CHAPITRE PREMIER
part d'intervention très-restreinte. Elle était attribuée aux amirautés et se partageait entre cinq collèges : l'amirauté de la Meuse, ayant son siège à Rotterdam; Tamirauté d'Amsterdam, l'amirauté de la Hollande du Nord, l'amirauté de Zélande et l'amirauté de Frise '. Ces amirautés, dont trois appartenaient à la Hollande, étaient composées de députés choisis par les Etats des provinces ou par les conseils des villes qu} avaient le droit d'être représentées dans ces collèges. La prépondérance des voix y était assurée aux députés de la province où l'amirauté siégeait. Cette organisation donnait à la Hollande une suprématie bien justifiée, puisque ses amirautés contribuaient à l'équipement et à l'armement de la flotte pour cinq sixièmes, dont un tiers était supporté par la seule ville d'Amsterdam. En temps de paix, l'amirauté de Frise était réduite à un seul vaisseau, et celle de Zélande n'en comptait que dix-huit, tandis que les amirautés de Hollande mettaient en mer cent six vaisseaux, sur lesquels la Hollande du Nord devait en équiper seize; Rotterdam, vingt; et Amsterdam, soixante-dix, dont le moindre était armé de cinquante pièces de canon.
Les amirautés entretenaient chacune leur escadre; elles en payaient la dépense avec le produit des droits d'entrée et de sortie des navires marchands % et avec les subsides extraordinaires des Etats généraux. Elles nommaient les lieutenants de leurs vaisseaux dont elles présentaient les capitaines au choix des Etats généraux, et exerçaient, chacune dans son ressort, la juridiction maritime. Quant aux lieutenants-amiraux, vice-amiraux et contre-amiraux de chaque escadre, ils étaient nommés par les Etats des provinces dont les amirautés dépendaient. Les Etats généraux ne pouvaient disposer que du commandement général de la flotte, pour lequel les États de Hollande avaient même le droit de proposition. Toutefois il leur appartenait de fixer l'augmentation ou la diminution, ainsi que l'emploi des forces navales de la république, qui avait
rins : la Hollande payait 58 florins; la Frise, 11; la Zélande, 9; la Gueldre, 5; Utreclil, 5; Groningue, 5; Overyssel, 3; les pays de la Généralité, 1 florin. Celte répartition était indiquée dans le carnet de Jean de Witt conservé aux Archives (v. chap. ir, p. 132), et elle est reproduite à peu près idcnliquement dans AïTZEivrA, f. III, p. 434.
* Ces trois dernières amirautés étaient représentées par les collèges de Hooni , de Middlebourg et de Haarlingen.
2 Le produit des convois et des licences rapportait à Amsterdam , en 1660 et en 1668, 2 millions de florins.
à son service, en temps de paix, cent quinze vaisseaux armés.
Au lendemain de la Grande Assemblée de 1651, les États des provinces, affranchis à peu près de toute dépendance vis-à-vis des États généraux et du conseil d'Etat, soustraits pour la plupart, sauf la Frise et Groningue, à Fautorilé dominante du stathoudérat, n'ayant même plus au-dessus d'eux un chef d'armée, devenaient ainsi les maîtres du gouvernement provincial. Leur pouvoir , administratif, financier et militaire, se complétait par le pouvoir judiciaire : la nomination des juges leur appartenait , et la justice, à défaut de stathouder, se rendait en leur nom, sans aucune intervention des États généraux. Si quelques provinces, comme la Hollande et la Zélande, avaient des tribunaux communs, aucune ne relevait d'une cour fédérale. Il n'y avait pas jusqu'aux contestations à régler entre les provinces qui ne fussent soustraites à l'autorité des États généraux. D'après la décision de la Grande Assemblée de 1651, c'était par voie d'arbitrage à peu près volontaire que ces différends devaient être conciliés; et avant qu'elle se séparât, toutes les précautions avaient été prises * pour protéger, en cas de dissentiment même entre une seule province et toutes les autres, les droits de la minorité contre les volontés de la majorité.
Livrées ainsi à elles-mêmes , mais incapables de se suffire isolément , et ne pouvant plus invoquer le pouvoir des États généraux comme une sauvegarde contre la domination de la Hollande, les différentes provinces devaient dès lors tomber dans sa dépendance : c'était à son ascendant qu'elles allaient céder, malgré la résistance de la Zélande qui pouvait seule tenter, mais vainement, d'être sa rivale. Ainsi qu'écrivait, quelques années plus tard^, le pensionnaire de Zélande, Huybert, « nos ancêtres ont eu raison de prévoir et de craindre, lorsqu'ils étaient encore assez heureux pour avoir un chef dans l'État, qu'à son défaut, cette province ne voulût tout attirer à elle et exercer la supériorité sur les confédérés, puisque c'est là désormais un fait presque entièrement accompli w .
N'ayant plus le contre-poids du stathoudérat, la Hollande absor-
1 Résol., 19 août 1851.
^ Déduction des Etats de Hollande en faveur de Buat, 20 février 1666.