‹ Jean De WittChapitre 32 sur 264 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

par lequel la Princesse Royale reconnut leur droit de participation à la tutelle, mais en se faisant attribuer à elle seule la même part d'autorité qu'aux deux autres tuteurs.

Le seul chef auquel le parti orangiste pouvait se rallier était le comte Guillaume-Frédéric de Nassau, stathouder de Frise et de Groningue, petit-fils ^ du plus jeune frère de Guillaume I'^', Jean dit le Vieux. Signalé par les services qu'il avait rendus dans la guerre de l'indépendance, « il était courageux et entreprenant, en même temps que franc et ouvert, et avait une bonté naturelle accompagnée de la civilité la plus engageante ^ " . Mais le souvenir de sa tentative contre Amsterdam pesait sur lui ; l'échec de ce hardi coup de main le rendait défiant de lui-même, et il craignait de s'exposer de nouveau aux ressentiments des Etats de Hollande. L'opposition que les deux princesses lui témoignaient ne pouvait manquer d'ailleurs de le décourager. La Princesse douairière, dont il épousa plus tard la fille, avait commencé par repousser ses offres de service, et J'ai été deux fois à la couru , écrit-il à l'un de ses correspondants % « pour voir si Son Altesse avait besoin de moi, ou si elle voulait m'employer; mais je n'ai jamais reçu d'elle cet honneur, v Elle le jugeait incapable de remplir les charges auxquelles il pourrait prétendre, et ajoutait que « dans le cas où il viendrait à y arriver, elle aimerait mieux quitter le pays"^ ^) . La Princesse Royale lui était encore moins favorable : il avait pour ennemi déclaré Louis de Nassau, seigneur de Beverwaert, fils naturel de Maurice d'Orange% auquel elle donnait toute sa confiance. La conduite du comte Guillaume- Frédéric de Nassau provoquait cette hostilité. En effet, aussitôt après la mort de Guillaume II, il s'était fait nommer stathouder de Groningue, au lieu de faire transmettre au jeune prince d'Orange cette part de l'héritage paternel, et il avait même recherché le stalhoudérat de l'Overyssel. Les deux princesses le considéraient dès lors comme un défenseur plus redoutable que rassurant pour le jeune prince, et craignaient que, sous les dehors de la protection, il ne devînt secrètement son rival.

1 II avait pour père Ernest Casimir de Nassau, l'un des fils de Jean le Vieux.

2 IViCQUEFORT. t. III, p. 179.

^ L. du comte de Nassau à Huyghens, 29 janvier 1651 : Arch. de la maison d'Orange, t. V, p. 26.

^ L. man. de Witt à Beverningh, 24 juillet 1653. ^ Sa mère était une demoiselle noble de Malines.

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Le prince Jean-Maurice de Nassaii-Siegen \ son cousin germain, filleul du stathouder Maurice d'Orange, et qui se rattachait également par son ptire, Jean le Jeune *, à la descendance de Guillaume I'^ n'était pas tenté de faire violence à la fortune pour s'assurer la jouissance du pouvoir. Lieutenant général de la cavalerie et gouverneur de Wesel, il avait acquis, depuis l'âge de seize ans, une renommée militaire brillamment justifiée. Chargé par la Compagnie des Indes occidentales du gouvernement du Brésil, il avait, pendant sept ans, rendu à la république d'éminents services par ses conquêtes et par son administration, à laquelle la colonie avait été redevable d'une prospérité passagère. Revenu, depuis dix ans, à la Haye, il s'y était fait construire, au milieu des jardins qui faisaient Tornement de la ville, le riclie palais qui porte son nom et qui est devenu celui du Musée. Il s'était lié avec tous les savants de son temps et occupait ses loisirs à écrire des ouvrages d'histoire naturelle qui sont encore justement appréciés. Il avait été appelé ^ à la charge de stathouder des provinces rhénanes par l'électeur de Brandebourg, qui l'avait connu, dans sa jeunesse, à l'université de Clèves. Sa bravoure éprouvée, son affabilité, son caractère conciliant qui, d'après le jugement d'un contemporain ^ , ce le faisait passer sans peine dans l'avis de celui qui lui parlait, sans Tempécher de poursuivre ses fins aussi adroitement qu'homme du monde «, l'auraient facilement rendu populaire. Mais ses engagements avec un prince étranger l'éloignaient du territoire de la république, le rendaient suspect et nuisaient à son crédit. Il ne cherchait d'ailleurs qu'à s'assurer la faveur du parti dominant : quelques jours après la mort de Guillaume II, il était venu déclarer aux Etats généraux ^ « qu'il était bon et fidèle servileur de la république, et les prier de le tenir comme tel i? . Gardant l'espoir d'être appelé à recueillir, de préférence à son cousin le comle de Nassau, la succession de Guillaume II comme capitaine général, il prenait soin de ne rien faire qui pût compromettre ses intérêts.

1 Né en 1604, il avait pour mère Marguerite, fille du duc de Slesvvig-HoîsteiH. Voir Leben des fursten Johann Moritz par Ludwig DarESEN. Berlin, 1849.

2 Jean le Jeune était le plus jeune fils de Jean le Vieux, frère de Guillaume Ip•^ Voir pièces justificatives, I. Généalogie de la maison d'Orange.

^ Dr Guiche, Métnoires, t. I^"", p, 275.

^ Résol. Etats généraux, 10 novembre 1650.

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