CHAPITRE II
dont VOUS pouvez èlre sûrs. Je serai toujours votre père affectionné, w
Quatorze jours après Tarreslation de leur père, les deux fils de Jacob de Witt éf aient autorisés par une lettre du prince d'Orange au commandant de Loevestein, à être admis auprès de lui. « Vous leur permettrez 15 , écrivait-il, «de parler pendant deux ou trois heures à leur père, les soldats ne demeurant qu'à la porte de la chambre, mais sans que ces jeunes gens voient aucun autre des prisonniers \ i) Six jours plus tard ', Jacob de Witt était remis en liberté, après un emprisonnement de deux semaines.
La soumission des conseils des villes, qui s'étaient résignés à recevoir la démission des députés emprisonnés, avait satisfait le prince d'Orange. Les régents de Dordrecht, après avoir opposé une inflexible résistance, avaient fini eux-mêmes par céder, Jacob de Witt leur ayant fait savoir a qu'il résignait ses charges municipales, sans préjudice pour Thonneur et la réputation de sa famille, parce qu'il ne pouvait se conformer à la présente conjoncture des affaires ' » . Ses deux fils, si intéressés qu'ils fussent à son élargissement, n'en étaient pas moins résolus à ne faire, pour l'obtenir, aucun acte de soumission : ils tenaient l'honneur de leur père à plus haut prix encore que sa délivrance. Un contemporain * raconte tt qu'exhortés à adresser une demande au prince d'Orange pour que la liberté fût rendue au prisonnier, ils s'y refusèrent, déclarant qu'ils ne voulaient pas, en intercédant pour leur père, paraître faire de lui un coupable )) . Ce n'est point là un récit hasardé; une lettre de Jean de Witt à son frère sert à le confirmer ' : c'est avec les plus pressantes instances qu'il lui recommande de faire remettre à son père l'ordre d'élargissement, soit par le secrétaire de la ville de Dordrecht, Berck ®, soit par tout autre délégué du conseil communal, ce afin de témoigner » , écrit-il, a que c'est la ville
ï L. du prince d'Orange au colonel Meteren, 12 août 1656.
2 18 août 1650.
* L. Looten à de Witt, 23 novembre 1650. Looten était son oncle, ayant épousé en secondes noces une sœur de sa mère. Voir p. 84, note 5.
^ AiTZEMA, Saken van Staat, t. III, p. 450.
s L. Jean de Witt à Corneille de Witt, 17 août 1650 : Archives du royaume.
^ C'est par erreur sans doute que Berck est désigné comme pensionnaire. Le pensionnaire était Ruysch. Berck était le secrétaire : il était fds du second mariage de la grand'mère maternelle de Jean de Witt, Marie Buysen.
de Dordrecht seule qui a traité avec le prince ». — ce II importe » , ajoute-t-il, « de ne pas laisser croire que nous ayons pris nousmêmes aucune part aux négociations, ce qui doit être évité à tout prix pour la conservation de la réputation de notre seigneur et père, et même pour la réputation du pays. » Aussi se rend-il en hâte à Dordrecht, afin d'empêcher que le yacht destiné à ramener son père ne lui soit envoyé avant l'arrivée du messager qui devait apporter Tordre de le mettre en liberté, ce Je ne peux considérer Faffaire comme si pressée » , écrit-il, « que Ton doive s'exposer à faire naître des bruits scandaleux pour gagner un peu de temps ^ » Jean de Witt dominait ainsi, par l'inflexible fidélité à ses opinions politiques, l'impatience de son attachement filial, de même qu'une fois chargé de la première magistrature de la république, il devait subordonner tous ses sentiments et tous ses intérêts au service de sa cause et de son pays.
La disgrâce de Jacob de Witt, tempérée par les témoignages les plus flatteurs que lui donnèrent les régents de Dordrecht, ne fut d'ailleurs qu'une épreuve passagère. Deux mois et demi après son éloignement du conseil de la ville, la mort inattendue de Guillaume II ^ lui rouvrait avec éclat l'accès des honneurs : elle allait en même temps assurer à son fils, par un brusque retour de fortune, le dédommagement de la persécution dont il avait souffert. La lettre * dans laquelle Jean de Witt rend compte de cet événement qui allait décider de sa destinée est curieuse à connaître ; elle était adressée à son oncle Corneille Van Sypesteyn et était ainsi conçue : ce Hier au soir, entre huit heures et huit heures et demie, S. A. le prince d'Orange est mort; que Dieu ait son âme! Sa maladie semblait faire croire que tout danger était passé. Le pasteur Stermont a été appelé auprès de lui. Quelques-uns prétendent qu'il n'avait plus sa connaissance; d'autres disent qu'il a montré beaucoup de résignation, et que le pasteur lui ayant récité les prières, en lui demandant s'il les comprenait et s'il y avait confiance. Son Altesse a répondu distinctement : Oui^ et a expiré peu
> L. Jean de Witt à C. de Witt, 17 août 1650.
'^ 6 novembre 1650.
^ L. de Witt à Van Sypesteyn, 7 novembre 1650 : Collection Hoog, acquise par les Archives du Royaume. — Voir récit des derniers moments du prince par le pasteur Stermont : Aitzema, t. III, p. 457.