‹ Jean De WittChapitre 53 sur 264 · CHAPITRE II. Ur · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. Ur

celles dont vous faites mention, afin que je puisse confirmer ce que dessus, non par des paroles seulement, mais par des effets, vous suppliant, à cette fin, de me vouloir honorer de vos commandements, toutes et quantes fois que vous me jugerez capable de vous rendre quelque service. N'usez donc plus de termes de supplications ou de prières, quoique vos prières me tiennent toujours lieu de commandements; mais traitez-moi comme je suis véritablement, votre très-humble et obéissant serviteur. i)

Dans une autre circonstance, de Witt recherche également Foccasion de lui être agréable, en obtenant, a selon sa volonté « , un congé de trois mois pour son mari, capitaine de cavalerie au service des Etats, et il promet de le faire prolonger, si les affaires du baron de Slavatha le retiennent en Allemagne. « Vos attraits •>) , ajoute-t-il, et et le désir qu'exciteront en M. de Slavatha l'image et le souvenir de vos merveilleuses beautés, m'ôteront sans doute la peine de travailler à cette seconde prolongation, comme aussi les mêmes beautés et mille autres qualités que j'admire en vous me font vivre et me feront demeurer à jamais à votre service \ v Quelques années plus tard, quand la baronne de Slavatha perdit son mari, il lui offrit ses condoléances empressées. «J'avoue «, lui écrivait-iP, ce que la perte que vous avez faite est irréparable pour vous; mais comme elle était inévitable aussi, et que Dieu vous a donné le loisir de vous y préparer, je ne doute pas qu'avec le grand esprit et la belle conduite qui paraissent en toutes vos actions, il ne vous ait donné également la force et la constance nécessaires pour résister à ces violentes épreuves. »

11 ne faudrait pas toutefois chercher dans cette correspondance Taveu d'une passion de jeunesse. En effet, c'est par l'entremise de la baronne de Slavatha que de Witt offre des hommages au moins aussi galants à d'autres dames dont il se montre également épris : « Je ne me donnerai pas la peine de faire mes baisemains à votre coadjutrice « , lui écrit-il ^ , « puisque moi-même je suis toujours auprès d'elle, mon âme lui faisant incessamment les hommages qui lui sont dus, quoique mon corps, par un obstacle violent, se trouve éloigné. " D'ailleurs, ces amitiés un

^ L. J. de Witt à la baronne de Slavatha, 13 janvier 1654. ^ Id., 3 novembre 166 ^Jd., 13 janvier 1654.

peu frivoles n'eurent qu'une durée passagère. Il avait besoin, à rentrée de sa carrière d'homme public, de s'assurer Tasile heureux de la vie conjugale, comme un port contre Torage. Son frère, Corneille de Witt, l'avait encouragé au mariage par son exemple. Dans le mois qui suivit la captivité de son père, il avait épousé' Maria Van Berkel, dont le père, Jean Van Berkel, avait été receveur général de la province de Hollande, et dont la mère, Elisabeth Prince, appartenait à l'une des familles patriciennes de Rotterdam. Agée de dix-huit ans ^ , elle était douée déjà d'une imposante beauté, signe visible d'une âme forte et d'une volonté dominante. Ses cheveux, qu'elle portait en couronne sur la tête, son teint éclatant, ses grands yeux noirs brillants d'une ardente lumière, ses lèvres un peu fortes et d'une belle couleur rose, sa taille opulente, son port majestueux, tout en elle annonçait Ténergie : son portrait par Van der Werf, tel qu'il a été conservé par les derniers descendants de la famille % la représente dans tout Tépanouissement de la jeunesse. Orpheline de père, elle avait reçu en dot environ 20,000 livres \ Elle exerçait sur son mari le plus grand empire. Les qualités viriles de son caractère justifiaient l'autorité de ses conseils, et son beau-frère lui-même les rechercha plus d'une fois dans la correspondance qu'il entretint avec elle, reconnaissant ainsi là supériorité de son esprit ainsi que la sûreté de son jugement.

Deux ans ne s'étaient pas encore écoulés depuis la nomination de Jean de Witt comme Grand Pensionnaire, quand son mariage compléta pour lui les faveurs delà fortune réservées à sa jeunesse. Il était intéressé à se ménager une alliance qui lui assurât dans le conseil d'une des villes de Hollande l'appui d'une parenté politique, et il rechercha celle qui pouvait le plus utilement affermir son pouvoir, en lui garantissant le concours des régents d'Amsterdam. Après avoir fait inutilement la cour à la fille de l'un des anciens

1 Son mariage fut célébré à Dordreclit le 21 septembre 1650

2 Maria Van Berkel était née le 31 mai 1632.

3 Chez madame Hoog.

^ Maria Van Berkel avait apporté à Corneille de Witt , par son contrat , outre un héritage de 500 livres à partager avec sa sœur à la mort de sa mère, une rente de 5,000 livres, deux obligations, l'une de 5,000, l'autre de 6,000 livres, et 2,000 livres pour frais de mariage. (Document tiré des papiers de famille de madame Hoog.)

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