CHAPITRE II
delà confédération. Il siégeait au-dessous du président de semaine, et, quand la Hollande présidait, il prenait place à sa droite. Il faisait partie des différentes commissions de l'assemblée fédérale et était, dans toutes les délibérations, le représentant de sa province, au nom de laquelle il avait toujours le droit de se faire entendre.
La direction de la politique extérieure qui lui était confiée mettait entre ses mains les pouvoirs les plus étendus. Les Etats de Hollande, représentés par les députés de leur assemblée dans les principales ambassades et dans le plus grand nombre de missions, avaient facilement fait reconnaître Tautorité de leur Grand Pensionnaire pour la conduite des négociations. La correspondance diplomatique devait lui être adressée ou communiquée. En outre, il entretenait des relations avec les ministres des cours étrangères accrédités auprès des Provinces-Unies. Si les audiences leur étaient données par les Etats généraux, c'était avec le Grand Pensionnaire qu'ils traitaient. De Witt, presque à son entrée en fonction, fut même autorisé, sur sa demande, à leur transmettre les communications qui ne lui paraîtraient pas contraires aux intérêts publics \ Ses attributions étaient ainsi celles d'un ministre des affaires étran-
gères.
Une instruction provinciale ^ spécifiait les prérogatives et les obligations de sa charge. Le Grand Pensionnaire devait en jurer la ponctuelle exécution et se trouvait notamment lié par Particle ^ auquel Jean de Witt demeura inébranlablement fidèle, qui lui enjoignait a de conserver intacts les droits et privilèges de la Hollande, de même que Pautorité légitime des Etats de la province w . De leur côté, les Etats accordèrent à Jean de Witt, le jour même de son entrée en fonction *, un acte d'indemnité par lequel ils s'engageaient et à le garantir contre toute vexation et à lui donner réparation pour tout dommage v : stérile promesse qui ne put le préserver d'une mort sanglante , en récompense d'une vie entière consacrée au service de son pays.
^ Article 3 de l'instruction.
2 Résol. Hollande, 31 juillet 1653. — L. de Witt à Van Beuningen. 5 août 1653.
3 Résol. Holl., 21 août 1653.
* Cette instruction était rédigée pour chaque Grand Pensionnaire : l'instruction de Jean de Witt comprenait trente-cinq articles.
La charge qui lui était confiée ne lui réservait aucune des jouissances de faste et d'ostentation qui sont propres à satisfaire une ambition vulgaire. Le Grand Pensionnaire de Hollande ne touchait qu'un modique traitement de 3,000 florins, auquel les États ajoutèrent en faveur de Jean de Witt, la quinzième année de sa charge \ une gratification annuelle de 3,000 autres florins, qui fut jugée insuffisante pour son successeur. Il ne pouvait recevoir aucune pension ni aucun présent ^ . Aucun éclat de représentation ne donnait un prestige extérieur à ses fonctions. Il ne prenait place, dans toutes les solennités publiques, qu'après les membres des Etats de Hollande et leurs conseillers députés, ne disposait d'aucun emploi public et ne pouvait même recommander la nomination d'aucun candidat. Il était rigoureusement assujetti à la résidence et ne devait pas s'éloigner de la Haye, fût-ce pour une nuit, à moins d'y être autorisé. Enfin, pour se décharger de ses occupations, il n'avait pas à compter sur un grand nombre de subordonnés : il n'avait sous ses ordres, dans ses bureaux, qu'un secrétaire nommé par lui et qui prêtait serment aux conseillers députés, un directeur des dépêches étrangères et quatre commis chargés des écritures. Le Grand Pensionnaire occupait avec eux quatre petites chambres dans la cour des anciens comtes de Hollande, qui était le palais du gouvernement. Celle qui lui servait de bureau et dont le vestibule était réservé à son secrétaire, faisait, au rez-de-chaussée, l'angle du palais; elle était contiguë à la salle des conseillers députés et communiquait par un escalier intérieur avec celle des Etats de la province. Elle avait vue sur la grande place carrée, le Buitenhof ou cour extérieure, qui s'étend devant le vieil édifice et sur le bassin ou vivier qui en baigne les murs. Elle était, jusqu'à ces dernières années , occupée par le président de la chambre des comptes, et sa disposition intérieure semblait être restée la même. L'ancienne horloge qu'on y retrouvait réglait peut-être autrefois les heures du grand pensionnaire de Witt. C'était dans cet étroit réduit que chaque jour le premier ministre des Etats venait diri-
2 II lui était prescrit, par l'article 2 de son instruction, a d'être neutre et impartial dans toutes les affaires, tant des villes et collèges de Hollande que des autres provinces et pays , de n'embrasser les intérêts de personne et de ne prendre aucune pension ou gage de quelque Etat ou prince » .