CHAPITRE PUE MIE II
le bois de la Haye, en l'honneur de son mari le stathouder Frcdéric-Henri. L'habile architecte Pierre Poot Pavait construite, et neuf des plus grands peintres du temps, entre autres Rubens et Van Dyck, en avaient décoré la plus belle pièce, la salle d'Orange, restée intacte depuis deux siècles, et dans laquelle la dernière reine des Pays-Bas conservait encore, de nos jours, les traditions d'une hospitalité princière.
La princesse d'Orange, Marie Stuart, fille de Charles P% veuve à dix-neuf ans de Guillaume II et connue sous le nom de Princesse Royale, « avait failli succomber à son deuil et à ses couches ' « . Née sur les marches d'un trône renversé pour faire place à un échafaud, devenue par son mariage la femme d'un prince qui semblait devoir jouir longtemps des pouvoirs de stathouder et que la mort venait de frapper, elle trouvait dans ses espérances maternelles la force de soutenir le poids de ses malheurs. Résolue à garder fidèlement son veuvage, « parce qu'elle voulait rester mariée aux intérêts de son fils « , disait-elle avec noblesse, elle aurait été capable, malgré sa jeunesse, u de réussira la conduite des affaires, ayant de l'esprit, du jugement et un grand fonds de discrétion ^ i) . Mais elle nuisait à la cause du jeune prince par une fierté dont le beau portrait de lan der Helst au Musée d'Amsterdam a conservé l'impérieuse expression. Persuadée que les amis de la maison d'Orange, en lui restant fidèles, ne faisaient que remplir leur devoir, elle croyait faire honneur à sa naissance en ne s'abaissant à aucune familiarité % " ce qui ne plaît guère au temps où nous sommes * ^ , écrivaient des Hollandais qui partaient pour un voyage en France, après avoir été la saluer au départ. Elle négligeait habituellement de s'assurer, par aucune avance, le concours des femmes des principaux députés qui auraient pu facilement gagner leurs maris aux intérêts de son fils \ Elle n'admettait personne à sa table. Aussi, quand Pambassadeur de France allait lui rendre visite dans son domaine d'Honsholredyck °, « ne pouvant consentir à prendre son repas avecles personnes de sa suite» , devait-il, ainsi qu'il écrit
1 L. Brasset, 30 novembre 1650 : Arcli. aff. ctr.
- L. de Thou, 14 novembre 1658. Id.
3 Instruction pour de Thou, 9 mars 1657. Id.
^* Journal d'un voyage à Paris, p. 11.
5 Mémoire Clianut 1655 : Arch. aff. étr.
^ Ce domaine avait été donné au prince Maurice d'Orange par les Etats.
naïvement, « souffrir l'incommodité d'aller et de venir, sans manger ^ 55. Elle continuait d'habiter avec son fils, à la Haye, les appartements des stathouders, dans Tune des ailes du vieux palais des comtes de Hollande ^, dont les Etats généraux et les Etats de Hollande occupaient l'autre partie. Son principal conseiller, dont elle avait fait l'intendant de sa maison, était Kerckhove, seigneur de Heenvliet % grand forestier de Hollande. Le souvenir de ses relations avec le roi d'Angleterre qui l'avait employé dans plusieurs négociations, et l'origine anglaise de sa femme, lady Stanliope, avaient assuré sa faveur. Mais il trompait la confiance qui lui était accordée, et son infidélité qui, finitpar être découverte'^, lui valut une disgrâce méritée \ Jalouse du plein exercice de ses droits maternels, la Princesse Royale n'entendait pas les partager avec sa belle-mère, dont elle dédaignait l'origine subalterne, et ne laissait échapper aucune occasion de se conduire vis-à-vis d'elle avec arrogance.
Les contestations auxquelles l'attribution de la tutelle du jeune prince donnait lieu envenimèrent les inimitiés des deux princesses et les rendirent publiques. ?^''ayant pu régler leur diff'érend à l'amiable, elles s'adressèrent aux Etats de Hollande, qui renvoyèrent le procès à la cour de justice de la province. Tandis qu'il s'instruisait, l'électeur de Brandebourg, appuyant les prélentions de la Princesse douairière dont il avait épousé la fille aînée, et invoquant les droits de succession qui lui seraient dévolus en cas de mort de son neveu, ne fit que lui nuire par son intervention. Après de vaines tentatives d'accommodement, la cour de justice finit par donner gain de cause aux prétentions de la Princesse Royale °. Elle la reconnut comme tutrice principale, en lui laissant la part la plus importante des pouvoirs de la tutelle. La Princesse douairière et l'électeur de Brandebourg firent appel au Grand Conseil, dont relevaient les arrêts de la cour de justice. Deux mois plus tard ', le Grand Conseil leur donna satisfaction, et il s'ensuivit un accord *
1 L. Chanut, 31 décembre 1654 : Arch. aff. étv.
2 C'est la partie du bâtiment à l'ouest de la cour et qui se prolonge au nord. ^11 était fils de l'ancien recteur de l'école illustre de Dordrecht.
''* Journal d'un voyage à Paris , p. 228, 251, 260. ^ 10 septembre 1654.
G 31 mai 1651.
■^ 29 juillet 1651.
■' 13 août 1651.