CHAPITRE II
instamment de s'employer à la réconciliation des deux provinces et modéra leur impatience, en prolongeant pendant six semaines les conférences dont il fit le rapport V Pour le rendre plus concluant, les États de Hollande y ajoutèrent un manifeste dont il fut également chargé, et qui fut approuvé à l'unanimité*. Ils y rappelaient les résolutions prises par les provinces , dans la Grande Assemblée de 1651, pour laisser vacante la charge de capitaine général et n'en disposer qu'en cas de nécessité; ils exposaient qu'aucune raison ne leur semblait en exiger le rétablissement, puisqu'il n'y avait pas d'armée en campagne, et déclaraient que le pouvoir militaire ne pouvait, sans le plus grand préjudice, être donné à un enfant. Ils se prononçaient en même temps contre la nomination qui aurait fait du comte de Nassau le lieutenant du fils de Guillaume II, en invoquant habilement les nouvelles jalousies qui pourraient en résulter entre les deux branches de la maison d'Orange: toutefois ils ne firent aucune allusion à leurs griefs contre le coup d'État du dernier stathouder, afin d'éviter ainsi de se montrer irréconciliables ^ Cette politique de résistance sans provocation leur réussit, ce J'espère 55, écrit de IVitt *, « que l'affaire du capitaine général n'interrompra plus les délibérations des États de Hollande, le zèle de ses défenseurs se refroidissant beaucoup, et leurs espérances de succès paraissant détruites par l'unanimité avec laquelle cette assemblée s'est opposée à tout changement de gouvernement. »
En déjouant ainsi les entreprises de la Zélande, qui seule pouvait donner le signal d'une restauration orangiste, de Witt s'était assuré la reconnaissance de sa province , qui trouvait en lui le plus énergique défenseur du nouveau gouvernement. Les périls qu'il avait bravés mettaient en relief l'intrépidité de son caractère; les difficultés qu'il venait de surmonter, pendant le cours des conférences heureusement terminées, ne faisaient pas moins apprécier ses mérites de négociateur. La part qu'il prit à la direction des affaires
^ Résol. Etats Hollande, 19 novembre 1652.
2 Résol Etals Hollande, 14 décembre 1652. C'est par erreur que dans la lettre de Jean de Witt à Van Beuningen du 16 décembre 1652, cette résolution est indiquée à la date du 4 décembre 1652.
^ WlCQUEFORT, t. II, p. 194-196.
'^ L. de Witt à Van Beuningen, 16 décembre 1652.
étrangères, dans les comités chargés des négociations avec l'Angleterre ' et avec les autres puissances ', compléta les gages si précoces qu'il donnait de son expérience politique. Le surnom de Sagesse de la Hollande lui était déjà donné, quand, à vingt-huit ans, moins d'un an après sa mission en Zélande, il fut choisi par les Etats de Hollande pour être leur premier ministre.
Le Grand Pensionnaire de la province, Adrien Pauwd'Heemstede, âgé de soixante-huit ans, venait de mourir après dix-huit mois d'un court ministère ^ Les Etats de Hollande n'étaient pas réunis, quand sa maladie l'obligea une fois de plus à se décharger de ses fonctions sur son auxiliaire habituel. Les conseillers députés, espérant peut-être son rétablissement, retardèrent pendant quelques jours la convocation de l'assemblée \ Mais dans l'après-midi du jour où les Etats reprirent leurs séances, ils reçurent la nouvelle de son décès, et le lendemain, ils ajournèrent toute délibération jusqu'à ses funérailles ^ Le choix de Jean de Witt était tellement indiqué, par sa situation privilégiée comme pensionnaire de Dordrecht^ et par l'autorité personnelle qu'il exerçait dansl'assemblée, que les conseillers députés attendirent pour rappeler les Etats, qu'il fût libre de venir, suivant Fusage, diriger leurs débats. Leur vote unanime le désigna aussitôt • pour exercer les pouvoirs que la mort du Grand Pensionnaire laissait vacants, et pour remplir sa charge, jusqu'à ce qu'un successeur lui eût été définitivement donné.
Les encouragements paternels ne lui firent pas défaut. Jacob de Witt, qui n'était pas encore revenu d'une mission diplomatique qu'il remplissait à Lubeck, lui écrivait : « Dans le cas où l'on jetterait les yeux sur vous, il serait mieux, à mon jugement, de ne pas vous en défendre trop sérieusement, mais de faire seulement des réserves par modestie et de laisser conduire l'atTaire de la meilleure manière par les Messieurs de Dordrecht ^ 5)
^ Résol. États Hollande, 25 janvier 1652. L. de Witt à l'un des ambassadeurs en Angleterre, janvier 1652 : Arch. du royaume. La Haye.
2 L. de Witt à Van Beuningeu, 14 septembre 1652.
3 21 février 1653.
■* Les Etats devaient reprendre leur session le 18 février, et ils ne se réunirent que le 21. Gedds, p. 285, Notes.
5 Résol. Hollande, 21 février 1653.
"' Résol. Hollande, le^ mars 1653.
^ L. man., Jacob de Witt à Jean de Witt, 11 mars 1653.