CHAPITRE II
lui demandant de continuer sa bienveillance à une maison qui , lui écrivait-elle, « ne s'appelail; pas Orange, mais Nassau ' )) . Elle prenait ainsi grand soin de se mettre à l'écart de la famille exclue du pouvoir et faisait l'appel le plus pressant au bon vouloir du Grand Pensionnaire, lui rappelant en même temps le payement de la pension qui, depuis cinq ans, était due à sa belle-sœur. Elle lui déclarait qu'en ne faisant pas tenir compte de cette requête , il perdrait la bonne opinion qu'elle avait de lui, et lui promettait de lui manifester sa reconnaissance par un ouvrage de ses mains, espérant qu'il le garderait comme un souvenir^. Un mois après % elle lui en faisait l'envoi, en y joignant un billet en vers français qu'elle terminait ainsi :
Et ne sera jamais dit Que je me dédie Tant que j'aurai de vie.
Votre très-fidèle amie.
De Witfc, qui pour se conformer rigoureusement à ses instructions refusait tous les présents, quels qu'ils fussent, ne crut pas pouvoir garder un don auquel il attachait cependant un grand prix. 'c Si je vous avais dérobé ce qu'il a plu à votre bonté et générosité de m'envoyer «, écrit-il à la princesse^, u je n'en trouverais pas ma conscience chargée; je le garderais toute ma vie, comme l'ayant d'une personne dont je ne perdrai jamais le souvenir, chérissant toujours tout ce qui me viendra d'elle, de même que je garde et chérirai à jamais ce que je vous dérobai à la nuit de joie que dernièrement nous passâmes ensemble. Mais permettezmoi, je vous en supplie, que je demeure honnête homme et que je ne contrevienne pas à une promesse que j'ai faite et confirmée par serment solennel, A6n que vous ne m'imputiez pas à ingratitude ou à manque d'afl'ection ce qui se fait par une nécessité absolue , je vous envoie ici (avec le cachet qui ne part de moi qu'en tirant après soi mon cœur) un extrait de l'instruction qui m'est donnée pour loi, assez raisonnable en toute autre occasion, mais en celle-ci bien dure. » 11 lui annonçait en même temps l'ajournement de la
ï L. Marguerite de Nassau à J. de Witt, 7/17 juillet 1653.
2 M., 30 janvier 1653.
3 M, 7 mars 1653.
'^ L. de Witt à Marguerite de Nassau, 14 mars 1654,
requête de sa belle-sœur \ u ce qui » , lui déclarait-il, a ne vous agréera pas plus qu'à moi « . Pour éviter d'encourir sa disgrâce, il lui offrait une montre, ce payant ainsi 5), lui écrit-il, « ce qu'il lui devait depuis la kermesse de la Haye :) : — « privé de la satisfaction de sa présence v , il chargeait Tamiral d'Obdam de lui remettre ce présent, et terminait sa lettre d'envoi par ce compliment, qui porte Fempreinte des habitudes précieuses du temps : K Cet instrument mobile devra vous être agréable, puisque vous avez cela de commun avec les personnes de votre sexe, que la mobilité ne vous est pas tant désagréable, en ayant eu la preuve aux assemblées où la danse et l'agilité élaientle sujet du passe-temps^. « La correspondance de Jean de Witt avec la baronne Amélie de Slavatha fait connaître avec non moins d'intérêt ses premières inclinations de jeunesse. La baronne de Slavatha était fille du feldmaréchal de Bréderode, dont Jean de Witt avait le plus grand intérêt à se ménager l'appuie Elle présidait aux réunions qui se tenaient souvent chez Fonde de Jean de Witt, Corneille Van Sypestein, et prenait le titre de grande maîtresse de Tordre de l'Union de la joie, association mondaine qui avait pour objet les divertissements de société les plus variés'*. De Witt tenait trop à honneur d'en faire partie pour se dispenser des démarches qui intéressaient la baronne de Slavatha. u Madame ^ « , lui écrit-il, « s'il était loisible à un chétif chevalier , qui ne fait que recevoir votre ordre par un étrange bonheur que le ciel lui a envoyé très-inopinément, de dire son sentiment des actions de sa Grande Maîtresse, je dirais que vous faites tort à votre grandeur d'user des termes de supplication envers celui que vous avez le droit de commander, et par là, je craindrais que vous doutassiez de ma promptitude à obéir à vos commandements. Jamais plus grand bonheur ne m'arrivera que lorsque je pourrai réussir en l'entreprise et Texécution de quelque chose que je saurai être de votre contentement, priant le bon Dieu de faire naître des occasions plus favorables que
^ Résol. Hollande, 12 mars 1654.
2 L. de Witt ù Marguerite de Nassau, 13 avril 1654.
'^ Son mari Albreclit de Slavatha appartenait à une famille originaire de Bohême qui avait servi l'électeur palatin Frédéric V.
^ Le diplôme de l'ordre portait en vers l'engagement de chasser la mélancolie et « son cousin germain, le chagrin )> .
■^ L. de Witt à la baronne de Slavatha, 10 octobre 1653.