CHAPITRE PREMIER
çaient dans la province. Us administraient les finances', jufjeaient les questions d'impôts, dirigeaient les affaires militaires et pouvaient disposer des charges d'officiers au-dessous de celles de capitaine. Ils étaient chargés de convoquer les Etats de Hollande, toutes les fois que leur assemblée devait être réunie en dehors des sessions ordinaires, préparaient leurs résolutions et en assuraient l'exécution. Assistant en corps à leurs séances, ils siégeaient également dans l'assemblée des Elats généraux : deux conseillers députés devaient toujours y être de service avec quelques-uns des membres des Etats de Hollande.
Les différents collèges de la province dépendaient des Etats, par la nomination de leurs membres. C'étaient : les trois collèges des amirautés^; les six collèges des comtes ou juges des digues [dyckgraaj)y assistés de leurs conseillers (Heemraden) et chargés de la surveillance des eaux, chaussées, ponts et chemins de leur circonscription, ainsi que dé la perception des taxes destinées à les entretenir; le collège des curateurs de Tuniversité de Leyde ; les chambres des comptes et des domaines ; les deux cours de justice, la cour provinciale et le Grand Conseil, qui exerçaient leur juridiction sur la Hollande et la Zélande : la cour provinciale ou de justice proprement dite jugeait souverainement les procès criminels, et en première instance les procès civils ; le Grand Conseil jugeait en appel les procès civils et remplissait en même temps les attributions de cour de cassation. L'autorité des Etats reconnus comme souverains par tous ces collèges ne s'arrêtait qu'au seuil des conseils des villes, dont ils dépendaient eux-mêmes par le choix des députés. Toutefois, pour affermir leur suprématie, ils avaient résolu que désormais les magistrats et régents des villes de la province leur prêteraient serment de fidélité '.
La domination que les Etats de Hollande se proposaient égale-
^ L'administration des finances de la Hollande septentrionale était confiée à un collège particulier qui s'assemblait à Hoorn et s'adjoignait, une fois par an, au collège des conseillers députés siégeant à la Haye, (iîésol. HoU., 17 mars 1655.) Le contingent de la Hollande du Nord dans les dépenses communes de la confédération n'était que de 10 et demi pour 100, d'après l'indication portée au carnet de Jean de Witt, et représentait dès lors environ 18 pour 100 dans le contingent de la Hollande, qui était de 58 pour 100.
2 Ceux de la Meuse, d'Amsterdam et de Nord-Hollande.
^ Résol. Holl., 10 décembre 1651, prise sur le rapport de Jean de Witt.
ment (Vexercer sur les autres provinces leur était d'autant plus facile à faire accepter, que tout le gouvernement de la confédération s'était en quelque sorte groupé autour de leur assemblée. En fixant leur séjour à la Haye \ les Etats généraux en avaient fait la métropole des Provinces-Unies. Ancien rendez-vdus de chasse des comtes de Hollande, cette ville semblait destinée à devenir une capitale par les traditions de bien-être et de bon goût qui s'y étaient acclimatées, par la beauté que lui donnent ses canaux, ses larges avenues, ses pelouses verdoyantes, son bois séculaire et le voisinage de la mer; qui fait de Sclieveninguc la promenade de ses habitants. Considérée comme ville fédérale, elle n'était pas représentée dans les Etats et dépendait directement de leur autorité. Ses commissaires opinaient debout et la tête découverte dans leur assemblée, quand ils y étaient appelés ', et elle n'exerçait aucune des attributions de la souveraineté. « Ouverte de tous côtés, n'ayant ni portes barricadées, ni ponts baissés, ni chaînes tendues pour empêcher les gens d'y entrer et d'en sortir à quelque heure que ce fut ^ 5) , la Haye semblait faite pour être la résidence d'un gouvernement pacifique et libre, fondé sur la confiance publique.
Le vieux palais ou cour des comtes de Hollande, demeure héréditaire des princes d'Orange, qui servait de salle de séances aux Etats de la province et dans lequel siégeaient les cours de justice, était en outre le lieu de réunion des Etats généraux et du conseil d'Etat. Les Etats de Hollande étaient ainsi les gardiens et les hôtes du pouvoir fédéral. Ce palais carré renfermait entre ses ailes une vaste cour intérieure (\e Binnenhof)^ longue d'environ cinquante pas, dans laquelle s'élevait une halle couverte où s'étaient tenues les grandes assemblées de la confédération. Construit à la fin du seizième siècle avec le caractère sévère de l'architecture du temps, bâti en briques, resté intact jusqu'à nos jours, il fait revivre l'ancienne majesté des traditions de la république, conserve les illustres et tragiques souvenirs des siècles disparus, et semble être habité par l'histoire. L'une de ses ailes, celle du midi, plonge en quelque sorte dans le grand bassin ou vivier qui, avec son ilôt verdoyant autour duquel s'ébattent des cygnes, étend une nappe d'eau
1 Résol. États généraux 1581.
2 Résol. HoU., 10 décembre 1653.
3 Mémoires de Hollande, p. 23.