‹ Jean De WittChapitre 54 sur 264 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

bourgmestres, le célèbre professeur de médecine Nicolas Tulp', il trouva un accueil plus favorable auprès de Uendela Bicker, qui appartenait à Tune des premières familles de la bourgeoisie hollandaise, signalée par son attachement au parti républicain.

Les liens de l'amitié , l'illustration récente des services rendus, le souvenir des épreuves souffertes pour la même cause, rattachaient déjà la famille des Bicker à celle des de Witt. Les deux frères aînés, André Bicker, Tancien collègue de Jacob de Witt dans ses ambassades auprès des cours du Nord, et Corneille Bicker Van Swieten^, s'étaient tous deux signalés par leur patriotique résistance au stathouder Guillaume IL Leur fortune faisait d'eux les souverains de la Bourse d'Amsterdam. Corneille Bicker Van Swieten, après s'être enrichi dans la Compagnie des Indes, avait vendu ses actions pour faire le commerce à son compte sur les côtes du Brésil, et ses bénéfices dépassaient 100,000 florins par an. Vondel écrivait dans l'une de ses poésies ce que le pavillon des Bicker ombrageait l'Océan et le sillonnait de ses vaisseaux qui apportaient à la Hollande la moisson dorée des contrées lointaines " .

Le troisième frère de cette opulente famille, Jean Bicker, étranger aux événements de 1650, venait de mourir^ dans l'exercice de sa charge de bourgmestre, qu'il avait remplie à son tour comme par héritage fraternel. Il avait épousé Agneta de Graeff", sœur des deux principaux régents de la ville, et acquis une grande fortune, soit par lui-même, soit par sa femme. Ses entreprises avaient contribué à augmenter la prospérité d'Amsterdam : son nom était donné à l'une des îles de la Hollande, l'île Bicker. Il laissait cinq filles, dont chacune devait avoir 5,000 florins de dot. Elles passèrent la première année du veuvage de leur mère dans la maison de campagne paternelle, à Bewerwyck. Les deux aînées s'étaient mariées. Tune, Elisabeth, avec le neveu de sa mère, Jacob Tryp; l'autre, Gertrude, avec un riche négociant, Jean Deutz, qui avait fait un contrat d'un million avec l'Espagne, pour fournir le mercure aux colonies espagnoles, et auquel Jean de Witt confia plus tard le soin de ses intérêts pécuniaires. Ce fut la troisième,

1 La fille de Tulp épousa plus tard l'échevin Jean Six, celui qui fut un Mécène pour Rembrandt,

2 André Ricker mourut en 1652, Gornelis Ricker en 1657.

Wendela, née en 1636, qui fixa le choix du Grand Pensionnaire par les charmes naissants de sa beauté et par Taimable douceur de son caractère. Il se montra assidu dans les démarches qu'il fit pour lui plaire. Sa correspondance fait mention des semaines où il quittait la Haye pour Amsterdam ' , sans être encore bien sûr de pouvoir faire agréer ses avances. Quand il obtint la promesse désirée, il s'empressa d'en manifester son bonheur à sa fiancée. « Quoique jusqu'à présent i) , lui écrivait-iP, « obéissant à un ordre précis, bien que rigoureux, je n'aie pas osé vous parler de cette façon, j'espère pourtant, à l'avenir, pouvoir me servir, sans vous off'enser, d'un pareil entretien. Quoique je n'en aie pas encore obtenu une permission complète et expresse, j'ai pensé qu'il ne vous serait pas désagréable d'être informée par celle-ci de l'arrivée en bonnes dispositions et en bonne santé de celui avec lequel vous avez résolu de demeurer toujours, afin de lui donner le bonheur. Cette attente fait naître dans mon àme une grande joie, et cette joie serait complète, si elle n'était pas troublée par l'impatience de mon désir. Je fais tous mes efforts pour m'en rendre maître; mais je remarque qu'à mesure qu'approche le jour bienheureux de l'heureuse jouissance qui m'est promise, plus cette ardeur impatiente s'enflamme et prend le dessus sur moi. Si elle m'aiguillonne ainsi avec une vivacité croissante, je crains de ne pouvoir passer ce temps d'attente sans en être malade, à moins que, dans cette souffrance, je ne sois soulagé par la douceur de votre présence. Je la sollicite donc d'autant plus, en cherchant de mon côté à en jouir le plus promptement possible, iî

Sans doute Wendela ne put surmonter sa timidité et sa réserve, pour répondre à cette déclaration. Elle se contenla ^ de donner son avis sur la maison qu'elle devait occuper, déclarant qu'elle la voulait grande et chaude, et qu'elle trouvait d'ailleurs à sa convenance celle dont le dessin lui était envoyé. Elle faisait en même temps savoir à son fiancé qu'il n'avait pas besoin de se préoccuper des invitations, avant que le jour du mariage fût fixé. " Vous pourrez faire venir qui vous voulez » , lui écrivait-elle; mais elle avait soin

' L. de Witl, 23 octobre, 13 novembre 1654.

2 L. de Witt à Wendela Bicker, 10 janvier 1655.

2 L. Wendela Bicker à de Witt, 15 janvier 1655.

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