CHAPITRE II
cultivait dans sa maison de campagne de Lokhorst auprès de Leyde ; plus tard, dans la retraite, il se consacra à Tétude de la botanique. Ses dernières fonctions furent celles de curateur de l'université de Leyde, dont il enrichit la bibliothèque par ses dons. Il ne se départit jamais des habitudes dévie les plus modestes, et mettait même quelque affectation à cette simplicité. Il n'en imposait pas par les dehors. C'était seulement l'expression du visage qui faisait reconnaître en lui l'homme supérieur : il avait le front large, le nez long et légèrement busqué, les yeux vifs et d'une expression pénétrante, les lèvres entr 'ouvertes par un sourire fin et mélancolique, ce II s'était fait peindre en manteau et habits noirs, la main appuyée sur une table d'où pendaient sept grands sceaux de l'État indiquant les pouvoirs qui lui avaient été autant de fois donnés. Au-dessous, une huître laissait paraître une belle perle entre ses raboteuses écailles, avec ces mots humblement fiers : Ne me quœsiveris extra. « Ne me jugez pas sur l'extérieur \ «
Jean de Witt avait besoin de trouver d'aussi utiles auxiliaires de sa politique, pour surmonter tous les obstacles qu'il rencontrait dans l'exercice de ses fonctions. En effet, les attributions de sa charge ne le rendaient maître ni du gouvernement de la confédération , ni même du gouvernement de sa province. Aussi ce fut moins par l'autorité qui lui appartenait que par l'habile emploi du pouvoir, qu'il prit et garda la direction des affaires publiques.
Nommé pour cinq ans seulement, mais toujours rééligible, le Grand Petisionnaire de Hollande, qui d'abord portait le titre d'Avocat Général, était primitivement chargé des intérêts judiciaires de la province^. Ses prérogatives avaient été successivement étendues, et il était devenu le président en même temps que le ministre des Etats. Il siégeait dans leur assemblée, à la table des nobles dont il était le pensionnaire attitré, pouvant, en cette qualité, opiner en leur nom et user, dans la discussion, du droit de priorité. La direction des débats lui appartenait. Obligé d'être présent à chaque séance, le matin, de neuf heures à midi ; le soir, de trois à six
^ Mémoires de M. de B. : Bibl. royale de la Haye.
2 Voir Thèse De munere consiliarii pensionarii Hollandiœ , par Van Teta. Leyde, 1836.
Ùo JEAN DE WITT.
heures, il faisait suivre Tordre du jour, tel qu'il Tavait fixé. Il commuuiquait à rassemblée les propositions de ses membres, rappelait à la question ceux qui s'en écartaient, et pouvait toujours prendre la parole, soit pour invoquer l'autorité des précédents, soit pour donner une conclusion aux débats, mais sans avoir droit de suffrage. Il recueillait les voix et proclamait le vote qu'il formulait dans une résolution dont il faisait la lecture le lendemain, ou le jour même, en cas d'urgence, afin que rassemblée y donnât force de loi '. Dans les délibérations où la majorité des suffrages n'était pas suffisante et où l'unanimité était requise, il avait le droit de faire ajourner le vote et devait prendre toutes les mesures destinées à rétablir l'accord. Il était ainsi le gardien de la légalité et l'arbitre de la paix publique.
Toutes les affaires qui concernaient l'administration intérieure de la province rentraient dans ses attributions. Il veillait à l'observation des lois et des règlements, prenait connaissance de toutes les demandes envoyées aux Etats et recevait les lettres qui leur étaient adressées, avec obligation de leur en donner connaissance. Etranger à la gestion des finances et ne pouvant disposer d'aucun maniement de fonds -, il était néanmoins chargé de proposer les mesures qui intéressaient la fortune publique, et devait rendre compte à chaque session des ressources du Trésor. Dans l'intervalle des sessions, il était associé aux conseillers députés, auprès desquels il remplissait les mêmes fonctions que celles dont il était investi dans l'assemblée des Etats de la province, et il exerçait, sous leur contrôle, le gouvernement de la Hollande.*
Quant aux pouvoirs qu'il exerçait dans l'assemblée des États généraux, ils étaient partagés avec leur greffier chargé de l'assister, notamment pour la correspondance diplomatique, et subordonnés en outre aux nécessités d'une entente préalable avec les députés des autres provinces. Toutefois, ils suffisaient pour faire du Grand Pensionnaire de Hollande le véritable chef du gouvernement
nidevait remettre tousles jours les résolutions au secrétaire des États. (Résol. Hollande, 2 août 1653.)
^ Les payements ne pouvaient être effectués que par une ordonnance de trois conseillers députés et du secrétaire de leur conseil, et le mandat devait être donné sur la caisse du receveur général. Les garanties de contrôle et de responsabilité étaient ainsi scrupuleusement prévues. (Oudaan, Réponse justificative à Lambert Van den Bosch en faveur de Jean de Witt : Duncaniana, 1672.)