‹ Jean De WittChapitre 58 sur 264 · CHAPITRE II. It · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. It

vite sans relâche et une grande promptitude, pour tenter le plus grand effort dont TÉtat ait eu besoin jusqu'ici, mes craintes iront plus loin que je ne devrais le dire, et il pourrait arriver que les affronts et les malheurs suspendus sur nos têtes ne s'étendissent encore au delà de ce que je redoute. 55 II se plaignait dans une autre lettre * de Tindifférence et du mauvais vouloir de certains régents qui, dans Tespérance d'une prompte paix, ajournaient les armements, par économie, ce Si nous voulons trop garder nos biens et notre fortune, quand la république en a besoin ->■> , déclarait-il, «nous perdrons tout. " — " Combien je voudrais vous avoir ici î) , lui répondait de Witt, « pour travailler avec moi, en m'assîstant de votre zèle infatigable, à obtenir des membres de notre assemblée des résolu îions vigoureuses et les libéralités qui nous sont si nécessaires ' ! «

La confiance qu'ils ressentaient l'un pour l'autre ressort de la lettre suivante que Van Beuningen adressait à de Witt, pour le féliciter d'être nommé Grand Pensionnaire : « Il ne pouvait m'arriver aucune nouvelle plus agréable, ni à vous aucune charge plus élevée et plus illustre, pour y déployer des dons de sagesse, de bravoure et de bonne conduite au service de l'Etat. Aucun autre ne pouvait non plus être trouvé, sur les épaules duquel le fardeau d'une charge si lourde et si importante pût être placé avec autant de sécurité, de sorte que j'ai sujet d'espérer de mieux en mieux de la direction des affaires de l'Etat, et que maintenant seulement je commence à espérer que le cours, qui en semblait désespéré, n'est pas sans remède *. ^j Ces déclarations étaient pour de Witt le gage d'un dévouement auquel il pouvait sûrement faire appel.

Jérôme Van Beverningh, né en 1614-, destiné comme Van Beuningen à s'illustrer au service de la république, avait pour grandpère Jean Van Beverningh, qui avait été, pendant la guerre contre l'Espagne, lieutenant général de l'armée des Provinces-Unies. Son père, Melchior Van Beverningh, qui avait servi sous les ordres de Frédéric-Henri, n'avait qu'une fortune insuffisante; mais «s'il ne laissa que peu de bien à son fils * )) , il n'épargna aucun sacrifice

1 L. Beuningen à Jean de Witf, 19 juillet 1653.

2 L. de Witt à Beuningen, 12 aoiil 1653.

3 L. Beuningen à de Witt, 16 août 1653.

* Mémoire de C/imiut, 1655 : Arch. aff. étr.

pour lui assurer le bienfait de rédncation la plus complète. Aussi multipliait-il les encouragements pour lui faire prendre goût au travail \ lui reprochant ce d'aimer trop à se promener, à nager ou à jouer v , le blâmant « (i'être trop (imide ' )' , et mettant tout en œuvre pour que le jeune écolier fît honneuràsa famille età son pays.

Après avoir achevé ses études à Leyde et s'être marié avec une jeunefille flamande, Jeanne le Gillon, Jérôme Van Beverningh entra dans le conseil de Gouda, et quelques années plus tard, à Tàge de vingt-six ans, il fut choisi pour représenter la régence de cette ville dans rassemblée des Etats de Hollande. Il prit une part active aux débats qui aboutirent au coup d'Etat de Guillaume II, se prononça avec autant d'ardeur que de fermeté contre les entreprises du stathouder, et devint l'un des principaux membres delà Grande Assemblée chargée de fonderie gouvernement républicain. Il s'y fit tellement remarquer par sa puissance de travail et son éloquence, que Van Beuningen le comptait déjà parmi ceux dont l'Etat avait le plus besoin, et qui méritaient le mieux l'attachement ainsi que l'estime des habitants du pays. Lorsque la Grande Assemblée se sépara, les États de Hollande l'envoyèrent siéger aux Etats généraux, qui s'empressèrent, de leur côté, de reconnaître ses services en lui confiant les importantes fonctions de trésorier général des Provinces-Unies.

Appelé à jouer un grand rôle dans les plus importantes négociations, et assez heureux pourpouvoir toujours y réussir, il se montra, d'après le jugement d'un contemporain, « d'une droiture et d'une intégrité incapables de pouvoir le faire gauchir dans tout ce qu'il jugeait être avantageux à la patrie ' w . Nul n'était plus disposé à partager avec de Wittla lourde tâche du gouvernement. En apprenant sa nomination comme Grand Pensionnaire, il lui écrivait * : (c Je confesse, sans vouloir vous complimenter, que je fonde une grande partie de mes espérances sur vos grandes qualités, votre courage et vos soins diligents. »

Beverningh aimait les lettres et les sciences, qui le délassaient des affaires publiques. Il avait, en outre, le goût des fleurs, qu'il

' Voir chapitre I^"^, p. 21.

* L. 22 juin J652, dans la notice de M. Schotel, letsover Beverningh,

3 Mémoires de M. de B***. — Bibl. royale de la Haye.

^ L. Beverningh h de Witt, 8 août 1653. — Thurloe, State papers.

Page 1