‹ Jean De WittChapitre 46 sur 264 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

après. V De Witt termine en priant Dieu « qu'un événement aussi imprévu puisse contribuer au bien public 55. Il se montra empressé à le faire servir aux intérêts de son père. Aucun délai ne lui semblait désormais devoir être mis à la réintégration de Jacob de Witt dans ses charges municipales. « Un ajournement î) , lui écrivait-il ', ce ferait tort à la réputation de Votre Seigneurie, parce que s'il en était ainsi, le conseil semblerait approuver ce qui s'est passé, tandis qu'il n'y a plus maintenant aucune raison de violence qui puisse l'obliger à vous priver de l'exercice de vos fonctions. " A la fin du mois, il se réjouissait d'apprendre à l'un de ses parents que (t dans la première semaine qui avait suivi la mort du stathouder, son père était rentré dans l'assemblée des Etats de Hollande, pour y reprendre le siège qui lui appartenait ^ 55 .

Il ne pouvait manquer de mettre à profit pour lui-même cette éclatante réparation de la disgrâce paternelle. La mort du prince d'Orange faisait tomber Tobstacle qui lui aurait fermé pendant sa jeunesse le seuil de la vie publique. Il ne tarda pas à le franchir. La nomination du pensionnaire de Dordrecht, Nicolas Ruysch, à l'emploi de greffier des Etats généraux, laissait vacante une charge qui pouvait tenter son ambition. C'étaient les deux bourgmestres de la ville qui en disposaient, et ses qualités personnelles, aussi bien que ses relations de famille, la lui firent confier ^ Il remplissait les conditions exigées par le conseil de Dordrecht, qui demandait à ses pensionnaires la connaissance des deux langues française et latine, et le grade de docteur en droit.

La magistrature dont il était investi donnait à celui qui l'exerçait le titre de pensionnaire, parce qu'elle était rémunérée par une rétribution ou pension annuelle. Elle exigeait des connaissances sérieuses et variées, ainsi qu'une parole exercée^. En efî'et, les pensionnaires des villes de Hollande en étaient deienus les principaux représentants. Ils n'avaient d'abord rempli d'autre emploi que celui de jurisconsultes, soit pour être chargés, comme avocats, des procès concernant les affaires communales, soit pour éclairer,

* L. Jean de Witt à son père Jacob de Witt , 9 novembre 1650 : Archives d» royaume. Elle est reproduite par M. Geddes, p. 139.

^ L. J. de Witt à son neveu Hoogeveen, 29 novembre 1650.

3 21 décembre 1650.

^ MoENS, p. 67 : Thèse De munere pensionariorum civitatum. Leyde, 1789.

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par leurs avis, les êclieiins, juges électifs de la cité, choisis par ses régents et souvent étrangers à Tétude des lois. Ils avaient obtenu peu à peu Tentrée aux séances du conseil ainsi qu'aux réunions de bourgmesires, et y donnaient leur opinion dans toutes les questions qui touchaient, soit au droit municipal, soit à la constitution du pays. Ils avaient ajouté à leurs attributions primitives des prérogatives beaucoup plus étendues, celles du pouvoir politique, en acquérant le droit d'accompagner aux Etats de Hollande les députés du conseil de la ville. Chargés presque toujours de parler en leur nom, ils pouvaient d'autant plus facilement s'assurer dans les délibérations une autorité prépondérante, qu'ils siégeaient dans l'assemblée de la province à titre permanent, pendant toute la durée d'une magistrature conférée à vie, tandis que les autres députés envoyés par les régents des villes se renouvelaient fréquemment. Dans un gouvernement de libre discussion, où la parole était l'instrument du pouvoir, ils étaient naturellement désignés à la confiance des Etats. Le pensionnaire de Dordrecht, à raison du premier rang de séance qui appartenait à cette ville, avait même le privilège de remplacer le Grand Pensionnaire de Hollande.

Ce n'était donc pas un poste subalterne que Jean de Witt allait occuper; il débutait dans la vie publique par des fonctions qui le rapprochaient du premier rang où il allait bientôt s'élever. Dès ses premières années de jeunesse, il trouvait largement ouverte devant lui sa carrière d'homme d'Etat, qui devait être si glorieusement remplie et si tragiquement terminée.

Les événements qui venaient en aide à sa rapide fortune rengageaient dans la voie politique qu'il devait suivre jusqu'à sa mort. La disgrâce de son père avait laissé une forte empreinte dans sa mémoire, et Jacob de Witt s'était plu à la rendre ineffaçable. S'il faut ajouter foi à un témoignage un peu suspect ', il abordait souvent ses fils en leur disant : « Souvenez-vous de la prison de Loevestein. « Toutefois Jean de Witt avait Tàme trop grande et l'esprit trop large, pour se laisser diriger dans sa conduite par les ressentiments privés. C'étaient les intérêts de la Hollande qu'il entendait servir, en s'opposant à la continuation des pouvoirs de stathouder, dont Guillaume II avait fait un usage menaçant pour l'indépendance

^ Mémoires de Giiiche, t. I, Introduction, p. 50.

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