‹ Jean De WittChapitre 66 sur 264 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

rends qui pouvaient relarder la conclusion du traité d'alliance.

La guerre allait sortir des préparatifs de la paix. Enorgueilli de la destruction de la royauté , le gouvernement anglais avait cédé aux tentations d'une ambition désordonnée. Les envoyés du Parlement étaient chargés d'obtenir le consentement des Etats généraux à l'union des deux pays sous l'autorité d'un Grand Conseil commun qui aurait siégé en Angleterre. C'était demander aux Provinces-Unies le sacrifice de leur indépendance, en les obligeant à recevoir la loi de l'Etat le plus fort. L'association d'une grande république compacte et bien unie, avec une confédération de provinces ayant chacune son gouvernement particulier, ne pouvait être qu'une société léonine à laquelle PAnglelerre devait tout gagner, tandis que les Provinces-Unies y auraient tout perdu. Aussi, les Etats généraux repoussèrent-ils d'un commun accord une proposition destinée à faire tomber la république en servitude, ou tout au moins en vasselage. La demande qui leur était impérieusement adressée pour le renvoi hors de leur territoire des fils de Charles I" et de leurs principaux partisans ne trouvait pas auprès d'eux plus de faveur, et le Parlement commençait à s'irriter de ne pouvoir leur dicter ses ordres.

Les ressentiments du parti orangiste, attaché par intérêt de famille à la cause royale, hâtèrent la rupture des négociations. Les ambassadeurs du Parlement, auxquels les mauvais traitements n'avaient pas été épargnés pendant leur séjour, quittèrent la Haye, fiers et menaçants \ Leur départ fut suivi de deux mesures qui mettaient en évidence la politique hautaine et agressive du gouvernement anglais. Le Parlement annonça ses projets belliqueux par l'acte célèbre connu sous le nom d'Acte de navigation % qui interdisait à tous les navires étrangers d'importer en Angleterre d'autres marchandises que les produits du sol ou de l'industrie de leur pays : c'était porter un coup irréparable à la Hollande, dont le commerce de transport, évalué à un milliard, faisait la principale richesse. L'acte de navigation fut suivi de lettres de représailles données à des négociants anglais, pour les autoriser à s'indemniser eux-mêmes des prétendus dommages que la marine des Provinces-

» ier juillet 1651.

2 5 août 1651

Unies leur avait fait supporter. Bientôt après, la saisie de soixantedix navires marchands portant le pavillon hollandais apprit aux États généraux qu'ils n'avaient plus aucun ménagement à espérer, malgré l'envoi des plénipotentiaires qu'ils avaient accrédités auprès du Parlement \

La rencontre fortuite, mais presque Inévitable, des deux flottes^ commandées, Tune par l'amiral Tromp, l'autre par l'amiral anglais Blake, qui avait saisi le prétexte d'un refus ou d'un retard dans le salut du pavillon pour commencer l'attaque, donna le signal des hostilités. La nuit seule mit fin au premier combat, qui avait duré cinq heures, ic Votre Seigneurie " , écrivit de Witt ^ à l'un des plénipotentiaires hollandais, dès qu'il fut informé de la rencontre, 'i apprendra avec déplaisir que ce qui était tant à souhaiter que la prudence de l'un ou de l'autre amiral (Dieu sait lequel d'eux doit être blâmé) pût prévenir comme un commencement de rupture entre les deux nations, doit maintenant être craint avec raison comme un malheur imminent. î)

Les tentatives de négociations avaient irrévocablement échoué. Dix-huit mois avant d'être élu Grand Pensionnaire, Jean de Witt fut appelé à les diriger, en faisant partie, comme pensionnaire de Dordrecht, du comité des députés de Hollande, auquel elles avaient été plus particulièrement confiées '. Il se plaignait du mauvais vouloir et de la mauvaise foi du gouvernement anglais qui y mettait obstacle % et pour rendre une réconciliation plus facile, il insistait sur la nécessité de s'en tenir à des rapports verbaux , dans les États de Hollande aussi bien que dans les États généraux.

Les dernières espérances de paix s'évanouirent, après l'inutile ambassade du Grand Pensionnaire de Hollande, Pauw d'Heemstede. Les États , a sachant quels gages de modération il donnait ° 5) , l'avaient envoyé rejoindre en Angleterre les autres plénipotentiaires, afin de témoigner par ce choix combien ils désiraient un accommodement ; et pour leur rendre service , il avait surmonté

1 Décembre 1651 : l'ancien Grand Pensionnaire de Hollande, Cats, était le chef de cette ambassade.

2 29 mai 1652.

3 L. man. de Witt, 7 juin 1652.

* Id., 15 janvier 1652 : Arch. du royaume.

5 Id., 10, 13 mai 1652.

6 L. man. Jean de Witt à Jacob de Witt, 14 juin 1652.

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