaient en ennemi, et un pamphleÉ du temps jus-

1 Résol. Élats de Zélande, 14 août, 15 septembre 1650.

2 Mémoire du prince.

3 Résol. Hollande, 9 et 16 août 1650.

4 Résol. Hollande, 13 août, et Résol. Etats généraux, 18 août 1650. ^ L. Brasset, 10 août, 19 octobre 1650.

^ L. Brasset, 21 septembre 1(350.

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