CHAPITRE II
d'ajouter : « J'ai appris de ma mère que la noce ne sera pas, de notre côté, trop considérable. 55
Le mariage fut célébré en grande pompe \ Jean de Witt, bien qu'accoutumé à la simplicité austère de la maison paternelle, avait dû se conformer aux habitudes plus recherchées de sa nouvelle famille. Wendela Bicker, en sortant de la maison maternelle pour se rendre au temple, portait une somptueuse parure et était couronnée de pierreries. Elle avait auprès d'elle ses oncles paternels et maternels, qui lui faisaient un illustre cortège. C'étaient Corneille Bicker, ainsi que Corneille et André de Graeff. Ils venaient sceller une alliance qui, en unissant leurs deux puissantes familles à celle du premier ministre de la Hollande, mettait en commun les mêmes traditions d'honneur et de dévouement patriotique. Du côté de Jean de llitt, les parents et les amis étaient plus nombreux encore. Son père, son frère et sa belles-œur; ses deux sœurs, de Zwyndrecht et Hœuft, avec leurs n^aris; son oncle maternel. Van Sypestein ; ses cousins germains, Vivien et Focanus, s'étaient rendus à l'appel qui leur avait été adressé ^. Ils étaient accompagnés parles membres du conseil de Dordrecht et quelques amis privilégiés, tels que l'avocat Van den Andel, chez lequel Jean de Witt avait fait son stage judiciaire, et Jérôme Van Beverningh, devenu par la communauté de l'âge et des opinions comme son compagnon d'armes dans la vie publique. Un joyeux festin réunit tous les invités. Les chants et les vers se succédèrent. Le grand poëte Vondel adressa aux jeunes mariés l'une de ses plus belles odes ^, dans laquelle, suivant les traditions mythologiques du temps, il célébrait l'heureuse rencontre de la déesse de la liberté et de la déesse de l'amour, mettant sous leur protection le bonheur de Jean de Witt et de sa femme. Il y rendait un éloquent hommage aux vertus publiques du jeune ministre, ce De Witt ?? , écrit-il, «au plus beau de ses jeunes années, se tient au gouvernail, sans que la tempête le laisse échapper de ses mains. Nulle faveur ne le trouble, comme nulle haine ne l'effraye. Sa prudence fait remettre les épées dans les fourreaux, et il fait s'avancer la paix tant désirée avec
ï 16 février 1655. Voir l'intéressante notice de M. Veegeivs sur Wendela Bicker .
2 L. Jacob de Witt, 16 février 1655. Archives de famille,
3 Vie et mort de C. et J. de Witt, par Van den Hoevkn, p. 71. Amsterdam,
TAiigleterre, qui affranchit les bourgeois de lourds impôts et permet aux paysans de labourer les champs, où poussent For et l'argent. 51 Il le félicitait de son alliance avec Filluslre famille dont la renommée s'ajoutait à la sienne, et l'invitait à goûter les joies de la nouvelle vie qui commençait pour lui. u Le labeur de TElat, disait la déesse de la liberté, demande un soutien, une tendre consolation. Lorsque mon fidèle gardien est assis au milieu des dossiers d'affaires qui l'environnent comme d'un rempart, lorsqu'il discute dans le conseil et qu'il est assailli tous les jours par les soucis du gouvernement, la femme seule peut lui donner le repos et le soulagement par son gracieux accueil. i\vancez donc, déesse de l'amour, et mettez dans les cœurs des jeunes époux votre chaste ardeur, afin que cette timide jeune fille, unie à celui qui l'aime , méprise désormais les traverses de la vie et reçoive avec bonheur dans ses bras le jeune héros que lui a donné sa foi. v
Les félicitations des premiers personnages de l'Etat complétèrent les éloges des poètes. L'oncle du jeune prince d'Orange, le feldmaréchal de Bréderode, écrivait à de Witt : ce Je n'ai pu apprendre la résolution que vous avez prise de changer de condition et de vous allier à une famille si considérable dans votre patrie, sans en avoir beaucoup de joie. Je prie Dieu que ce mariage réussisse à sa gloire et à votre contentement, afin que vous voyiez continuer en votre race les grands talents qui vous sont départis pour le service de la république des Provinces-Unies \ «
L'ambassadeur des Etats généraux en Angleterre, Nieupoort, s'empressait de lui adresser en ces termes ses vœux de bonheur : ce Persuadé que vous avez goûté la saveur du fruit longtemps désiré, je vous souhaite, en cette circonstance, le bonheur que M. Cats me souhaita à moi-même, avec une contenance solennelle, dans le collège des conseillers députés après mon mariage ; c'està-dire que vous puissiez vivre assez longtemps, pour vous user l'un l'autre à Tétat de guenilles '. ^5 II ajoutait à ce compliment un peu vulgaire l'invitation de Cromwell qui lui avait manifesté le désir de recevoir les jeunes mariés à Londres^
* L, de Bréderode à de Witt, 15 mars 1655. Arcliives du royaume.
2 L. Nieupoort à J. de Witt, 19 février 1655.
3 L. Nieupoort à de Witt, 16 avril 1655.