CHAPITRE PREMIER
dormante jusqu'au pied de ses murs, et fait face à une promenade ombragée de grands arbres (le Vijverherg) qui en côtoie le bord et lui sert de quai. C'est dans cette partie de l'édifice que les Etats généraux et les Etats de Hollande se trouvaient rapprochés, dans des salles presque contiguës. Les Etats généraux siégeaient dans la salle appelée aujourd'hui Salle de la Trêve. La salle que les Etats de Hollande occupèrent quelques années plus tard *, et qui est réservée aujourd'hui à la première Chambre du royaume des Pays- Bas, contribuait, par ses riches décors, au prestige de leur pouvoir ^.
Située au premier étage % surmontée d'un dôme, elle était éclairée par cinq fenêtres ayant vue sur le vivier, et tendue d'une tapisserie représentant les habitants des différentes nations. Aux deux extrémités, s'élevait une cheminée de marbre enrichie de sculptures et de peintures. Au milieu, se trouvait un parquet ou espace réservé qui était entouré d'une balustrade. Dans l'enceinte du parquet, siégeaient les nobles et les députés des dix-huit villes votantes. Au centre, les nobles occupaient la première table. Au bout de cette table, en face de la cheminée de Touest, se trouvait la chaise du Grand Pensionnaire. Derrière cette chaise, les conseillers députés avaient leurs bancs. A la suite, une seconde table appartenait aux députés de Dordrecht, d'Haarlem, de Delft, de Leyde et de la Brille. En face , siégeaient les députés de la Hollande du Nord. Au-dessus des bancs des conseillers députés, trois autres tables étaient disposées en gradins : la première , pour les députés d'Amsterdam; la seconde, pour ceux de Gouda et de Rotterdam; la plus élevée, pour les députés de Gorcum, de Schiedam et de Schoonhoven. Chaque table avait une planchette en saillie pour le pensionnaire de la ville qui siégeait en face des députés auxquels il était adjoint. En dehors du parquet, des deux côtés de la cheminée de l'ouest, les secrétaires de chaque ville avaient leur siège. Un escalier faisait communiquer cette salle avec celle des conseillers députés qui siégeaient au rez-de-chaussée , à portée du cabinet du Grand Pensionnaire.
C'était dans cette enceinte que la liberté politique des temps modernes allait prendre un hardi et glorieux essor. Voici l'Angle-
2 V. Grovestins, t. II, p. 369.
3 WlCQUEFORT, t. II, p. 658.
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terre jouissant déjà de ses parlemenls, mais ayant passé des essais du pouvoir absolu dont Charles P' porta si cruellement la peine, à la rude et sombre domination que la main énergique de Cromwell imposa pendant dix ans à la nation anglaise. Voici la France, éblouie par la fortune naissante de Louis XIV, dégoûtée des intrigues et fatiguée des troubles de la Fronde, disposée à ne rechercher que Téclat de la victoire ou du génie et à se laisser gouverner, par lassitude de se gouverner elle-même.
En face de ces deux pays, Fun glissant sur la pente d'une révolution peu favorable à sa liberté, Fautre s'accoutumant à la sujétion par amour de la gloire, quel contraste que ces assemblées délibérantes et souveraines des Etats généraux et des États de Hollande! Elles rappellent, avec l'esclavage en moins et le christianisme en plus, les meilleurs souvenirs des républiques anciennes. Elles ne font du gouvernement ni le privilège d'un seul, ni le droit de la multitude; elles le mettent en commun entre les mains de tous ceux qui paraissent le plus capables de l'exercer et qui ont commencé par en faire l'apprentissage dans les conseils de leurs villes natales. Le pouvoir appartient ainsi à des bourgeois consacrant presque gratuitement leur temps et leur peine aux affaires publiques; réalisant le programme du gouvernement à bon marché; tenant de leur propre choix les magistratures qu'ils exercent, sans dépendre de l'élection populaire; soumis au contrôle d'une presse libre, sans licence , qui sert à la protection de tous les intérêts et donne une sauvegarde contre toutes les injustices. S'ils ont des privilèges politiques, ils les justifient par la bonne administration des villes et des provinces, la gestion intègre des finances, l'emploi économe de la fortune publique; ils sont les ennemis de toute guerre inutile, mais se montrent en même temps jaloux de la grandeur de leur pays; héros au besoin, sans orgueil et sans emphase, honnêtes serviteurs d'un gouvernement fondé sur le respect de la dignité humaine, et poursuivant, sans crainte des écueils, l'entreprise glorieuse d'élever et de maintenir une république au rang des plus grands royaumes.