CHAPITRE PREMIER
exécutif de la confédération, sans lequel les Etats généraux étaient réduits à Timpuissance.
Il s'agissait pour la Hollande de faire concourir à ses vues les autres provinces qui avaient des intérêts contraires à défendre. C'était pour les y rallier qu'elle avait provoqué la réunion solennelle de tous leurs députés. La grande salle de la cour des anciens comtes de Hollande, qui subsiste encore intacte dans le vieux palais du Binnenlîof, avait été préparée pour les recevoir. Elle était ornée de tous les drapeaux enlevés aux Espagnols pendant la guerre de rindépendance. Trois cents membres s'y trouvaient réunis, et les États de Hollande, pour assurer plus efficacement leur prépondérance, étaient venus y siéger en corps. Ce fut leur Grand Pensionnaire, Jacob Cats, qui ouvrit la séance. Il prononça une harangue qui établissait la nécessité de la convocation et qui mettait à Tordre du jour les délibérations les plus urgentes concernant le maintien de l'Union d'Ltrecht et le commandement de l'armée fédérale.
Le maintien de l'Union d'Utrecht semblait exiger la conservation du stathoudérat dans toutes les provinces , afin que les stalbouders pussent continuer à servir d'arbitres [dans leurs différends et restassent ainsi les gardiens du bon accord entre les confédérés. Mais la Hollande défendit énergiquement le droit qui appartenait à chacune des provinces de se gouverner avec ou sans stathouder, et fit connaître , pour son compte , sa résolution irrévocable de se passer du stathoudérat d'un enfant. Cette déclaration ne lui parut pas suffisante. Voulant empêcher que le stathouder dont les autres provinces pourraient faire choix ne prît une part active aux affaires intérieures de la république , intéressée à écarter l'intervention du comte Guillaume-Frédéric de Nassau, en sa qualité de stathouder de Frise et de Groningue , elle fit décider que les pouvoirs d'arbitres dans les contestations entre les confédérés appartiendraient aux députés des provinces qui seraient désintéressées dans le différend. Le stathoudérat, fiît-il conservé ou rétabli par d'autres provinces , ne pouvait plus dès lors donner aucun ombrage à la Hollande.
Il lui restait encore, pour assurer sa sécurité, à se prémunir contre le pouvoir militaire qui avait toujours appartenu au capitaine et amiral général de l'Union , dont la nomination ne dépendait que des Etats généraux. Elle redoutait l'usage qui pouvait en
être fait à son détriment, et le souvenir si récent du coup d'Ktat du dernier stathouder entretenait ses inquiétudes. En effet, il n'y avait que le jeune fils de Guillaume H qui pût être choisi comme capitaine et amiral général, et la place de cet enfant ne pouvait manquer d'être occupée, pendant sa minorité, par le comte de Nassau, qui avait encouru Tanimosité de la Hollande par son expédition contre Amsterdam. Aussi la Hollande ne voulait-elle conserver d'autre commandement que celui de maréchal de camp, qui appartenait au comte de Bréderode, membre de rassemblée de la province, rallié depuis la mort de Guillaume II à la cause du parti républicain. Pour empêcher toute autre nomination, elle fit valoir, outre le bas âge du jeune prince, qui le rendait incapable d'exercer aucun pouvoir militaire, la paix conclue avec l'Espagne, qui permettait à la république de se passer, sans danger, d'un chef d'armée ' . Malgré la résistance des députés de Frise, les autres provinces reconnurent qu'elles ne pouvaient, sans provoquer la rupture de l'Union, imposer leur choix à la Hollande : satisfaites de laisser au moins le commandement supérieur en réserve pour le jeune héritier de la maison d'Orange, elles renoncèrent provisoirement à la nomination d'un capitaine et amiral général. Les Etats des provinces partagèrent désormais avec les Etats généraux la direction de l'armée fédérale ; ils s'attribuèrent non-seulement la distribution de toutes les charges d'officiers et la nomination des commandants des places fortes^, mais encore l'expédition des ordres de route, appelés patentes ^ qu'ils se réservaient d'approuver toutes les fois que des troupes autres que celles de leur contingent seraient appelées sur leur territoire ^ . Le pouvoir mililaire était ainsi morcelé et amoindri. Il pouvait se trouver insuffisant en temps de guerre; mais en temps de paix , il n'était plus dangereux pour la liberté intérieure.
1 Déduction des Étals de Hollande. Wicquefort, t. III, p. 47. Preuves : édition 1749.
2 Les Etats généraux continuèrent à disposer du choix de l'état-major de l'armée. Les Etats des provinces se réservèrent la nomination aux charges de colonels, capitaines et lieutenants dans les régiments et les compagnies qui faisaient partie de leur contingent.
3 Le souvenir de l'usage que Guillaume II avait fait du droit de délivrer les patentes pour préparer son coup d'Etat fit exiger par la Hollande les précautions les plus multipliées destinées à en prévenir l'abus. Cette importante prérogative du pouvoir desstathouders devait désormais être exercée par les Etats généraux, mais restait soumise à l'approbation préalable des Etats des provinces.