CHAPITRE Tl
LA JEUNESSE iVuRi GRAND HOMME.
Un grand ministre nécessaire à la Hollande. — Naissance de Jean de Witt et de son frère Corneille. — Leur fannille. — Leur éducation. — Leur conduite pendant la captivité de leur père. — Entrée de Jean de Witt dans la vie publique. — Il est nommé pensionnaire de Dordrecht. — Il est envoyé à la Grande Assemblée de 1651. — Son rapport sur le coup d'Etat. — Ses députations en Zélande. — Sa nomination provisoire comme Grand Pensionnaire. — Sa nomination définitive. — Sa correspondance privée. — Ses relations de famille et de société. — Son mariage avec Wendela Bicker. — Ses amis politiques, Nieupoort, Van Beuningen, Beuerningh. — Attributions de sa charge. — Son caractère. — Son portrait.
Appelée par la vacance du statlioudérat à gouverner les Provinces-Unies, sans aucun pouvoir légal pour se faire obéir, la Hollande avait besoin d'un homme d'Etat qui pût lui assurer cette suprématie politique, et qui sût l'exercer à son profit. La nomination de Jean de Witt comme Grand Pensionnaire mit à son service l'un des plus jeunes députés de son assemblée; elle en fît son premier ministre, et par la supériorité du talent, aussi bien que par celle du caractère, il la rendit maîtresse de la confédération. Son autorité prépondérante lui permit de réunir dans un faisceau compacte toutes les forces de l'oligarchie hollandaise pour en faire un grand parti de gouvernement, et elle lui réserva, en quelque sorte, une véritable présidence de république. Les origines et les traditions de famille de Jean de Witt l'avaient préparé à entrer en scène pour y remplir le grand rôle dont, pendant vingt ans, il allait être chargé. Ses premiers débuts lui tracèrent la voie dans laquelle il devait s'engager; ils expliquent sa vie tout entière. Elle fut celle d'un grand homme de bien qui sert une grande cause avec laquelle il confond son sort, et elle fait resplendir dans tout leur éclat les vertus publiques et privées qui font honneur à la nature humaine.
Jean de Witt, né à Dordrecht le 24 septembre 1625, entre une I. 6
heure et deux heures de l'après-midi \ était le plus jeune des quatre enfants de Jacob de Witt et d'Anna Van de Corput. Son frère aîné Corneille ", qui partagea toutes les vicissitudes de sa destinée, était plus âgé que lui de deux ans, et « quoique parvenu à une stature au-dessus de la commune, il était né si faible et si délicat qu'il avait dû la vie à la chaleur extraordinaire du jour de sa naissance ' » .
Jean et Corneille de Witt avaient deux sœurs, leurs aînées. La plus âgée, Johanna ou Jeanne*, fut mariée à Jacob Beveren, seigneur de Zuyndrecht, qui appartenait à l'une des premières familles de Dordrecht^ La plus jeune, Maria '^j épousa Diederick ou Théodore Hœuff't\ dont l'oncle, Jean Hœufft^ s'était établi en France pour y défricher des marais dans les environs de la Rochelle, et qui recueillit lui-même par héritage, d'un de ses frères, la seigneurie française de Fontaine-Pereuse ®, dont il avait pris le titre '".
La famille paternelle de Jean de Witt, qui avait toujours vécu à Dordrecht, comptaitavantlui onze générations connues. Elleremonlaitaux dernières années du treizième siècle et avait changé à deux reprises l'orthographe de son nom primitif, en s'appelant successi-
' WicQUEFORT, Histoire des Provinces-Unies , \. W^ p. 537. Le registre de l'acte de baptême de Jean de Witt n'a pas été retrouvé à Dordrecht. Le témoi- <{iiage si précis de Wicquefort, contemporain de Jean de Witt, avec lequel il entretenait les relations les plus suivies, ne peut toutefois laisser aucun doute sur le lieu de sa naissance.
s i\é le 10 juillet 1623.
* Wicquefort, t. IV, p. 537.
* Née en 1617, morte en 1692.
5 Les principaux membres de sa famille étaient : son frère, Abraham Beveren de Barendrecht, plus tard l'un des commissaires de l'éducation du prince d'Orange, son cousin. Corneille de Beveren, qui s'était fait recevoir docteur en droit à Orléans, et qui devint maître des comptes de la Hollande. Beveren de Zwyndrecht portait dans son blason deux sangliers, d'après l'étymologie hollandaise de son nom.
6 Née en 1620, mariée en 1641, morte en 1681.
"^ La famille Hœufft, originaire de Gueldre, s'est perpétuée jusqu'à nos jours, et est représentée par M. Hœufft Van Velsen, chambellan du roi des Pays-Bas.
^ Jean Hœufft, naturalisé Français en 1601, avait acheté une charge de secrétaire et conseiller du Roi, et avait acquis d'importantes propriétés en bas Poitou, dans le voisinage d'une digue qui porte encore le nom de Ceinture des Hollandais. Voir Généalogie de la famille des Villates , publiée à Haarlem, 1881, et Biographies de la Charente-Inférieure, par M. de Richhmond.
9 Fontaine-Pereuse signifie par étymologie Fontaine des poiriers. Voir sur la provenance de cette seigneurie dans la famille Hœufft, Délibérations de V association du dessèchement des marais d'Arles, p. 40. Arles, 1827.
>" VoxTAlmanach Holland , 1850, p. 91. Lettres de Jean de Witt à Diederick Hœufft publiées par M. Lotsij , ancien ministre de la marine, descendant de Hœufft par la ligne materDellc.