‹ Jean De WittChapitre 67 sur 264 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

ses répugnances à s'éloigner de son pays. Il renouvela sans succès, pendant trois semaines ^ , les tentatives d'accord les plus pressantes : ne voulant pas y renoncer, même après son départ d'Angleterre, il chargea le résident des villes hanséatiques, Thistorien Aitzema, qui se trouvait accidentellement en mission à Londres *, de continuer des démarches qui n'avaient plus désormais aucune chance d'être accueillies. L'obstination arrogante du Parlement, encouragée par l'irritation populaire, précipitala déclaration de guerre ^ Les deux républiques, qui avaient commencé par négocier un traité d'alliance, mirent aux prises leurs forces maritimes, les Provinces-Unies avec tristesse et regret, l'Angleterre avec joie et confiance.

Les États généraux pouvaient à bon droit redouter une campagne navale. Elle semblait devoir mettre tous les avantages du côté de l'Angleterre. Cromwell avait reconstitué la flotte que la guerre civile et la retraite des officiers avaient menacé de désorganiser. Il pouvait mettre en mer cent six vaisseaux , qu'il porta ultérieurement au nombre de cent trente et un. Le Souverain des mers^ plus tard le Roy al- Charles, qui régna soixante ans sur l'Océan, comptait cent douze pièces de canon et avait à bord six cents hommes. D'autres vaisseaux, armés de soixante à quatrevingts canons, étaient montés par un équipage qui variait de trois cents à cinq cents hommes. Les plus petits n'avaient pas moins de cinq à dix-huit pièces. Le système d'enrôlement forcé , connu sous le nom à&presse, permettait de recruter facilement une armée de matelots, qui pouvait s'élever de seize mille à trente mille hommes. L'administration de la marine était confiée au conseil d'amirauté, qui avait la libre disposition des affaires navales. La flotte était mise sous les ordres de Blake, qui, après s'être signalé au service du parti républicain, en levant à ses frais un corps de partisans, avait promptement révélé ses grandes qualités d'amiral. Ses lieutenants, Monk et Deane, qui jusqu'alors avaient commandé, en qualité de généraux, l'armée du Parlement, étaient assistés par des officiers de mer éprouvés, tels que Askue, William Penn, John Lawson.

La marine des Etats généraux était loin d'être aussi prospère.

1 Du 10 juin au 1er juillet 1652.

2 AïTZEMA, t. III, p. 721, 731 ; et Geddes, p. 226.

3 7 juillet 1652.

Elle avait été négligée par le dernier statliouder, qui sacrifiait volontiers à l'entretien d'une armée de terre la puissance maritime de la république. Malgré les réclamations pressantes des Etats de Hollande *, cinquante vaisseaux seulement étaient en état de prendre la mer au commencement de la guerre. L'année suivante, quand, sous l'impulsion vigoureuse de Jean de Witt, les équipements furent poussés avec activité, la flotte comptait cent trente navires ; mais elle n'avait encore que soixante-six vaisseaux de guerre ^, et les quatre-vingt-trois bâtiments marchands qui en faisaient partie ne pouvaient se mesurer avec les vaisseaux anglais, véritables citadelles flottantes. En outre, l'armement laissait beaucoup à désirer pour le nombre et le calibre des canons, aussi bien que pour la force de l'équipage. Le vaisseau amiral n'avait que cinquante-quatre pièces et deux cent cinquante hommes à bord. Les treize autres vaisseaux de guerre, les mieux armés, ne portaient que quarante à quarante-six canons et n'étaient montés que par cent trente à cent cinquante hommes. Trente-huit autres n'étaient desservis que par vingt-cinq pièces, et le nombre d'hommes qui les montait ne dépassait pas soixante ou quatrevingts. « Je ne comprends pas « , écrivait le ministre desEtats généraux à Stockholm, lan Beuningen , a qu'on soit assez aveugle, depuis si longtemps, pour ne pas reconnaître la nécessité de pourvoir à cette insuffisance ^ );

La population maritime, qui préférait la pêche à la guerre, ne s'enrôlait que très-difficilement, et il fallait suppléer aux matelots par des soldats mal exercés au service de mer. Les Etats généraux pouvaient même craindre la défection des régiments écossais qu'ils avaient pris à leur solde, et dont le Parlement était intéressé à corrompre la fidélité. Enfin, les approvisionnements restaient incomplets, et ne permettaient pas à la flotte de prolonger une campagne maritime. Les amirautés qui suffisaient, en temps de paix, aux dépenses ordinaires de la marine, se trouvaient hors d'état de pourvoir aux frais de la guerre, et les Etats des provinces, obligés de prendre à leur compte les dépenses extraordinaires de l'armement, étaient disposés à les laisser à la charge de la Hol-

1 Résol. Hollande, 3 mars 1652.

2 L. de Witt à Van Beuningen, 5 février 1653.

3 L. Van Beuningen à de Witt, 19 juillet 1652.

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