CHAPITRE III
lande. Le partage du pouvoir entre les collèges des amirautés, les Etats des provinces et les Etats généraux \ était funeste aux opérations navales et favorisait le relâchement de la discipline militaire.
La flotte des Provinces-Unies, qui avait conquis sa renommée dans la guerre contre TEspagne, n'avait pour elle que la supériorité de ses principaux chefs, et surtout celle de Tromp. Appelé depuis quinze ans, par le choix du stathouder Frédéric-Henri, à remplacer le lieutenant-amiral de Hollande Van Dorp, Tromp s'était signalé à plusieurs reprises par ses victoires sur la flotte espagnole. Doué de toutes les qualités militaires, aussi prévoyant qu'audacieux, il avait gagné la confiance et l'attachement de ses officiers et de ses matelots, qui l'appelaient leur père. Son nom semblait être un présage de victoire.
Néanmoins il ne dépendait pas d'un amiral de donner une flotte improvisée aux Provinces -Unies, et les Etats généraux allaient reconnaître que leur puissance navale avait perdu tout ce que celle de TAngleterre avait gagné. Les événements confirmèrent les plus tristes prévisions. La première bataille ^ fut perdue par le viceamiral de With '; il se conduisit vaillamment, mais fut abandonné par quelques-uns de ses capitaines, « Il y a assez de bois dans notre patrie pour faire des potences^ 15 , leur déclara-t-il avec indignation, en les menaçant de ne pas laisser leur lâcheté impunie. La flotte anglaise resta maîtresse de la mer. Pour venger cette défaite, le lieutenant-amiral Tromp , ayant sous ses ordres un étatmajor d'élite, le vice-amiral Evertsen, les contre-amiraux Floriszoon et Ruyter, fut appelé au commandement de toutes les forces navales. Le parti républicain, qui l'avait disgracié au début de la campagne , parce qu'il se défiait de son attachement au parti orangiste, était ainsi obligé de recourir à ses services, pour rendre confiance aux matelots. Tromp fit honneur à sa vieille renommée , en surprenant les vaisseaux ennemis près de Douvres ^ : les ayant forcés à rentrer dans la Tamise , il parcourut la Manche en vain-
^ Voir p. 71.
2 8 octobre 1652.
3 Le vice-amiral Corneille Witte de With , né à la Brille et d'origine plébéienne, n'avait aucune relation de famille avec le grand pensionnaire de Witt.
^ De Jonge, Histoire de la marine, t. II, p. 58. 5 10 octobre 1652.
queur, portant, en signe d'injurieux défi, un balai à la cime de son grand mât.
Au commencement de l'année suivante ', un nouveau combat livré à la hauteur de Portland et continué avec acharnement pendant trois jours, laissa la victoire indécise, mais n'en porta pas moins un coup funeste aux ressources des Provinces-Unies par la perte de neuf vaisseaux de guerre, et de vingt-quatre bâtiments marchands. La destruction d'une escadre anglaise surprise dans la Méditerranée par l'amiral Van Galen, ne fut pour les Etats généraux qu'un avantage passager ; un engagement plus décisif assura irrévocablement la supériorité de l'Angleterre. Tromp s'était avancé à la rencontre de la flotte ennemie, au moment où elle était affaiblie par Féloignement de l'amiral Blake, dont l'escadre venait de faire voile vers le nord, et il s'était hâté d'engager l'action , entre Ramsgate et Nieupoort, avec les deux amiraux Dean et Monk, qui ne pouvaient lui opposer qu'un nombre de bâtiments à peu près égal ^. Dans la première attaque, Dean fut atteint d'un boulet; mais Monk, en jetant un manteau sur son corps, empêcha que la nouvelle de sa mort ne vînt à se répandre, et la bataille se prolongea avec la même fureur, sans aucun succès marqué. Le lendemain , à la hauteur de Dunkerque , les deux flottes continuèrent le combat; celle des Etats généraux faisait plier la flotte anglaise, lorsque l'arrivée imprévue de Blake subitement rappelé enleva à Tromp toutes ses chances de victoire. Après la plus vail-^ lante résistance, il fut obligé de regagner les côtes de Hollande, en laissant l'ennemi maître de quelques vaisseaux et de treize cents prisonniers. Il fit aussitôt demander avec instance des renforts et des munitions aux Etats généraux, et se rendit avec ses principaux officiers à Flessingue , auprès des commissaires qui y avaient été envoyés par l'assemblée de la confédération, afin de se plaindre de l'insuffisance des forces navales mises à sa disposition. Son lieutenant Ruyter, malgré sa bravoure déjà bien connue, déclara qu'il ne retournerait pas en mer, si la flotte ne devait pas être mieux armée. Le vice-amiral de With, appelé à donner son avis, dévoila le danger avec la brusque hardiesse qui lui était familière. « Les
» 24 février 1653.
2 12 juin 1653.