CHAPITRE II. îOi
de la proi'ince, et dont le parti orangiste lui semblait devoir inévitablement abuser, pendant la minorité de son lîls.
L'autorité qui lui appartenait en sa qualité de pensionnaire de Dordrecht et le souvenir tout récent de la persécution de son père assuraient son crédit dans la Grande Assemblée qui venait de fonder le nouveau gouvernement de la confédération. Il joua un rôle actif dans ses délibérations et ne tarda pas à faire apprécier, dans la mission qui lui fut confiée, le talent de persuasion dont il élait doué et qui allait bientôt lui servir à gouverner la république.
Délégué, avec trois autres députés des Etats de Hollande \ auprès des Etats de Zélande, il porta la parole en leur nom ^, dans rassemblée de cette province, pour la dissuader de nommer le fils de Guillaume II capitaine et amiral général. Le mémoire dont il lui donna connaissance représentait l'inutilité d'un pouvoir qu'un enfant ne pourrait exercer, et repoussait comme dangereux un engagement prématuré qui dispenserait le jeune prince de se rendre plus tard digne de la confiance publique. Mais en même temps, pour donner satisfaction à la Zélande, de Witt était cliargé dej lui promettre que la Hollande ne procéderait pas sans accord préalable à la nomination d'un capitaine et amiral général. Cette assurance, qui garantissait le jeune prince contre la compétition de tout autre candidat au commandement militaire, rétablit heureusement l'accord.
Jean de Witt acquit bientôt de nouveaux titres aux sympathies du parti dont il allait prendre la direction. Quand le grand pensionnaire Cats eut donné connaissance aux députés de Hollande du mémoire dans lequel Guillaume II avait prétendu justifier son coup d'Etat^, il fut chargé d'en rendre compte : il proposa de répondre à cette apologie, non-seulement par les déclarations les plus énergiques , mais encore par les réclamations les plus pressantes adressées aux Etats généraux pour supprimer les résolutions dans lesquelles l'assemblée fédérale s'était prononcée en faveur de l'entreprise du dernier stathouder \ Les États de Hollande , atténuant par prudence les conclusions du rapport, aimèrent mieux attendre des
1 Wassenaar d'Obdam, Nieiipoort et Riccen.
2 25 avril 1651. Aitzema, Sakeu van Staat, t. IIÏ, p. 560.
3 Voir cil. ler, p. 29.
* Résol. Holl., 29 juin 1651.
Etats généraux une satisfaction qui bientôt leur fut spontanément offerte : ils se contentèrent de publier la réfutation du mémoire du stalhouder et de donner une solennelle approbation à la conduite des députés que Guillaume II avait exclus de leurs charges '. Jean de Witt avait eu Theureuse fortune d'obtenir ainsi justice de Toutrage fait à son père en même temps qu'aux États de sa province, et de satisfaire les griefs à la fois domestiques et publics qui lui faisaient considérer le changement de gouvernement comme une revanche gagnée.
Toutefois sa fermeté n'excluait pas la modération. Il en donna la preuve par la part qu'il prit au vote de l'amnistie accordée aux complices du coup d'État du dernier stathouder^. L'un de ses correspondants en Zélande, Justus de Huybert % membre de la régence de Middlebourg, le félicitait* « d'avoir contribué, ainsi que son père, avec tant de sagesse, de prudence et de décision, à l'heureux ouvrage du rétablissement de la concorde dans la république ^ . Sa prévoyance politique se manifesta également par la part qu'il prit aux résolutions destinées à affermir le pouvoir des États de Hollande : c'est sur son rapport^ que les régents et magistrats furent tenus de leur prêter serment, et en contribuant ainsi à faire reconnaître leur autorité souveraine, il se trouva bientôt en mesure de l'exercer lui-même en leur nom.
Un an après sa nomination comme pensionnaire de Dordrecht, l'accès à la charge de premier ministre de sa province lui était ouvert, et le pouvoir venait en quelque sorte à sa rencontre. Le jour où la Grande Assemblée s'était séparée, le Pensionnaire de Hollande, Jacob Cats, âgé de soixante-treize ans, plus célèbre comme poète que comme homme d'État, avait donné sa démission. Il s'était mis à genoux, en pleine séance ^, pour remercier Dieu qui lui permettait de déposer paisiblement sa charge, et s'était retiré dans son petit domaine des dunes de la Haye, pour y achever
• Jiésol. Holl., 29 juin 1651.
^ M,, 19 août 1651.
^ Justus de Huybert était le secrétaire des États de Zélande.
^ L. Justus de Huybert à Jean de Witt, 3 août, 2 septembre 1651 : Archives du royaume.
^ Hollandsch Mercurius, septembre 1651. Résolution Hollande, 27 septembre 1651.