CHAPITRE PRE MIE U
tifiait ainsi leur hostilité ' : 't Quand on me vole mon bien, qu'on me lie les mains, qu'on me prend ma liberté, que m'importe que ce soit un Espagnol, un barbare ou un compatriote ? Si je perds ma liberté et si je suis esclave, peu m'importe de quelle manière. La liberté est une noble et tendre chose qui ne veut être touchée par personne et qui veut être laissée tranquille et sans trouble. »
De son côté, (Guillaume II, malgré la satisfaction qu'il affectait, ne pouvait se dissimuler que son coup d'Etat était un coup d'Etat manqué. 11 n'avait pu ni se rendre maître d'Amsterdam, ni abattre le pouvoir des Etats. Il n'avait obtenu d'autre avantage que l'éîoignement des affaires de huit magistrats qui lui étaient contraires, et il prévoyait « que leurs partisans qui, par adresse ou par crainte, s'accommodaient au temps présent, reprendraient l'occasion de renouveler leurs menées ^ » . Néanmoins ii ne renonçait pas à se rendre maître du gouvernement, ci II se résigne en faveur du renvoi des troupes « , écrit Brasset% « et s'accommode à cette espèce de dure nécessité; cependant, je tiens pour constant que, voyant le jeu assez beau, il songe à pousser les choses plus avant, pour anéantir, tout autant qu'il pourra, un parti dont il se méfie. "
Tandis qu'il paraissait ne plus rechercher que des parties d-e chasse <Ians sa terre de Dieren en Gueldre, afin de dissimuler ainsi ses ambitieux desseins, il en poursuivait l'exécution par le projet de traité secret qu'il négociait avec la France. S'attribuant par avance le droit de disposer à son gré de la république, il signait avec le comte d'Estrades qu'il avait mandé à la Haye \ une convention ^ d'après laquelle le roi de France et le prince d'Orange s'engageaient « à attaquer conjointement les Pays-Bas, le 1"" mai 1651, avec une armée de 20,000 fantassins et 10,000 chevaux , à rompre en même temps avec Cromuell , à rétablir Charles II comme roi d'Angleterre et à ne traiter avec l'Espagne que de concert d . Le prince d'Orange garantissait, outre le contingent de l'armée de
1 L, au sujet de l'arrestation des députés et du siège d'Amsterdam, pai* Wiclliera Uccht-Hert de Frise, collection Diincaniana, 1650. Voir Wicquefort, t. Iei\ p. 526, notes Chais Van Buren.
2 L. Brasset, 24 août 1C50.
^ L. du prince d'Orange au comte d'Estrades, 2 septembre 1650. ^ 20 octobre 1650. Voir d'Estrades, Négociations, t. P»', p. 101, et lettres du prince, 26, 27 août, 29 septembre 1650 : Archives de la maison d'Orange, t. IV.
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terre, une flotte de 50 navires, et se faisait promettre, en toute propriété, pour prix de sa coopération, la ville d'Anvers et le duché de Brabant ou marquisat du Saint-Empire '. Guillaume II intéressait ainsi la France au succès de sa cause, en se tenant prêt à reprendre la guerre contre TEspagne, et comptait en profiter, déclarait-il à ses confidents, « pour dissiper la cabale qui lui était contraire, ce à quoi il travaillait sans perdre de temps ^ «. tt S'il eût vécu 5^ , a écrit Racine dans ses, Fj'agments historiques % " on peut dire avec assez de certitude qu'il n'y avait plus de république en Hollande, n
La pacification intérieure n'était donc qu'une trêve, lorsque trois mois plus tard le prince d'Orange, pris d'une violente fièvre à la suite de ses fatigues de chasse, fut atteint de la petite vérole, à laquelle il succomba en quelques jours ^. Il était ainsi enlevé, à l'âge de vingt-quatre ans, dans la force et l'éclat de la jeunesse, ne laissant qu'un fils, qui naquit huit jours après la mort de son père^. Guillaume II lui avait fait perdre la meilleure part de l'héritage qu'il aurait pu lui léguer, rattachement du parti républicain irrévocablement aliéné. L'une des médailles allégoriques qui furent frappées après sa mort par ses ennemis représentait un cheval fougueux s'élançant vers le soleil qui se lève sur la ville d'Amsterdam; sur le revers, Phaéton apparaissait dans sa chute, avec cette légende : Magnis excidit ausis. « Il s'est perdu par ses grands desseins. «
Sa tentative de coup d'Etat devait longtemps peser sur la destinée de cet enfant posthume qui attendit vingt-deux ans pour succéder aux charges paternelles. Elle allait lui en tenir l'accès longtemps fermé, en faisant du stathoudérat une menace pour les libertés publiques. Le nom du château de Loevestein, mis en avant comme un cri de guerre et de ralliement , devait désormais servir à perpé-
1 WicQUEFORT, t, ler, p, 358 et 531, notes Chais Van Buren.
2 L. du prince d'Orange, 29 sept. 1650.
^ Racine, Fragments historiques, p. 333.
^ 6 novembre 1650. Il ressentit, le 27 octobre, à Dieren, où il chassait depuis
trois semaines, les symptômes de la fièvre. Il se fit ramener à la Haye et y arriva
ie 29, la petits vérole s'étant déjà déclarée. Lorsqu'on le croyait hors de danger,
il succomba à une grande oppression, le dimanche 6 novembre, à neuf heures du
«soir, à l'âge de vingt-quaire ans et six mois.
^ 14 novembre 1650.
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tuer les souvenirs irritants ainsi que les craintes sans cesse renaissantes du parti opposé à la maison d'Orange. Par un de ces brusques retours de fortune qui accompagnent d'ordinaire les téméraires essais de la toute-puissance, la mort de Guillaume 11, suivant de si près sa provocante agression contre la Hollande, mettait l'avenir de sa maison à la merci de ses ennemis. Elle donna le signal d'un changement de gouvernement. « Ces gens-là î? , écrit l'ambassadeur de France \ " montrent vouloir profiter de l'occasion, pour se gouverner eux-mêmes. ->) Milton, le grand poëte républicain de l'Angleterre, adressa aux Etats généraux ses félicitations emphatiques sur la mort opportune de leur stathouder, qui les faisait échapper à la servitude.
Le fils de Guillaume II, orphelin avant sa naissance et appelé Guillaume comme son père, ne semblait guère destiné qu'à succéder au nom paternel. En effet, ce n'était pas un enfant qui pouvait recueillir les pouvoirs exercés par le dernier stathouder. La famille d'Orange, qui depuis près d'un siècle était investie de la principale autorité civile et militaire de la confédération , n'était plus représentée que par un héritier « assez délicat et fluet pour faire douter s'il vivrait ^ •» . Elle avait achevé de s'afî'aiblir, en se divisant autour d'un berceau. La rivalité des deux princesses d'Orange, la Princesse douairière et la Princesse Royale , l'une mère, l'autre veuve de Guillaume ïï, leur hostilité contre le comte Guillaume de Nassau, qui seul aurait pu leur venir utilement en aide, favorisaient la tentative faite par le parti républicain pour fonder un nouveau gouvernement sans stathouder.
La Princesse douairière, Amélie de Solms% ancienne demoiselle d'honneur de la reine de Bohême Elisabeth \ veuve du stathouder Frédéric-Henri, n'avait pas l'autorité de caractère qui aurait pu lui permettre de rallier autour d'elle les partisans de son petit-fils. Affable et gracieuse, ainsi qu'elle est représentée dans son portrait au Musée d'Amsterdam % elle était, d'après le témoignage
1 L. Brasset, 23 novembre 1650.
2 L. Brasset, 30 novembre 1650.
^ Née en 1601, elle mourut en 1675.
* Elisabeth, épouse de l'électeur palatin Frédéric V, un moment roi de Bolicme pendant la guerre de Trente ans, sœur de Charles Jer, roi d'Angleterre. ^ Peint par Houthorn.
d'un ambassadeur d'Angleterre qui l'avait beaucoup connue', c ]a femme du meilleur esprit et, en général, du meilleur sens qu'il eût jamais rencontrée, et il n'y a pas à douter que le jeune prince, privé si jeune de sa mère, n'ait été redevable aux soins de sa grand'mère de toutes les grandes qualités qu'il a possédées » . Mais « elle avait la réputation d'être intéressée et passait pour aimer l'intrigue S? . Se plaisant à jouer double jeu, elle affectait de vouloir s'entendre avec le parti républicain : d'après les informations données par Mazarin à l'ambassadeur de France, « si elle se montrait empressée pour les chefs du parti hollandais, c'était pour obtenir de la Hollande la continuation de la pension que cette province avait coutume de donner aux veuves de ses gouverneurs ^ 15 . En même temps, par animosité contre la Princesse Royale sa bellefille, elle tenait à paraître détachée de tout sentiment monarchique et allait un jour jusqu'à déclarer devant l'ambassadeur de France a qu'elle tenait Cromuell pour un grand homme qui avait su exécuter un haut dessein et très-périlleux '' •>■) . Mais, quelles que fussent ses avances au parti républicain, elle ne pouvait faire croire à sa sincérité. « Elle est haïe et méprisée par la cabale hollandaise 7) , écrit un correspondant français % a quoiqu'elle l'ait aidée à faire la paix avec l'Espagne. ^
Le soin de ses intérêts lui avait réussi. " Jamais princesse n'avait fait mieux voir l'avantage du bon ordre et de l'économie. Depuis la mort de son mari, elle ne jouissait que d'un petit revenu qui ne dépassait pas 12,000 livres sterling, et cependant elle vécut toujours avec autant de magnificence qu'on en voit en de plus grandes cours, ayant des meubles magnifiques, se faisant toujours servir en vaisselle d'or; et tout ce qu'elle touchait étjait de ce métaP. ^ Quand elle ne résidait pas dans sa terre de Turnehout en Brabant ou de Zevenbergen en Hollande, elle demeurait à la Haye dans le palais de Brantwyck, qui sert aujourd'hui de résidence royale. Son habitation préférée était la maison du Bois, qu'elle avait fait bâtir dans
1 Teaiple, Mémoires, t. II, p. 317, édition 1757.
2 L. Scrvien, 3 février 164-7. L. de Thou , 14 novembre 1658 : Arcli. aiï, élr. De Guiche, Mémoires, t. II, p. 6.
^ Instruction pour de TJiou, 9 mars 1657 : Arcb. aff. étr. ^ L. Glianut, 22 janvier 1654- : Arch. aff. étr. 5 L. Gentillot à Servion, 20 août 1653 : ArcIi. aff. étr. ^ Teaiple, Mémoires, t. II, p. 318.