CHAPITRE PREMIER
Tandis que la famille cVOiangc donnait ainsi le spectacle de ses divisions, le parti républicain, étroitement uni et virilement dirigé, profilait avec empressement des circonstances qui étaient favorables à la fondation d'un nouveau gouvernement. Les pompes religieuses et les réjouissances publiques auxquelles le baptême du jeune prince donna lieu, les honneurs que les députés des États généraux, ceux des Etats et des principales villes de Hollande' lui rendirent à l'envi ^, n'étaient que de vains témoignages de fidélité dynastique. Les mesures n'en avaient pas moins été concertées à l'avance pour mettre à profit la minorité d'un enfant et ne pas lui laisser, comme un droit héréditaire, le gouvernement de la république, sous le pouvoir d'un régent.
Trois jours après la mort de Guillaume II % les anciens députés qu'il avait traités en prisonniers d'Etat et qu'il avait exclus de toutes leurs charges, étaient rappelés dans l'assemblée pour y reprendre leurs sièges. En même temps, les conseils des villes de la province se faisaient attribuer la nomination de leurs magistrats, qui, presque toujours, avait été laissée au choix des stathouders, et ils obtenaient ainsi la pleine jouissance de la liberté municipale. De leur côté, les Etats de Hollande prenaient possession des pouvoirs jusq\i'alors exercés dans leur province parles princes d'Orange et revendiquaient successivement tous les droits de la souveraineté ''. Les Etats de Zélande, malgré la fidélité qu'ils avaient toujours conservée à la maison d'Orange, témoignaient le même empressement pour s'affranchir de toute sujétion, en abolissant la dignité de premier noble, qui donnait aux ancêtres du prince le droit de nommer un substitut chargé de représenter le corps de la noblesse et de présider à leurs délibérations. Avant d'être déclaré vacant, le stathoudérat était ainsi dépouill de toutes ses prérogatives.
Pour compléter cette transformation du gouvernement, les Etats de Hollande prirent l'initiative de la convocation à la Haye d'une grande assemblée de la confédération qui se réunit au commencement de l'année 1651 ^ Résolus à en prendre la direction, ils pré-
^ Delft, Leyde et Amsterdam.
2 Ils lui servirent de parrains et s'engagèrent à lui payer des pensions annuelles qui montaient à 20,000 florins.
3 9 novembre 1650.
* Résol. Holl., 14 mars, 16 et 17 mai 1651. ^ Le 18 janvier 1651.
parèrent avec soin le programme de toutes les propositions qu'ils lui soumettraient, et pour y ménager un accueil favorable, ils envoyèrent en dépulation aux différentes provinces ^ les représentants les plus accrédités de leur politique.
C'était entre deux systèmes de constitution que ce congrès devait choisir. Il s'agissait de décider si les Provinces-Unies seraient une république gouvernée par les Etats généraux, ou bien si le gouvernement n'appartiendrait pas aux Etats de chaque province , sous réserve des obligations qui leur étaient imposées par l'acte d'Union. Chaque province serait-elle, soit souveraine vis-à-vis des autres, soit sujette du pouvoir fédéral? Telle était la question qui avait encore une plus grande importance politique que les rivalités du parti orangiste et du parti républicain.
La Hollande était la province la plus intéressée à ce grand débat. Elle faisait subsister la république par ses ressources, contribuait pour plus de moitié aux dépenses de la confédération, et, dès le seizième siècle, était signalée par un ambassadeur de France^ ce comme la meilleure pièce du harnais, le reste n'étant qu'accessoire " . Elle avait le droit de désigner les ambassadeurs et ministres qui représentaient la république auprès des rois de France et de Suède et auprès de l'empereur d'Allemagne \ En outre, elle participait, par la nomination d'un de ses députés, à toutes les ambassades extraordinaires. Se trouvant ainsi supérieure à toutes les provinces, la Hollande ne pouvait se résigner à la domination des États généraux, qui la réduisait à n'être que l'égale des autres membres de l'Union et à ne disposer que d'une seule voix dans les délibérations. Elle craignait que leur pouvoir, naguère invoqué contre elle par les stathouders Maurice et Guillaume II, ne devînt l'instrument de sa servitude. Elle ne voulait donc leur laisser qu'une autorité strictementlimité e, afin de mettre ainsi son indépendance en dehors de toute atteinte. La condition du succès de cette politique, c'était l'abolition ou au moins la vacance du stathoudérat, qui, joint aux charges militaires de capitaine et amiral général, avait concentré entre les mains des princes d'Orange tout le pouvoir
1 Résol. Holl., 12 novembre 1650.
2 Busenval.
^ Les Etats généraux n'avaient d'ambassades ordinaires qu*en France et en Angleterre. La Zélande avait le droit de nomination à l'ambassade d'Angleterre. WicQUEFORT, Mémoires touchant les ambassadeurs, p. 118, édition 1677.